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Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 32 / 22 nov 2008
Soit la question, ainsi formulée par un intervenant du 7 novembre :
« Pourquoi Ali Swalih était-il hostile à la ‘libre entreprise’ et
favorable à ‘l’Etatisme’ ? »
L’Etat est apparu dans les sociétés de classes, comme un instrument
permettant à la classe dominante de diriger la société et de contraindre
le peuple au travail, dont elle capte les fruits. L’émergence de la
classe bourgeoise n’a pas changé ce jeu politique et, partout, la
bourgeoisie s’est emparée de l’appareil d’Etat, souvent aux dépens de la
catégorie féodale. Il n’y a donc pas d’opposition nécessaire entre
‘libre entreprise’ et ‘Etatisme’.
Les derniers développements de la crise mondiale mettent en évidence
cette partie liée entre classe dominante et l’Etat qu’elle utilise à son
profit. La classe dirigeante mondiale en cours de constitution
ressuscite les appareils d’Etat quand elle en a besoin. Mais, il est
vrai, depuis qu’elle est absolue maîtresse du jeu politique, elle a
encouragé ses complices au pouvoir à casser leur Etat national, de
manière à pouvoir s’emparer des richesses de chaque pays, au moyen des
privatisations (ou techniques d’appropriation du bien public). Les
peuples se sont trouvés ainsi dépossédés de leurs biens potentiels et
légitimes. Grâce aux ‘bienfaits’ de la libre entreprise et de ses
actionnaires, l’Afrique est, chaque jour, pillée et vidée, sans nul
profit pour les masses. La classe dirigeante africaine participe
activement à ce pillage et en tire des profits, investis en Europe ou
dans les paradis fiscaux...
Tels n’étaient pas les conceptions et objectifs d’ALI Swalih qui entend
utiliser l’Etat pour défendre et promouvoir les intérêts de son peuple.
Seul en effet, un Eta t bien guidé (par un militant honnête et dévoué)
peut organiser le travail, stimuler la production et assurer la
distribution harmonieuse des richesses produites.
Mais Ali n’est pas un partisan dogmatique de l’Etatisme. Il n’utilisera
cet outil que dans la phase d’orientation et de construction du pays.
Son objectif, en effet, est de passer au système de l’auto-gestion, dès
que les communes populaires (moudiriya) pourront fonctionner. Dans la
première phase de la Révolution, il veille d’ailleurs à la constitution
de Sociétés mixtes, parce qu’il est conscient du manque de savoir-faire
technique et professionnel des militants révolutionnaires. L’Etat
conserve une participation importante dans ces Sociétés, de manière à
orienter la production et à bénéficier de la commercialisation des
produits, notamment les exportations.
Sans doute l’Etat aurait-il conservé un rôle de conciliateur et de
surveillant des équilibres généraux mais, dans la conception du Guide,
influencé par R.Dumont, ce sont les communes moudiriya qui auraient joué
le rôle principal, dans la vie quotidienne de la nation. D’ailleurs, les
nouveaux agents de l’Etat étaient révocables et payés au niveau des
travailleurs, comme les militaires. Le service du peuple impliquaient
qu’ils ne soient aucunement privilégiés, d’autant moins que leur revenus
étaient de l’argent investi par le peuple pour des services rendus en
échange : sécurité, justice, éducation, santé…
Dans le processus de la production agricole, la famille de cultivateur
sera d’ailleurs rétribuée en fonction du volume de sa production mais
elle sera aidée et encadrée par des techniciens agricoles et recevra
matériels et semences…
L.B.
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 31 / 21 nov
2008
Rencontre Débat du 7 novembre 2008
Je remercie les 30 à 35 citoyens qui ont participé à la rencontre
organisée à la Faculté de St Denis Paris 8 ; ce jour là, j’ai tenté
d’apporter des réponses et des éclairages aux questions et opinions qui
ont été émises. Merci, également, à ceux qui ont écrit leur question, en
sorte que j’ai pu en recenser 24. J’aborde justement, léo, une des
questions posées :« QUELS ONT ETE les GRANDS CHANTIERS d’ALI SWALIH ? »
Comme, en 1975, il s’agissait de créer le pays Komoro, de toutes pièces,
Ali a dû ouvrir tous les chantiers à la fois (p.89), en veillant
cependant à ce qu’ils soient articulés entre eux et à ce que soient
respectées les étapes nécessaires à leur conduite :
1/ à l’étape de la Révolution Nationale (oufwakouzi wa madaraka wa mkolo)
(p.100) correspondent les chantiers suivants : a) formation d’un
embryon d’armée ; b) mise en place d’une Constitution provisoire ; c)
réforme fondamentale de l’Etat et programme de décentralisation
administrative générale ;
2/ à l’étape de la Révolution Politique (oufwakouzi wa oussawa wa
siyassa) (p.103-104) correspondent les chantiers suivants :
a) énoncé d’une Théorie Fondamentale du Développement ;
b) lutte anti-féodale contre l’idéologie ‘Milanantsi/oukabaïla ;
c) adoption d’une Loi Fondamentale (ou
Constitution) instituant une République démocratique, laïque et
sociale ;
d) instauration du service national ;
e) réforme de l’appareil judiciaire et de l’information ;
f) campagne d’alphabétisation du peuple, en langues comoriennes ;
g) opérations de rapatriement des sinistrés de Majunga.
3/ à l’étape de la Révolution Economique et Sociale (oufwakouzi wa
oussawa wa maécha) (p.105) correspondent les chantiers suivants :
a) construction des infrastructures de communication ;
b) construction des collèges ruraux ;
c) élaboration d’un plan intérimaire quinquennal de développement
(1978-82) ;
d) nationalisation du domaine foncier pour une mise en valeur agricole
optimale (appuyée sur la cartographie I.R.A.T. de vocation des sols
cultivables), avec pour objectif l’auto-suffisance alimentaire ;
e) nationalisation des circuits d’exportation et d’importation ;
f) achèvement de la construction collective des communes populaires
moudiriya ;
g) construction d’une école au moins par village et refonte de la
structure éducative (comprenant des filières techniques et
pré-professionnelles)...
On peut ainsi juger de l’ampleur de vue du Guide de la Révolution, du
souci qu’il a eu de se ménager des étapes et d’articuler entre eux les
efforts à produire, dans chaque domaine d’activité. En moins de deux ans
et demi d’exercice, il a réalisé des prouesses, servi par une jeunesse
et des cadres qui ne se croyaient pas capables d’accomplir de tels
exploits…
Une des leçons de l’Histoire et du parcours fulgurant d’Ali Swalih est
précisément qu’à un groupe bien guidé et déterminé, rien n’est
impossible…
C’est d’ailleurs pourquoi les peureux et autres capitulards, membres de
la prétendue ‘élite’ bourgeoise, devraient être encouragés à transmettre
leurs responsabilités à des éléments plus engagés et dévoués à l’intérêt
national…
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 30 / 4 nov 2008
L’Importance du
Foncier
Dans un pays qui n’a pas su ou pu mettre en place un secteur
industriel, c’est le domaine foncier qui représente la principale source
de production : élevage, agriculture, pêche. Mais ces activités
économiques étaient, en 1975, mal servies par des agents peu qualifiés,
qui de plus n’avaient évidemment pas le sens de l’intérêt général et
donc national. Il fallait donc les trans-former et élever sensiblement
leur niveau intellectuel, technique et civique.
C’est à quoi s’est attaché Ali Swalih. Il avait d’abord agi sur
lui-même. Sa formation intellectuelle générale avait été reçue à
Tananarive, sa formation technique en agriculture tropicale à Ambatou-bé
et à Nogent-sur-Marne, sa formation politique un peu partout, en Europe
et en Afrique, peut-être en Israël (dans un kiboutz), et surtout, dans
les livres de réflexion et d’analyse… Il s’était fixé à lui-même des
objectifs de formation et avait obtenu de suivre des stages
professionnels.
Comme Directeur de la So.D.E.C. (1964-67), il avait fait passer aux
cultivateurs des conseils sur les techniques agricoles, par écrit et en
langue comorienne. Pendant la Révolution, il a lancé une campagne
d’alphabétisation dont nul ne pouvait s’affranchir et qui a porté des
fruits ; des femmes, par exemple, ont pu ouvrir des boutiques et gérer
un fonds de commerce. Mais surtout, le Plan Quinquennal (1978-82)
comportait une formation générale et professionnelle, en fonction des
besoins de la nation. L’enseignement devait être adapté aux réalités du
pays et donc ruralisé.
Tout l’effort initial pour accumuler du capital et ensuite pour pouvoir
acheter les équipements nécessaires au pays devait donc porter sur la
production agricole, sur la circulation interne (distribution et
acheminement) et externe (exportation) des marchandises, sur la
conservation et la protection des sols, sur la santé des travailleurs
producteurs, sur leur compétence technique, sur un sens nouveau de leurs
droits et de leurs devoirs, sur une mystique du travail…
Pour Ali, l’outil foncier devait cesser de servir les intérêts
particuliers de telle ou telle catégorie de la population mais être mis
au service de l’intérêt général et de la construction d’une véritable
nation comorienne qui peut et doit être édifiée de manière méthodique.
La maîtrise du domaine foncier permettait aussi d’aménager le
territoire, de produire plus et mieux, de freiner l’exode rural, de
fournir de l’emploi à tous les citoyens, de donner des ressources à la
femme et à son foyer…
La construction des moudiriya, ces communes populaires auto-gérées,
impliquait aussi que la terre comorienne appartienne à la nation
entière. Sans cela, comment aurait-on pu commencer les chantiers ? Là
encore, la conception d’un monde nouveau supposait que l’intérêt général
l’emporte sur les intérêts particuliers. Ce serait à l’instance
politique locale, mise en place, d’employer chaque terroir donné pour
l’avantage du grand nombre...
C’est pourquoi la Révolution était d’abord une refonte du monde agraire,
de ses valeurs, de ses pratiques, de sa hiérarchie historique. Mais les
résistances à l’égalité, à l’efficacité, au discours rationnel, n’allait
pas manquer. Ali devrait tenir compte du poids des routines et de
l’emprise des instances idéologiques : tellurisme magique, astrologie,
islam féodal…
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 29 / 24 oct 2008
La
Rencontre-Débat du 7 novembre
Les étudiants de l’association ‘Arc-en-Ciel’ m’ont invité à venir
animer une rencontre-débat contradictoire sur le thème de l’Indépendance
et de la Révolution à Komoro 1975-78), le vendredi 7 nov prochain, à 18h
à l’Université de la Seine St Denis (bâtiment C, salle CO22) (métro St
Denis-Université?)
Les
organisateurs, Ibrahim Barwane et Ismaël Mohamed Ali, n’ont pas encore
arrêté le titre exact qui sera publié. Je leur ai proposé plusieurs
intitulés :
Une
République Socialiste authentique, dans l’espace africain ? Komoro
1976-78.
Une
République démocratique et laïque, dans l’espace islamique ? Komoro
1976-78.
L’Indépendance réelle et la Révolution foncière et rurale, à Komoro
1976-78.
R.Dumont l’agronome et Ali Swalih l’ingénieur des travaux agricoles
La formule de la ‘conférence’ ne me convenant pas, j’ai
indiqué ma préférence pour celle de l’échange et de la recherche
collective par le moyen du questionnement continu. J’utiliserai un
tableau pour expliciter certains raisonnements.
Je
leur ai demandé, dans cet esprit, de faire rédiger par les étudiants
comoriens un Cahier Spécial où seront portées et numérotées les
questions que se posent, notamment, les jeunes garçons et filles sur
cette période clé de l’Histoire de leur pays. Cet ensemble de questions
sera traité collectivement ce jour là, devant le public.
A
cet égard, j’ai suggéré aux organisateurs le déroulement suivant :
1/
à 17h 30 : distribution de documents et extraits du livre ‘L’Imposture’
(Mila na Ntsi) et vente des quelques livres que j’aurais pu apporter ;
2/ à 18h : début du traitement en commun des questions du
Cahier Spécial ;
3/ à 19h 30 : la place et la parole aux ‘Acteurs de
l’Histoire’ (c’est à dire les anciens qui ont vécu la période 1974-78)
qui répondraient aux interrogations du public. Je pense aux grands
informateurs, comme Abdallah Daoud, Aboudou Mohamed Youssouf, Ali Abdou
El Ghaniou, Ali Mohamed-Elamine, Bourhane Rachidi, Dini Nassur,
S.Hassane M.Jaffar, Kamal A.S, Mikidache A., Mohamed Djimbanao, Mzéé
Swalih, Salim Himidi, Sultan Chouzour, Twaïb Dada… Il y en a sans doute
d’autres que j’oublie ou dont j’ignore s’ils sont dans la région
parisienne et en France, en ce moment. Je pense qu’ils accepteront
l’invitation des étudiants, si elle leur parvient à temps.
Les
participants à cette rencontre du 7 novembre peuvent, d’ailleurs,
eux-mêmes, déjà transmettre aux organisateurs leurs questions et
opinions qui seront examinées, ce jour là. Qu’ils s’adressent donc
directement à
Ibrahim
Barwane
ibarwane@yahoo.fr
Ismaël
Mohamed Ali
washili@hotmail.com
Je
vous remercie de votre attention et vous donne rendez vous le 7 nov à
17h 30.
Kari Ngama
Djahazi
: COMMUNIQUÉ n° 28 / 15 oct 2008
Les Sources Permanentes de l'Inégalité
A
partir de 1.500 J.C., la soi-disant ‘aristocratie’ citadine a repoussé
les anciens habitants dans l’intérieur des îles et s’est emparée des
meilleures terres. Les ‘nobles’ achètent des prisonniers africains
qu’ils font travailler sur les terres conquises, en leur déniant leur
qualité et leurs droits statutaires d’êtres humains. A leur tour
bousculés et privés de leur domaine foncier par les grandes firmes
coloniales, à partir de 1891, ils espèrent bien reprendre toutes leurs
prérogatives, quand ce qu’ils appellent ‘la parenthèse coloniale’ sera
refermée (1975).
En
effet, l’organisation de la production et de la distribution des
richesses passe toujours par ceux qui contrôlent les villes. Les
travailleurs de l’intérieur du pays produisent des biens alimentaires
qui assurent la vie des citadins ; mais ils ne sont pas rétribués (comme
prisonniers politiques) ou très faiblement (comme villageois ‘libres’)
et, dans ces conditions, ne peuvent guère accéder aux biens importés et
aux services que peuvent s’offrir les citadins aisés. Il y a pourtant,
déjà, dans les articles qu’ils fournissent aux villes, des produits
exportés et donc de valeur (bois, plantes médicinales, peaux de zébus,
poisson fumé, corde en fibres de cocotier et noix de coco, arachides)…
Les
citadins ‘nobles’ sont le pivot de ce commerce ; car les produits
importés passent encore entre leurs mains. Ainsi bénéficiaires dans les
deux sens du commerce (vers l’extérieur et vers l’intérieur) ils ne
cessent d’accumuler du capital. Mais ce capital ne sert jamais à
améliorer le sort des populations, notamment de l’intérieur. Les
‘matsaha’ manquent de tout : vêtement, habitat, couverture, nourriture,
médicament, éducation, voies de communication…
Lorsque Komoro entre dans le marché mondial du café, puis du sucre, puis
de la vanille, le fossé de l’inégalité s’accroît encore ; car les
produits demandés par les marches européens et américain sont préparés
sur les terres des planteurs créoles et des nobles comoriens. Et les
travailleurs (‘engagés’ de force) eux-mêmes, deviennent objets de
commerce entre Zanzibar et les Mascareignes. De 1735 à 1900, les Swahili
‘musulmans’ et les Européens ‘chrétiens’ s’entendent comme larrons en
foire pour exploiter le travail de leurs prisonniers. Ils trouvent leur
justification dans la possession et l’emploi de l’arme idéologique
suprême : des livres ‘sacrés’ (Bible, Coran) qui, selon eux, les
autorisent, légitimement et juridiquement, à violer tous les droits
humains…
Ali
a bien compris la supercherie et le mécanisme de l’exploitation. Et il
trouve la parade absolue : c’est l’Etat qui, désormais, commercialisera
les produits exportés et importés, en sorte que le capital dégagé et
accumulé pourra être investi dans le développement économique et dans
l’intérêt du peuple entier.
Dés
lors, toute la dynamique change de visage : le libérateur souhaite
employer cet outil (l’appareil d’Etat) pour développer toutes les
régions du pays, construire des routes, créer des dispensaires ruraux,
concevoir l’organisation d’un espace aménagé et décentralisé, stimuler
la production alimentaire en fonction des qualités physico-chimiques de
chaque terroir, favoriser les échanges entre les zones côtière et
d’altitude, assurer le plein emploi et freiner l’exode rural, prévoir un
nouvel équilibre des pouvoirs…
Mais ce vaste programme implique de poser la question centrale de la
Propriété et de l’Usage du sol, du sous-sol, de la mer, de l’espace
aérien.
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 27 / 26 sept 2008
Notes
de lecture
R.P. : ‘Nous avions signalé nos premiers contact avec l'historien des
Comores, M. CASIMIR. Son dernier livre, consacré à Ali SOILIH (C.E.A.T.
1962) dont il nous a adressé un exemplaire, nous est présenté par P. A.
LAMBERT.’
«Je
suis resté en relations avec M. Casimir, auteur de plusieurs livres sur
les Comores et qui m'avait demandé, ainsi qu'à Ph. Ballan, un témoignage
sur Ali SOILIH. Il vient de sortir un gros livre sur la vie de ce
personnage, ancien élève du CEAT, devenu Président des Comores puis
assassiné. Malgré une présentation parfois indigeste, je pense que cet
ouvrage peut intéresser un certain nombre d'anciens, en particulier ceux
qui sont passés dans l'Archipel.»
‘A tous
ceux qui s’intéressent à l’histoire des Comores, ce livre apportera un
éclairage inédit sur une période sombre. Chacun a en tête les
soubresauts qui ont marqué cet archipel, dans les années 70 avec
l’indépendance des Comores. Deux figures principales ont acquis une
certaine notoriété : celle d’Ali Soilih, le jeune Président, présenté
souvent comme un petit Mao Tsé Toung, et Bob Denard, le mercenaire
présent dans tous les coups tordus de la « France-Afrique ».
Cet
ouvrage fondé sur un colossal travail de recherche historique, reposant
sur nombre de témoignages inédits, remet en cause la présentation
officielle de ces évènements telle qu’elle fut diffusée par la presse à
cette époque. Elle permet notamment de comprendre la logique de
développement qui était celle d’Ali Soilih et en quoi elle s’est
heurtée, à la fois aux intérêts des castes aristocratiques des Comores
et aux visées géostratégiques du gouvernement français.
Le
livre apporte des révélations sur les circonstances exactes de la mort
d’Ali Soilih et énonce une hypothèse hardie mais plausible à propos de
son attitude finale de résignation devant l’inéluctable.
Prenant clairement parti pour l’un des camps, l’auteur ne cache pas sa
sympathie pour l’idéologie révolutionnaire. Il en résulte un ton parfois
dogmatique et un discours qui peut paraître daté. Ce qui n’a pas empêché
une vision très positive des efforts menés par les techniciens
métropolitains, du BDPA notamment, en faveur du développement de
l’agriculture comorienne. Au final, il s’agit d’un travail de fond peu
orienté grand public, mais qui montre qu’un regard engagé reposant sur
des bases documentaires peut efficacement contrebalancer une
interprétation des faits communément admise et insuffisamment vérifiée
par les
médias.
P.
A. Lambert
L’IMPOSTURE
– Edition Djahazi - 690 pages - Prix : 25 € + 2E poste = 27E
Commande : Marie Casimir – BP 08 – 06531
PEYMEINADE – CEDEX - France
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 26 / 26 sept 2008
De l’Ecole
Coranique
Trop souvent chassé de l’espace islamique, l’esprit critique (= capable
d’énoncer les aspects négatifs et positifs d’une théorie ou d’un
comportement) et auto-critique (= appliqué à soi-même) ne pouvait pas
s’appliquer à l’enseignement dispensé aux enfants ; c’est pourquoi nous
n’avons trouvé que deux auteurs comoriens assez courageux pour jeter un
regard analytique et sans concession sur l’école coranique. Ali Swalih,
lui, est allé encore plus loin et a envisagé une refonte de
l’enseignement élémentaire à destination des enfants comoriens.
D’une part, il est élogieux pour l’aspect matériel d’un système qui
permet tout de même d’apprendre à graphier la langue arabe, à moindre
frais, puisqu’il ne requiert que des dépenses minimes (roseau, tablette,
suie, appentis, livrets modèles). Mais d’autre part, il se rend bien
compte que cet enseignement veut préparer les individus non pas à la vie
réelle, concrète et immédiate, dans laquelle ils vont entrer, mais
plutôt à l’au-delà (kiyama) que les chefs religieux prétendent
connaître. En développant surtout chez l’enfant, la peur, l’obéissance
et la mémorisation (P.O.M.), cette éducation risque même de le détourner
de la vie de la cité…
L’exercice de la Mémoire n’est pas mauvaise, mais quand la
mémorisation devient une valeur en soi, tout nouveau ‘savoir’ sera
mémorisé, automatiquement. La mémoire, alors, ne servira qu’à habituer
l’enfant à répéter indéfiniment les mêmes discours et les mêmes
comportements, même s’ils sont inadaptés aux situations nouvelles. Il
pourra apprendre par coeur toutes les propositions, sans même
s’apercevoir qu’elles sont contradictoires, parce qu’il n’aura pas été
pourvu d’un outil essentiel : l’esprit critique.
La
Peur propagée et le terrorisme intellectuel pratiqué par les
répétiteurs coraniques (armés des visions d’horreur contenues dans le
Livre et destinées à frapper l’imagination enfantine) sont de nature à
inhiber l’intelligence de l’enfant, à le traumatiser et à le handicaper
dans les tâches qu’il aura à affronter.
On
veut surtout créer en lui le réflexe de l’Obéissance envers ses
parents, envers les adultes, envers l’ordre qu’ils ont établi, envers
les pouvoirs en place, envers l’idéologie dominante. C’est bien aussi à
l’école coranique que prennent racine la pratique et la théorie de la
séparation des sexes, la misogynie (haine et mépris de la femme) et tous
les préjugés envers les non-conformes et envers les non-musulmans. Tout
questionnement en est banni --
«Ne posez pas de questions sur des choses qui vous nuiraient si elles
vous étaient
montrées.’
[Coran s.5 v.101]
--
d’autant plus rigoureusement que le répétiteur n’a aucune culture, même
s’il se croit savant. Or nul esprit de recherche scientifique ne peut
vivre sans questionnement permanent et expérimentation technique…
C’est pourquoi Ali souhaite mettre fin à ce qui n’est qu’un
conditionnement, souvent obtenu par la violence et l’humiliation. à une
forme dogmatique d’enseignement, qui néglige trop l’essentiel de l’être
humain, c’est-à-dire son intelligence ou capacité de s’adapter aux
réalités du monde et de résoudre les questions posées par la vie réelle.
Il a un projet éducatif différent…
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 25 / 12 sept 2008
L’Émergence de
l’Individu Citoyen
L’apparition de la pensée libre et critique, donc l’émergence du
citoyen, tourneraient forcément à la confusion des régimes autoritaires
et patriarkystes (construits autour et au bénéfice du père tout
puissant). Pour museler la pensée critique, les dictateurs ont souvent
évoqué le danger que représente la montée de l’individu a-social,
cupide, exploiteur des peuples travailleurs.
Et
ils n’avaient pas tort sur ce point précis ; mais il faut distinguer
nettement les deux types d’individu : le cumulard et le
partageux, le capitaliste qui ne pense qu’à s’enrichir personnellement
et le citoyen dont le souci est l’harmonie dans la cité et l’entente
entre les humains. De même, il n’y a rien de commun entre la démocratie
bourgeoise que prétend répandre l’impérialisme américain de 2.008 et la
démocratie populaire que préconisait le Guide de la Révolution. La
première est une mascarade qui ne peut recevoir l’assentiment des
peuples. Elle n’est qu’une mise en scène grossière qui doit servir aux
insatiables à faire main basse sur toutes les richesses du monde, et
pour en déposséder les peuples.
Mais l’individu citoyen, c’est tout autre chose ! Il se veut libre mais
aussi solidaire, dynamique mais responsable, égal en droits et en
devoirs à tous les autres citoyens. La société avancée est celle où
l’individu se voit reconnaître le droit d’être lui-même et de
communiquer sa manière de penser ; dès lors, la contradiction peut vivre
et contraindre le peuple à réfléchir et à choisir, pour chaque question
posée, la solution la mieux adaptée. La pensée critique, libre de
s’exprimer, sera également en mesure de s’investir dans les domaines
scientifique et technique, dans les domaines politique, social et moral,
pour le plus grand bénéfice de la communauté nationale tout entière…
C’est dans cette direction qu’entend se diriger Ali Swalih en 1976 ; le
Comorien accompli qu’il envisage pour l’avenir n’a rien à voir avec
celui qui pérore en place publique et même avec celui dont il emploie
les services dans la phase présente de la Révolution.
Les
intellectuels techniciens qui l’entourent acceptent d’œuvrer pour leur
pays, mais ne tarderaient pas à se disputer la préséance et à
revendiquer des avantages particuliers, sans la surveillance des autres
instances ; de même, les militaires seraient tentés par un putsch, si
les Commando Mwassi n’étaient pas entièrement dévoués à Ali ; les
militants du Comité National Populaire se prennent pour de hautes
personnalités et sont tentés par le régionalisme tribal…Mais tous sont
des produits de la vieille société.
L’Humain nouveau serait forgé par une éducation nouvelle ; cela
requérait une refonte du secteur de l’enseignement, donc une réflexion
générale sur les fins, sur les contenus et sur les méthodes (p.64). Ali
y pense dès 1971 et formule (anonymement) son analyse, dans la revue de
l’A.S.E.C. Ses préférences vont au développement de la pensée critique,
technique et professionnelle. Dans cette perspective, quel rôle et
quelle place faut-il accorder à l’école coranique ?
LB.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 24 / 12 sept 2008
Le Mois de
Carême
Les
musulmans observent massivement cette obligation religieuse, devenue
traditionnelle et familiale, qui les relie à leur enfance. Mais tout
acte accompli automatiquement, par habitude et contrainte implicite,
perd progressivement de sa valeur et se vide de contenu. Il faudrait
donc, semble-t-il, se demander pourquoi cette épreuve a été instaurée,
dans quelles conditions et dans quel but ?
Les
caravaniers du désert d’Arabie menaient une vie très dure et devaient
pouvoir faire face à toute éventualité : une tempête de sable, un
conflit inter-tribal, une fuite éperdue, pouvaient les détourner de leur
parcours et les exposer à la mort, faute de vivres et surtout d’eau. Un
jeûne effectif d’une ou plusieurs journées pouvait, alors, s’imposer à
eux. Dès lors, il était logique et intelligent de les préparer à une
telle situation, de les entraîner à résister à pareille épreuve. Ce
jeûne avait ainsi une utilité pratique et un sens économique ; il
améliorait l’endurance des caravaniers, transporteurs de marchandises
entre l’Asie et l’Europe. C’était donc une recommandation réfléchie et
intelligente, répondant à une nécessité réelle du moment.
Mais quels sont les enjeux actuels ? En observant
scrupuleusement le carême du mois de ramadani,
les Comoriens contribuent-ils à l’édification de Komoro ? Améliorent-ils
leur rendement professionnel, quelle que soit leur spécialité ?
Luttent-ils pour l’unification des tribus comoriennes ? C’est pourtant
la double tâche qui se présente au Guide de la Nation, en 1975. Et lui,
il compte surtout sur le travail et sur les travailleurs…
Car, l’édification d’un pays requiert d’abord la mise au
travail de la nation et un effort accru pour accroître la production,
pour réaliser l’auto-suffisance alimentaire, pour dégager un capital qui
sera investi dans la construction d’une agro-industrie locale. Le
développement économique permet seul de satisfaire les besoins
essentiels de chaque citoyen. C’est bien ce qu’avait compris un autre
combattant pour l’indépendance : Habib Bourguiba apparut, un jour de
ramadani,
à la télévision, avec un verre de jus de fruit à la main. Et il expliqua
aux Tunisiens stupéfaits : ‘Le Coran a prévu
qu’on pouvait surseoir au jeûne, en cas de guerre. Or, nous sommes en
guerre contre le sous-développement !’
Autre difficulté : l’inégalité de l’épreuve, selon la classe à laquelle
on appartient. Pour le pauvre et l’exploité, il a l’habitude des
privations et espère des compensations dans l’au-delà. Mais il a
beaucoup de mal à acheter tout ce qui est prévu pour la Fête de Rupture.
Pour le riche, au contraire, il est facile de
transformer l’épreuve en fête nocturne, car d’une part, il en a les
moyens financiers, d’autre part il fait travailler les autres, plus
qu’il ne travaille lui-même…
Autre difficulté : dans les sociétés islamiques (comme en Chine et en
Inde), l’individu citoyen n’est pas encore apparu ; ou plutôt ces
sociétés ne l’ont pas laissé apparaître ; c’est même pourquoi elles ont
pris un tel retard sur le plan intellectuel, scientifique, technique (et
même moral, en un sens). Les chefs politico-religieux islamistes
considèrent que le carême est une obligation absolue qu’ils imposent à
tous, par la force. Le citoyen n’a pas le choix, faute de liberté. Mais
une action qui n’est pas libre n’a qu’une faible valeur. Que vaut
véritablement le carême imposé ? Le musulman du peuple n’en est pas
conscient et contribue au contraire, à faire régner l’ordre et la
solidarité mécanique (opposée à la solidarité choisie) ; c’est dire que,
comme la femme, il est l’agent efficace de sa propre servitude….
Le mois de carême aurait, au contraire, pleine valeur,
s’il était une affaire personnelle et vécue dans la discrétion. Lors
d’un mois de ramadani,
le prince S.Housseïne S.Ali qui faisait le jeûne me servit du thé, en
plein milieu de la journée ! Quelle élégance ! C’était à Dzahadjou du
Mbadjini (Ngazidja)…
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 23 / 30 août 2008
La ‘Lettre’ et l’’Esprit’
Il y a deux manières de considérer une
doctrine, une religion, et les textes qui leur servent de fondement
théorique : ou bien on demeure ‘au pied de la lettre’ ou bien on
cherche à en saisir l’inspiration directrice et la signification
profonde.
Dans le premier cas, on se comporte en ‘lettriste’ ; dans le second, on
se pose en ‘spiritiste’. Et cela est vrai pour n’importe quel texte,
n’importe quelle religion, n’importe quelle doctrine politique. Donc,
cela se vérifie pour le Coran et pour l’islam. Donc, cela va se poser
pour la doctrine ‘Fikira Mchindji’, la Théorie Fondamentale d’Ali
Swalih.
Or, aujourd’hui, nombreux sont les Comoriens qui ne tarissent pas
d’éloges sur le Guide de la Révolution ! A les entendre, ce sont tous
des partisans d’Ali et de ses idées… Naturellement, si celui-ci
annonçait son retour aux affaires, il y aurait une fuite éperdue et une
‘levée de boucliers’ contre lui. Il faudrait donc pouvoir distinguer
entre tous ces ‘swahilistes’ de la langue sans os. Il y a même des
swahilistes qui se croient tels mais qui n’ont rien compris à
l’inspiration, à l’esprit de la refondation de Komoro… Quelle
différence, donc, entre la lettre et l’esprit de la Révolution d’Ali
Swalih ? Pour que cela soit bien clair, on devra raisonner à la lumière
de l’action concrète du Guide.
Mais, pour être simple, considérons par exemple la tombe d’Ali,
située dans le village de Chouwani (Hambou Ng). La tentation sera forte,
pour les parents et les partisans du Guide, dans les années qui
viennent, d’en faire un tombeau magnifique, susceptible de rivaliser
avec le mausolée de S.Mohamed Cheikh à Mroni (Ng) ou celui d’Ahmed
Abdallah à Domoni (Nz)…
C’est précisément, là, un piège dans lequel ne tombera pas un
‘spiritiste’ parce qu’il aura compris l’esprit de la Révolution
Socialiste et de l’action d’Ali. La tombe du Guide doit absolument
rester modeste, pour bien illustrer la proximité du fondateur d’avec son
peuple et sa volonté inflexible de se mettre au service de ses
compatriotes, notamment des exclus et de la classe opprimée. Dans ces
conditions, construire un grand tombeau pour Ali reviendrait à trahir
l’esprit de sa Révolution et donc à abandonner le peuple comorien, d’une
certaine façon.
Il devient maintenant possible de distinguer clairement les vrais
swahilistes des faux : ceux qui agiront concrètement au service de la
promotion du peuple et des petites gens seront les vrais ; tous ceux qui
cherchent seulement à se servir d’Ali et de son message, pour parvenir
au pouvoir, sont les faux. On en rencontre déjà beaucoup !
En 1996, le parti ‘Maécha Bora’ a éclaté, précisément sur cette question
de la participation au gouvernement de Mohamed-Taki A. Qui des
participants ou des refuseurs étaient les plus proches de l’esprit
d’Ali ?
Tout cela pour remarquer que, finalement, le thème central n’est pas le
personnage d’Ali Swalih mais le service du peuple. C’est pourquoi
Ali s’est refusé à tout culte de la personnalité, à l’image de ce
qu’avait fait le fondateur de la nation arabe.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 22 / 23 août 2008
Les Deux Révolutions
Ali Swalih restera à jamais le symbole de la Révolution
Socialiste. Mais ce que ses encadreurs et techniciens du B.D.P.A.
(bureau du développement de la production agricole) avaient prévu,
c’était autre chose ! Eux, ils connaissaient bien les problèmes agraires
et proposaient des moyens de les résoudre, sans toucher aux structures
sociales et politiques en place autant que possible. Ainsi, Maurice
Perrier était un proche de J.Foccart, le défenseur des conceptions et
intérêts des gouvernements et de la classe dirigeante français en
Afrique. C’est tout dire !
L’objectif politique de ces techniciens et ingénieurs
français était donc, apparemment, de favoriser l’émergence d’une
catégorie de paysans avancés, capables de moderniser le pays, en sorte
qu’il soit viable… Cette catégorie plus compétente aurait naturellement
dynamisé la bourgeoisie commerçante et contraint la catégorie féodale à
se soumettre ou à se démettre. Ces trois catégories auraient constitué
la nouvelle classe dirigeante, proche des milieux bourgeois français…
Ali Swalih est repéré, par eux, comme un élément
dynamique et compétent, précisément celui qui pourrait remplir ce rôle
de réformer la société comorienne en douceur (p.32). Effectivement, le
Guide va s’acquitter de cette tâche mais, ce qui n’était pas prévu,
c’est qu’il irait plus loin que visé et qu’il s’occuperait de
promouvoir, non seulement la bourgeoisie agricole locale, mais aussi les
‘laissés-pour-compte’ et les exclus de l’ordre féodalo-bourgeois en
place.
Et c’est ainsi qu’Ali a, en fait, réalisé deux
révolutions pour le prix d’une ! Son souci étant de construire la nation
comorienne, il ne pouvait ni ne voulait en exclure personne. Or, il
s’était aperçu, sur le terrain du Nioumakélé, que les intérêts de la
catégorie des propriétaires fonciers entraient en conflit avec l’intérêt
général du peuple et des villageois (voir page 43).
En dynamitant l’ordre socio-politique en place (fondé sur
l’opposition des deux classes), il casse surtout les vieux pans de mur
de la forteresse féodale et notamment son idéologie inégalitaire.
Naturellement, il entend libérer le peuple producteur, en lui proposant
la Théorie Fondamentale du Développement (Fikira Mchindji). Mais, du
même coup, il libère la catégorie bourgeoise qui, jusqu’à 1975, n’avait
pas osé s’affranchir de l’idéologie féodale et fixiste.
En 1975, la bourgeoisie commerçante comorienne ne se sent
pas assez forte pour développer son idéologie propre. Donc, elle reste
abritée derrière l’islam féodal, c'est-à-dire l’interprétation féodale,
patriarcale et gérontocratique de l’islam. Ali Swalih va donc proposer
une autre interprétation et conception de l’islam. Par là, il décomplexe
la bourgeoisie locale qui se montre plus entreprenante (1989 marque un
tournant historique à cet égard, avec l’émergence des ‘perroquets
bleus’)
Ali transmet donc un double héritage ; preuve en est la
cassure ou l’éclatement qui a eu lieu, en 1996 (je crois), au sein du
parti ‘Maécha Bora’, quand un groupe de militants ‘swahilistes’ a voulu
passer au pouvoir, tandis qu’un autre groupe s’y refusait. Dans ces
circonstances, qui était fidèle à l’esprit de la Révolution socialiste
et qui ne l’était pas, voilà ce qu’il faut déterminer !
Mais pour répondre à cette question, on doit d’abord
étudier et distinguer deux notions : l’esprit et la lettre d’une
théorie ou d’une doctrine.
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 21 / 18 août 2008
De la Spécificité (Ouhoussousuya)
Dans une société statique dont les dirigeants souhaitent qu’elle demeure
inchangée, quelles que soient les circonstances, Il est normal que tout
soit fait pour encadrer étroitement les pensées et les con-former. Il
faut donc cultiver chez l’enfant, l’affectivité, le conformisme, et dans
la société l’apparente unanimité, de manière à s’opposer à l’émergence
de l’intelligence et de l’individu citoyen.
En
1975, ce programme est toujours en vigueur ; l’enfant attend tout de ses
parents et dépend de leur bénédiction (radi) ;
ensuite, il passe entre les mains du répétiteur coranique et n’a aucun
intérêt à poser des questions. Au contraire, il se tait et ingurgite. De
là, il accède à l’école primaire où il apprend tout par cœur, même si le
contenu des cours dit le contraire de ce qu’a affirmé l’enseignement
précédent. C’est la même chose à l’école secondaire.
Et
ensuite, au village, il lui faut encore se conformer aux normes
coutumières, même quand, ayant voyagé et beaucoup observé, il a pu
réfléchir par lui-même. Arrivé à un certain âge, l’adulte ne sait plus
exactement quoi penser. Mais le principal est d’avoir l’air de penser ce
qu’il faut penser… Donc, quand il rentre au pays, il se contente
d’acquiescer et de se glisser dans la kandzou du notable oppresseur… Peu
importe la confusion générale qui règne dans sa tête !
Ali, quant à lui, a refusé de se couler dans ce moule ; pour lui, rien
ne vaut l’intelligence ou capacité de résoudre les questions qui se
posent concrètement au pays. Et pour cela, il faut comprendre le monde
dans sa vérité et dans les lois de son fonctionnement. C’est
l’agriculture qui ne ment jamais : c’est l’importance de la récolte qui
dit au cultivateur s’il a employé la bonne méthode.
Il
en ira de même pour la Révolution ; il faut arriver au pouvoir, mettre
en œuvre une politique au service du peuple et obtenir des résultats. Un
échec n’est pas grave, si on est capable d’en déterminer les causes, de
corriger son action et de surmonter l’obstacle.
C’est dans ces conditions qu’il est amené à lutter
contre les ‘perroquets verts’, ceux qui apprennent par cœur le Coran
mais n’en comprennent pas le sens profond, parce qu’ils sont paralysés
par la peur que font régner les fidéistes, héritiers d’Al-Ghazali. Et
ensuite, il se défie presque tout autant des ‘perroquets rouges’, ceux
qui ont appris par cœur les ‘versets’ de Marx et de Mao.
En
effet, ce qui importe, c’est de trouver les clés du développement et de
l’indépendance réelle. Pour cela, il faut d’abord connaître parfaitement
le pays et le peuple dont on a la charge. C’est le seul moyen d’avoir
prise sur les réalités. Il faut aussi élaborer une doctrine originale
(ce sera Fikira Mchindji) et un programme précis, correspondant au
caractère unique de son pays. En effet, chaque pays a une culture propre
et l’expérience d’un autre pays n’est pas transposable, sans de
nombreuses et importantes adaptations, si l’on veut du moins atteindre
l’objectif poursuivi. C’est ce qu’Ali a appelé la spécificité de chaque
cas. La situation de Komoro étant spécifique (spéciale et particulière)
appelle des mesures spécifiques.
Par
exemple, Ali connaît, grâce aux travaux de l’I.R.A.T. (institut de
recherche en agriculture tropicale), tous les terroirs de l’archipel et
sait quels produits seront adaptés aux qualités spécifiques de chaque
sol ou même parcelle…
Il
aurait pu se contenter de travailler à l’avènement des ‘perroquets
bleus’, mais…
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 20 / 16 août 2008
La Refondation de l’Espace
Considérons le relief des îles qui constituent Komoro ; on pourra le
ramener à la figure simple d’un triangle. Et là, on constatera que le
pouvoir, depuis 500 ans, s’est toujours situé à la base du triangle,
donc en bas, donc au bord de la mer, dans les villes portuaires, comme
Mitsamihouli, Msamoudou, Foumboni, Ntsi’ngoni…
Cela suit le modèle swahili où le pouvoir, la culture, la civilisation
sont sur les côtes et dominent paradoxalement le haut, l’arrière-pays, la
forêt et la montagne. C’est le modèle telluriste, opposé au modèle
uraniste de Madagascar, notamment.
Mais il ne suffit pas d’être une ville côtière pour incarner le
pouvoir ; ainsi, la capitale historique Ntsi’ngoni, détruite en 1796, a
perdu son haut statut, au bénéfice de Nzaoudzé et Mtsapéré ;
aujourd’hui, nous allons en ville ‘mjini’ à Mamoudzou et pour rentrer à
Sada, c’est ‘lijou’. Et pourtant, Sada aussi est au bord de la mer !
Tout cela pour dire que l’espace comorien est précisément marqué, sur le
plan socio-politique, et que l’individu est immédiatement situé sur une
échelle hiérarchique implicite, en fonction du lieu où son placenta (dzao,
saha) a été enterré (autre indice telluriste). C’est l’idéologie mila na
ntsi ou oukabaïla qui règne encore…
Par
exemple, dans le Mbadjini, une grille de 1976 donne les indications
suivantes pour le partage du zébu, en fonction du mila : 1/ Foumbouni ;
2/ Dembéni ; 3/ Mohoro ; 4/ Nkourani ya Sima ; 5/ Malé ; 6/
Ntsinimwachongo ; 7/ Nioumadzaha-Mvoumbari ; 8/ Nioumamilima ; 9/
Hodziwani.
Cette conception (politiquement, socialement, culturellement,
idéologiquement) hiérarchisée de l’espace provient, directement, de la
période féodale de l’Histoire…
Un
champion de l’égalité, comme Ali Swalih, placé devant la tâche de
construire la nation comorienne, a l’idée (probablement géniale) de
redessiner la carte de Komoro, après en avoir effacé la grille féodale
et bourgeoise. Et il créé alors une nouvelle conception de l’espace
géographique et socio-politique :
la
nouvelle unité administrative (mais aussi politique, économique, sociale
et culturelle) s’appelle moudiriya et rassemble entre 3.000 et 6.000
habitants de 1975, considérés comme des individus citoyens, égaux en
droit et en devoirs. Et ces futurs chefs-lieux surgissent dans l’espace
neutralisé et vont forcément éclipser, en quelques années, les anciennes
capitales qui appartiennent encore à la classe dirigeante et symbolisent
l’inégalité et les statuts inférieurs.
Par
là encore, Ali se pose comme le véritable ami et libérateur du peuple et
des producteurs de richesses. Mais dans les têtes, la notion d’égalité
est à peine compréhensible. Les oppresseurs n’en veulent sûrement pas.
La majorité opprimée doute de ses moyens et s’interroge. Certains
opprimés ne conçoivent qu’un retournement de l’ordre et de l’édification
d’un monde où ils pourraient opprimer, à leur tour…
Il
faudrait au moins 10 ans de formation des enfants pour que les individus
citoyens comprennent que l’enjeu, c’est la sortie du système des deux
classes et de l’oppression…
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 19 / 10 août 2008
La Révolution Improbable
Un
intellectuel de mes amis a objecté que cette révolution socialiste, à
Komoro, était totalement ‘importée’ et ne correspondait aucunement à la
personnalité comorienne profonde. Et il est bien vrai que personne, en
1975, n’attendait une pareille remise en cause, dans un pays minuscule
et arriéré, essentiellement dépendant et sans réserve énergétique,
disposant de rares cadres et d’intellectuels à la structure mentale
conservatrice ou/et opportuniste, Le retard à l’indépendance de Komoro
(1975), par rapport aux autres pays africains (1960), ne peut que
renforcer cette réalité et cette objection…
Dans ces conditions, effectivement, une révolution aussi profonde ne
pouvait et n’a pu surgir qu’à la confluence de deux facteurs
inattendus :
1/
l’arrivée sur le terrain et la présence active pendant 10 ans (1958-68)
d’une équipe d’ingénieurs et de techniciens agricoles de haut niveau qui
pose, sur la situation économique, un diagnostic sûr et énumère les
remèdes possibles.
2/
l’action d’un intellectuel libérateur, engagé dans le tissus agraire et
capable d’assimiler l’analyse du B.D.P.A., d’élaborer une synthèse
générale et un programme cohérent de développement pour le pays et de
conduire une action adaptée et déterminée.
Cela revient à dire qu’en principe, aucune Révolution vraiment
Socialiste n’aurait pu et dû procéder, en 1975, des Comoriens eux-mêmes
(y compris de la part des militants du Mo.Li.Na.Co., du Pa.So.Co. et de
l’A.S.E.C.), sans l’exceptionnelle porosité de l’esprit d’Ali Swalih aux
notions d’efficacité venues de France et sans son pouvoir conceptuel
original et indépendant.
Mais, comme il était probable, le décalage entre le niveau général de
compréhension du peuple en 1975 et celui qui était requis par la
Révolution socialiste s’est avéré énorme et a bien servi la classe
dominante et exploitante.
En
revanche, l’objection sur le caractère ‘importé’ de la Révolution ne
paraît guère recevable, dans la mesure où toutes les influences qui se
sont exercées sur l’archipel sont venues de l’extérieur :
1/
c’est le premier peuplement bantou qui a proposé et imposé la structure
matricentrée (et le principe coutumier) de la société ; 2/
l’instauration des sultanats et la grille islamique des conceptions sont
les produits de l’installation des Swahili de Kilwa ; 3/ la colonisation
européenne et française est à l’origine des structures économique,
politique, administrative, juridique, actuelles…
D’ailleurs, l’introduction d’influences à partir de l’extérieur n’est
pas tout. Ce qui est aussi important, c’est ce que les récepteurs (les
habitants du pays) en font. Un exemple paradoxal a été fourni par la
savant hispano-arabe et musulman Ibn Rouch/Averroès dont l’héritage a
été rejeté par les musulmans mais recueilli et exploité par les
Européens, pour leur plus grand profit…
Se
trouve ainsi posée la question de l’influence qu’a exercé cette courte
période sur le fonctionnement de la société comorienne actuelle, 30
années plus tard.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 18 / 23 juil 2008
Le Rôle de la
Violence
L’Histoire comorienne a été marquée par deux grands accès de violence
correspondant à la mise en place de deux ordres socio-politiques
nouveaux :
1/
celui qui a permis à la classe féodale de se constituer propriétaire
‘légale’ de l’ensemble du domaine foncier et détentrice du pouvoir
suprême, dans le cadre des sultanats institués autour de 1550 ; les
anciens chefs Fani et Bédja et les clans qu’ils représentaient ont,
alors, été subjugués et dépossédés.
2/
celui qui a vu l’avènement de la puissance coloniale française à Komoro,
entre 1843 et 1891 ; la bourgeoisie industrielle qui visait surtout
Madagascar n’a pas hésité à employer sa marine de guerre et à bombarder
les villes fortifiées, pour réduire la résistance intermittente des
sultans de l’archipel et pour offrir à une poignée d’entrepreneurs des
domaines immenses, enlevés aux autochtones.
Dans les deux cas, il fallait à la nouvelle classe dirigeante et
exploitante, une idéologie qui vienne justifier et consolider son
pouvoir et proclamer sa supériorité intellectuelle et morale sur les
dominés. Ce fut le religion islamique (mais quel islam ?) et l’ordre
démocratique (mais quelle démocratie ?)
Ces
deux idéologies ont poursuivi leur cheminement souterrain, avec assez de
vigueur pour opprimer le peuple et le persuader de son infériorité
prétendument congénitale. La violence et le système de contraintes
propres à chaque régime ont ainsi continué à peser sur les gens, sans
même qu’ils en aient conscience.
Qu’en serait-il, dans ces conditions, de la Révolution Socialiste, cette
3ème étape de l’Histoire de Komoro ? Emule de R.Dumont, Ali
Swalih répugne, en principe, à verser le sang. Mais, analyste lucide des
événements de l’Histoire, il sait que jamais la classe exploitante
n’acceptera de bon gré de céder le pouvoir. L’affrontement étant
inévitable (notamment autour de la question de la propriété de l’outil
foncier), Ali décide de s’y préparer, de manière à en sortir victorieux.
Et, dans la deuxième phase de la Révolution, celle de la suppression des
privilèges et du rééquilibrage des droits politiques, il utilise l’arme
de la crainte en laissant les petits Comités de village et les Commandos
Mwassi faire régner la ‘peur’.
L’ennui est qu’à cette période, les
petites gens pour lesquelles la Révolution prétend travailler, sont
souvent les premières victimes des vexations et de la violence des
Mwassi ! Cela paraît illogique et incohérent et ça l’est effectivement.
Ali sait bien que ces jeunes et ces cogneurs – souvent d’anciens Mranda
– n’ont eu ni formation ni connaissances politiques. Mais pour le
moment, il n’a pas d’autre avant-garde et leur utilité n’est que de
casser l’ordre en place. Il les laisse improviser, sous le prétexte
qu’ils vont apprendre par la pratique et ajuster leur action. Ils ne
sont là que pour faire appliquer des directives (dont ils ne comprennent
souvent pas le sens profond)…
Le
fonctionnement des communes moudiriya, prévu pour août 1978, doit mettre
fin à ce règne désordonné et arbitraire de la violence, quand les
Comités de base et les Commandos Mwassi seront dissous, au profit
d’instances régulières contrôlées par le pouvoir des travailleurs.
Mais le choc principal, dans l’irruption de la Révolution Socialiste à
Komoro, il réside dans l’entrée brutale et inattendu du pays dans
l’Histoire et dans la vie réelles. Le nouveau-né qui vient au monde
pousse un cri au contact de l’air extérieur, après avoir vécu aussi
longtemps protégé dans l’utérus de sa mère. Cette protection et cet
aveuglement sont dispensés au peuple par une société de conciliation,
dissimulation, tromperie, anesthésie, verbalisme fleuri et vide. Les
dominants sont habitués à duper et mépriser le peuple et celui-ci à
flatter ses maîtres et à se croire incapable de prendre en mains son
destin…
Or,
voici que le nouveau régime va demander des comptes aux méprisants et
les tient pour responsables de la misère et de l’abêtissement dans
lequel vit le peuple ! La violence est là.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 17 / 21 juil 2008
Le Véritable
Juge
Une
des phrases clés prononcées par Ali Swalih est la célèbre formule
‘Yé Taréhi, ndo Hakim !’ = Le véritable juge, c’est l’Histoire !’
que
l’on peut rapprocher de l’expression employée par F.Castro :
‘L’Histoire
m’acquittera !’
33
ans après son indépendance, la République Comorienne n’a toujours pas
d’enseignement officiel de son Histoire, sur lequel la nation et la
jeunesse pourraient s’appuyer. L’élaboration de cette synthèse n’est
certes pas facile. Mais c’est aussi et surtout que la constitution de
l’Histoire nationale implique un examen en profondeur du passé et des
faits réels survenus dans le pays. Il faut, pour cela, que les
dirigeants du pays soient prêts à procéder à une véritable psychanalyse
collective, un peu comme celle effectuée par la commission ‘Vérité et
Réconciliation’ mise en place par Mandela et Toutou, en Afrique du sud.
La
classe dirigeante de Komoro (c'est-à-dire ses deux catégories, l’une
féodale, l’autre bourgeoise et liée au régime colonial) s’est toujours
intéressée à l’Histoire mais, pour l’essentiel, à l’Histoire des
sultanats (chroniques nobiliaires et royales), à l’Histoire religieuse
et à l’Histoire coloniale. Les grandes familles ne manquaient pas de
produire leur généalogie sur laquelle elles croyaient pouvoir fonder
leurs droits éternels à diriger la société. C’était toujours une
Histoire statique qui permettaient aux ‘nobles’ de se dire ‘arabes’
et/ou descendants du Prophète ou de ses compagnons. Ils parvenaient
d’ailleurs à abuser le peuple superstitieux et les étrangers de passage.
Il était entendu, pour eux, que les autres Comoriens n’avaient aucune
Histoire et aucun droit à faire valoir. Le pouvoir appartenait aux
‘Arabes’, une fois pour toutes et à jamais.
L’ennui est que ces ‘nobles’ ne parlaient plus l’arabe, depuis
longtemps, et vivaient en dehors de l’Histoire dynamique, celle qui
transforme les nations, les sociétés et les individus. Après les Grecs,
les Arabes ont d’ailleurs perdu leur rôle moteur dans l’Histoire et
oublié leur esprit novateur d’autrefois.
Ali
Swalih a une autre conception de l’Histoire ; elle est un matériau
précieux qui permet l’examen et la correction des erreurs, pour celui
qui recherche le bonheur de son peuple. Il faut d’abord lui rendre sa
place dans la fabrique de l’Histoire et traquer la vérité, si l’on veut
avoir prise sur la vie quotidienne. Il faut s’intéresser à la vie réelle
du peuple et réfléchir sans cesse à la manière d’améliorer sa condition.
C’est dans cette perspective et quand les obstacles se multiplient sur
son chemin qu’il emploie l’expression connue. Il estime que, quelles que
soient les impressions du moment, le temps viendra où l’on se demandera
ce qu’il a voulu faire et où l’on reconnaîtra ses mérites.
Il
fait confiance à l’Histoire et aux historiens pour lui rendre justice,
en dernier ressort. Il explique d’ailleurs que le jugement de l‘Histoire
préfigure l’avenir lointain et donne une idée de ce que pourrait être le
jugement de ‘Dieu’, un dieu qui serait le défenseur et non l’oppresseur
des peuples…
Les
historiens ne font que commencer à travailler et chacun peut apporter sa
contribution à la connaissance de cette période de la Révolution
Socialiste à Komoro.
Lou Bellétan
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 16 / 19 juil 2008
La Mystique du
Travail
En
réhabilitant la classe des producteurs et des travailleurs manuels,
hommes et femmes des campagnes notamment, Ali n’a pas seulement
réintégré dans la société et dans l’Histoire tous ceux que la classe
féodale avait marginalisés et discrédités. Il n’a pas seulement fait
œuvre de justice sociale ! Il a du même coup valorisé la notion de
travail productif. Le travail accumulé va, en effet, constituer un
capital que la communauté, au travers d’un Etat mis à son service, va
pouvoir utiliser pour investir dans le développement économique, social
et culturel du pays.
Entre 1884 et 1975, les grandes entreprises coloniales installées à
Komoro ont dégagé des profits considérables mais ne les ont pas investis
dans l’archipel ; elles se sont contentées de distribuer des salaires
très faibles et ni elles ni l’administration n’ont construit les
infrastructures du pays. D’ailleurs, pour ces instances, les Comoriens
sont plutôt paresseux et se désintéressent du développement.
Ce jugement rapide ne tient pas compte de
deux réalités de base :
1/
le colonisé n’aurait pu être stimulé dans ses efforts que s’il avait
constaté des améliorations sensibles dans ses conditions de vie ; 2/ il
était soumis à d’autres obligations (sociales, religieuses, coutumières)
qui échappaient à l’attention du colonisateur mais qui le requéraient
souvent et même la nuit… C’est pourquoi, il se montrait parfois
somnolent, dans la journée et pendant son travail officiel (Ali ne
l’ignore pas qui fut assez hostile à l’activité des confréries
religieuses : elles faisaient sauter ses adeptes une bonne partie de la
nuit, les rendant inaptes à tout travail efficace du lendemain !)
Le
Guide entend bien libérer le travailleur et le travail, dans la
perspective du développement auto-centré du pays. Il fustige les piliers
de mosquée et requiert la participation de tous, hommes et femmes, à la
construction des moudiriya. Il n’est pas question, pour les soi-disant
nobles de s’exempter de cet effort et d’envoyer leur prétendus
subalternes les représenter au travail ! Le travail intellectuel
lui-même devient suspect, s’il n’est pas mis au service de la production
effective. Car les idéologues féodalo-bourgeois et les charlatans ne
travaillent qu’à tromper le peuple et à le maintenir dans la misère et
la sujétion. Seuls les techniciens peuvent et doivent servir le peuple…
Le
Chef de l’Etat, lui-même, donne d’ailleurs l’exemple à suivre : non
seulement, il ne rechigne pas à porter un sac de riz, avec les dockers,
mais encore il travaille jour et nuit, s’accordant de courtes plages de
sommeil ; il dort peu et projette un emploi du temps type que
respecterait le Comorien idéal : 6 h de travail productif et une ou deux
heures de formation intellectuelle et civique.
Désormais, le travail est mis au service de l’économie, l’économie n’a
qu’un but et qu’un intérêt : la redistribution directe (sous forme de
rétribution monétaire) et indirecte (sous forme de services d’intérêt
public) du produit total au peuple.
Dès
lors, le travailleur manuel, essentiellement cultivateur dans la
première phase, n’est pas seulement réhabilité ; il est placé au centre
du dispositif politique que va constituer la commune auto-gérée (moudiriya)
car il va être le moteur du développement et du passage à
l’agro-industrie projetée. Il sera l’agent et le bénéficiaire du modèle
de socialisme rural qu’a conçu le Guide.
C’est pourquoi, dans ses discours, il s’adresse à chacun dans sa double
dimension : de producteur (plan technique) et de citoyen (plan civique)
[v. p.476]
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 15 / 12 juil 2008
Les Classes
Socio-Politiques :
Dans un pays donné, il n’y a que deux classes sociales : 1/ l’une,
minoritaire, détient le pouvoir et les divers leviers de
l’enrichissement durable ; elle vit dans l’aisance et fixe les valeurs
et l’idéologie dominantes. 2/ l’autre, majoritaire, n’a que sa force de
travail à offrir et ne fait que survivre dans des conditions difficiles.
Mais dans la vie concrète, la séparation de ces deux classes est
masquée, en sorte qu’on ne voit pas clairement la limite entre les deux.
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