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ATTENTION CORRECTIF IMPORTANT:
"Si vous tapez 'ali swalih' par google, vous tomberez sur mon interview
sur World4Com :
http://www.world4com.com/pages/lirevideo.php?id=99
C'est un long monologue enregistré par le journaliste Kassim Saïd. Il
n'est pas mauvais MAIS j'y ai commis une ERREUR que je tiens à corriger
!
ALI SWALIH a fait ses études secondaires, de 1947 à 1953, AU LYCEE
GALLIENI de Tananarive et non au lycée Le Myre de Villers
Djahazi
04 Communiqué
n° 55 / fevrier 2.010
Le CLERGÉ et le PEUPLE
Les musulmans sounnites mettent souvent
en exergue le caractère décentralisé et ‘démocratique’ de leur
organisation, par opposition avec les religions islamique chiite et
chrétienne catholique que dirige un appareil clérical ou clergé de chefs
politico-religieux ordonnés de manière hiérarchique.
Ce type d’organisation est
effectivement original et paraît comporter trois conséquences majeures :
1/ Le fait qu’il n’y ait pas de
hiérarchie entre les chefs politico-religieux pourrait permettre en
effet, une grande activité de recherche et favoriser la liberté de
penser et d’exprimer. Mais dans la pratique, on remarque que se
constitue bientôt, dans chaque pays, une hiérarchie officieuse et que
les désaccords constructifs n’y sont pas aussi nombreux et féconds qu’on
pourrait s’y attendre. L’esprit de recherche n’y est pas plus actif
qu’ailleurs et même, l’est peut-être moins. L’avantage initial n’y donc
pas autant exploité qu’il pourrait l’être, en sorte qu’il est,
finalement et souvent, perdu.
2/ L’absence de hiérarchie permet aussi
à des éléments incontrôlés et sans grande formation critique de répandre
des interprétations aberrantes et de prononcer des avis juridiques
(fatwa) irréfléchis et parfois menaçants. L’ennui est aggravé par le
fait que ces autorités auto-proclamées trouveront toujours des agents
d’exécution (ou ‘poignards volants’) prêts à faire entrer par la
violence leurs décisions arbitraires dans la pratique. Dans ces
conditions, le niveau intellectuel du peuple demeure très bas, pour le
plus grand bénéfice de ceux qui les trompent et exploitent leur
ignorance.
3/ L’existence d’un clergé clairement
identifié a cet avantage de faire apparaître un peuple (laïos en grec)
clairement identifiable. Le passage de 1 à 2 permet à chaque instance
de se distinguer et, en principe, de se situer. Progressivement, chaque
section développe, en effet, sa conscience propre et s’ouvre à une
dialectique de la contradiction et de la conciliation qui favorise le
débat et l’examen. Cela est vrai, moins potentiellement, en Iran et en
Europe.
On peut se demander comment, dans ces
conditions, le sounnisme réussit à se maintenir, depuis un millénaire,
alors qu’il ne dispose pas d’un corps spécialisé en théologie ni
d’intellectuels professionnellement versés dans l’étude des sciences
religieuses et dans l’encadrement de la population ?
L’explication se trouve contenue dans
une institution normative, l’école coranique. Cette éducation qui prend
en tenailles tous les enfants depuis l’âge de x ans, a précisément pour
fonction de construire et fortifier, à l’intérieur même de la
personnalité en formation, un féroce surmoi qui s’opposera toujours au
développement de l’esprit critique et au libre déploiement de
l’intelligence. C’est donc à l’intérieur du psychisme que l’éducation
coranique construit le Clergé, distinct et bientôt oppresseur du Peuple.
Ce dernier ne peut plus s’affranchir du servage et de la terreur que
fait régner l’instance dictatoriale. Le maître et l’esclave sont
enchaînés l’un à l’autre, pour l’éternité.
Le fait que l’école coranique emploie
parfois des méthodes douces, dans la formation des filles notamment, ne
change rien à son action et à sa fonction. C’est sur cette institution
que s’appuient et s’appuieront toujours les pouvoir politiques, que ce
soit celui qui règne ou celui qui veut le renverser. Parce que les
pouvoirs politico-religieux ont besoins de supplétifs obéissants qui ne
distinguent surtout pas le domaine religieux du domaine politique.
La réforme de l’enseignement de l’arabe
fait partie pour Ali Swalih de cet effort par lequel il entend rendre au
peuple la maîtrise de son avenir.
L.B.
Djahazi 04 COMMUNIQUE n°
54 / janvier 2.010
POUR FAIRE le PORTRAIT
d’une REVOLUTION SOCIALISTE
Prévoir une salle où les sièges seront disposés en ovale. Le
premier cercle pourra être occupé par ceux qui veulent s’exprimer mais
on pourra prendre la parole de n’importe où. Les jeunes, les femmes, les
travailleurs pourront s’asseoir où ils voudront. L’important ne sera pas
les participants et les intervenants mais le thème étudié, à savoir la
révolution démocratique à Komoro. Naturellement, nul ne sera exclu de
l’entrée dans la salle, par quelque artifice que ce soit…
Pour l’organisateur (collectif) : prendre d’abord une feuille
de papier et y tracer au stylo une figure ; cela pourra être un
rectangle ou un carré ou un cercle, l’important n’étant pas la forme de
la figure mais ce que l’on mettra dedans !
Y faire ensuite entrer le projet que l’on caresse ; on le
jettera sur le papier, en mots, en dessin ou en schéma, mais en veillant
bien à ce qu’il ne dépasse pas, ne serait-ce que d’une plume d’oiseau,
le trait qui limite la figure. Car il faut savoir délimiter nettement la
tâche du jour et ne pas diluer le thème étudié dans une soupe verbale
non identifiable…
Comme le thème portera sur Ali Swalih, et comme cette
personnalité est aussi riche et vaste qu’un continent, on devra tracer
encore une figure à l’intérieur de la première. Cela signifie qu’on ne
pourra aborder qu’un thème ou un aspect de la Révolution que le Mwongazi
a conçue et réalisée partiellement au moins. Dès lors, on pourra
approfondir une question et on aura progressé de manière méthodique.
Par exemple, on pourra débattre sur un seul (ou deux mais
bien coordonnés) des thèmes suivants :
1/ ‘Ali Swalih Tel Que Je l’ai Connu’ (ici, la parole sera
à ceux qui ont participé à la période, y compris les adversaires et les
ennemis de la Rev Soc)
2/ ‘Les Concepts et les Termes Utilisés par le Guide’
3/ ‘Ali et la Construction de la Nation’
4/ ‘Ali et le Communisme’
5/ ‘Ali A-t-il Rompu avec l’Islam ?’
6/ ‘Ali et la Question Linguistique.’
7/ ‘Ali et la Violence.’
8/ ‘Ali l’Homme des Français.’
9/ ‘Ali dans ses Relations avec S.Mohamed Cheikh, S.
Ibrahim, Ahmed Abdallah.’
10/ ‘Ali prend Mouhammad Abdallah comme Modèle.’
11/ ‘Les Moudiriya dans le Projet d’Ali.
12/ ‘Ali et l’Analyse Intra-Coranique.’
13/ ‘Ali et sa Théorie Fondamentale (‘Fikira Mchindji’).’
14/ ‘L’Enfance d’un futur Chef’.
15/ ‘Ali et Bob Denard’
16/ ‘Ali face à la Mort.’
Mais chacun peut proposer d’autres thèmes…
Là, nous aurons un débat intéressant et qui permettra au
peuple, aux petites gens (qui pourront s’exprimer en langue comorienne,
cela va de soi), de récupérer quelque chose de leur héritage, même si
«ce n’est pas une maison ou un zébu» ( !?)…
Prévert Jacques me pardonnera cette parodie, puisqu’elle vise
à éclairer.
L.B.
DJAHAZI communiqué n° 53
/ 19 dec 2.009
GROS PLAN sur
ALI SWALIH
Les organisateurs avaient eu le mérite de rassembler une
documentation de valeur, avec deux films sur le Guide de la Révolution
Socialiste à Komoro et un de ses discours.
J’avais espéré la présence de plusieurs témoins qui ont connu
et estimé le ‘Formateur’. Mais Nassor Halifa s’est trompé d’horaire et
n’a pu être parmi nous. Heureusement, Jean Masini qui avait été étudiant
à l’IEDES et révisait ses cours en compagnie d’Ali a pu intervenir à
plusieurs reprises. Nous avons bénéficié aussi du témoignage précieux de
S.Hassane M.Jaffar, un des principaux responsables de la Radio pendant
la Révolution. D’autres témoins étaient plus jeunes et ont évoqué des
souvenirs.
Je me suis efforcé, de mon côté, et à partir de mon travail
de recherche, de réagir aux remarques et questions formulés dans le
public. Je note ici quelques uns des thèmes que nous avons abordés
ensemble :
1/ ‘Si S.Ibrahim avait vécu ?’ X Il est possible que
l’Histoire ait été différente, dans la mesure où sans changer
fondamentalement de programme, Ali aurait probablement tenu compte de
l’avis du Prince. C’est à débattre.
2/ Sur la Théorie Fondamentale comme héritage : un
intervenant a fait remarquer que ce n’était ni une maison ni un zébu et
donc que le peuple n’en aurait que faire…
3/ En 1975-76, à la suite du départ des enseignants français,
les élèves avaient perdu un an, ce qui montre qu’Ali ‘n’avait pas le
souci de l’intérêt des jeunes’.
4/ en 6ème , l’enseignement avait été assuré par
des jeunes lycéens de 1ère et Terminale ‘sans qualification’.
5/ Ali Swalih était ‘un homme seul’, sans assise dans le
personnel politique comorien en 1975. X
Ici, j’ai montré que dès 1958, Ali avait travaillé dans
l’agriculture et au contact direct des véritables producteurs du pays.
Son mouvement Mranda était constitué de ruraux dynamiques et influents.
Par son implantation dans le peuple, il avait au contraire une influence
croissante. C’est d’ailleurs pourquoi il fut élu député comorien en 1967
et nommé ministre par S.Ibrahim en 1970.
6/ Ali n’a pas été un combattant d’élite pour l’indépendance.
X Ici, je dirais que cela est vrai mais dans une petite mesure,
seulement. Certes, le Mo.Li.Na.Co. puis le Pa.So.Co. ont milité pour
l’indépendance dès 1961-63-67 et justice doit leur être rendue, à cet
égard. Mais Ali, lui, cachait encore son jeu, parce qu’il calculait déjà
comment arriver au pouvoir et ce qu’il qu’il ferait du pouvoir. Car
lui, savait ce qu’indépendance veut dire.
Les Comoriens voyaient l’indépendance comme un point
d’arrivée, le bonheur à portée de la main et sans effort, tandis qu’Ali
savait que ce n’était qu’un point de départ Il lui faudrait rapidement
construire un Etat, une nation, une économie, une société, une culture,
surtout une éthique et finalement, un mystique de l’effort et du travail
productif. La lutte pour l’indépendance était nécessaire mais non
suffisante, ainsi que l’a prouvé le cas algérien…
7/ comment Ali a été condamné à mort, clandestinement, et
exécuté : X voir p.309
8/ Ali aurait dû nommer son successeur : X Mais qui
aurait-il dû nommer ? Salim Himidi ? Sultan Choudhour ? Ali Twahir
Kéké ? Et pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?
Tout complément d’information peut être envoyé à
lou.belletan@hotmail.fr
L.B.
Djahazi 04 COMMUNIQUE n° 52 / 17 dec 2.009
JEUNESSE et
REVOLUTION à KOMORO (1976-78)
L’étudiant Mohamed Saïd et le professeur Mme Fara Rajaona de
l’Université Paris VII Tolbiac ont bien voulu faire appel à moi pour que
j’aborde avec eux le thème de la jeunesse, dans le cadre des jeudis de
l’océan indien.
J’ai donc fourni un fil conducteur portant sur 6 points
principaux que j’ai traités brièvement :
1/ Visibilité de la Jeunesse Comorienne de 1960 à 1975
= dynamisme et mixité dans les associations
culturelles (théâtre, alphabétisation, musique)
2/ Statut Socio-Politique des Jeunes dans la société
traditionnelle
= J.M. agents
d’exécution de la gérontocratie féodale
= J.F. monnaie
d’échange et d’alliance entre chefs de clans
3/ Les Jeunes à l’Heure du Choix (janvier 1976)
= militants ou attentistes opportunistes
= ruraux, JF, pour Rev Soc, lycéens partagés,
étudiants plutôt contre
4/ L’Action des Jeunes Militants, pendant la Rev Soc
= dans les Comités de base relais de la campagne
idéologique TF/FM
= pour le peuple :
service national, alphabétisation des adultes, construction des
moudiriya, animation artistique et culturelle.
5/ Les Jeunes au service du Plan de Développement (1978-82)
= une école primaire par village, un collège avec
filières pré-professionnelles par bavou,
= (in)formation par les émissions radio (24h dans
les bavou, milanantsi-ugangui)
= formation professionnelles dans les pays amis
6/ L’Emergence de l’Individu Citoyen en perspective.
= formation d’un Comorien accompli par un
nouveau cursus scolaire
= élévation du niveau intellectuel, scientifique
et technique
J’ai donc cherché à montrer l’importance du rôle joué par les
Jeunes (jeunes ruraux et citadins, masculins et féminins, lycéens et
étudiants, de 14 à 28 ans), dans la société traditionnelle féodale (Mila
na ntsi et Oukabaïla), dans les associations culturelles (loi française
de 1901), dans l’élan vers l’indépendance (de 1968 à 1975), pendant la
Révolution, dans l‘analyse et le projet du Mwongazi Ali Swalih.
L’exposé a suscité de nombreuses réactions, expressions
d’opinion, questions d’approfondissement : sur la violence pendant la
Révolution, sur la critique intra-coranique à laquelle le Guide a
procédé, sur le rôle de Michel Debré dans le soutien au séparatisme
maorè, sur la méthode de travail du rédacteur de ‘L’Imposture’, sur
l’influence de la période de la Révolution sur l’état d’esprit des
Comoriens de 2.009…
La période 1976-78 a vu se dérouler un certain nombre de
violences. Ali ne s’y est pas opposé, considérant que c’était
inévitable, dans la phase de destruction des structures en place et dans
la mesure où il fallait faire peur à la classe dominante qui ne
manquerait pas de se dresser comme un seul homme contre la
nationalisation imminente de l’outil foncier. Mais il avait prévu la
fin de cette période de révolution politique, au moment proche où il
serait possible de confier le pouvoir et le fonctionnement des moudiriya
aux travailleurs et producteurs auto-gestionnaires.
L.B.
Djahazi
04 Communiqué
n° 51 / avril 2.009
ISLAM HUMANISTE contre ISLAM
FEODAL
A la suite de l’offensive, en 1886-87,
des forces militaires françaises, déjà implantées à Maorè, et de
l’effondrement consécutif du système féodal (politique et militaire) des
Sultans, le soufisme confrérique a pris et occupé la place libérée par
le hiérarchisme et le mépris de la classe nobiliaire envers le peuple.
Ce mouvement a, immédiatement, rencontré
beaucoup de succès auprès des gens humbles parce que d’une part, il
permettait au peuple comorien de se replier en bon ordre de résistance,
autour d’une identité culturelle différente, d’autre part, il
paraissait jeter un pont entre les deux classes antagonistes, laissant
espérer une possible réconciliation à venir entre les divers segments de
la société.
A Wani de Ndzou’ani, par exemple, le
cheikh SWALIH était déjà réputé pour son désintéressement et sa
sainteté. Or, voici qu’il ne se contente plus de partager ses prières,
ses vœux et son savoir avec ses disciples de la confrérie chadouli ! Il
propose et se propose aussi de mettre en commun avec eux ses propres
biens et terrains familiaux…
Là, le Sultan ‘Mawana’ Abdallah
s’insurge ! Lu_i aussi participe aux séances et exercices de la
confrérie chadouli, maintenant qu’il a perdu l’essentiel de son pouvoir
et bien qu’il soit pratiquement aveugle, à nouveau, après l’opération
réussie à Maurice en 1879. C’est même lui qui dirige les danses et le
chœur des litanies dans la zawiya de Msamoudou…
Mais comment le Sultan le plus
prestigieux, le plus puissant qu’ait connu Komoro, pourrait-il accepter
de partager ses richesses, ses privilèges et ses prérogatives avec des
roturiers et des manants qu’il méprise ? Comme ses frères et parents de
la Famille Royale, il s’est longtemps opposé à l’abolition de
l’esclavage qu’exigeaient pourtant ses alliés britanniques en octobre
1882 et qu’attendent ses ‘protecteurs’ français en novembre 1888.
Le 26 janvier 1889, il est obligé de
signer un décret portant abolition de l’esclavage. Ses parents et la
classe nobiliaire s’insurgent aussitôt contre lui, d’autant que cette
mesure ‘impensable’ menace de les priver de revenus importants…
Devant l’initiative ‘folle’ du grand
cheikh de Wani, ‘Mawana’ prend aussitôt l’attache du prestigieux
S.Mohamed b. Ahmed qui a introduit la voie dans l’archipel. Il lui fait
part des agissements du dangereux novateur. Et que répond l’honorable
‘Al Maarouf’ (= l’Illustre) qui réside dans le quartier princier de
Badjanani à Mroni de Ngazidja ? Il donne entièrement raison à
l’autocrate de Msamoudou et l’encourage à démettre le saint homme de ses
fonctions ! Il faut dire que le maître de la voie chadouli est
originaire du matriclan royal Matswa-Piroussa. S’il ne participe pas
directement au système féodal milanantsi, il ne l’a jamais condamné ni
combattu.
A Ndzou’ani, Abdallah III a désormais
les mains libres. Avec l’aval et le soutien du maître des chadouli, il
peut maintenant faire emprisonner le cheikh Swalih ! C’est là une
parfaite illustration des deux islam aux prises dans l’île entre 1888 et
1891. La guerre civile qui suit la mort de Mawana (2 février 1891)
manifeste ce combat implicite des deux inspirations concurrentes.
La question se trouve donc clairement
posée. Quel est cet islam qui œuvre au service de la classe dirigeante
et contre le peuple majoritaire, sinon l’islam féodal et bourgeois ?
L’autre attitude, représentée en 1888 par le cheikh Swalih, est bien
l’islam humaniste, attentif au bonheur des petites gens et des
défavorisés.
Cette opposition entre un aspect de Wani
et un aspect de Msamoudou s’est reproduite, curieusement, 90 ans plus
tard, à l’occasion de la Révolution Socialiste… La théorie
socio-politique d’Ali Swalih (‘Fikira Mchindji’) dénonce nettement
l’idéologie féodale et bourgeoise, dite ‘Mila na Ntsi’ à Ngazidja et
‘Oukabaïla’ à Ndzou’ani.
Certains chefs politico-religieux
prétendent, cependant, que le système a’anda est condamnable, parce
qu’il contrevient à certaines recommandations du Coran. Est-ce à dire
que l’islam et le a’anda n’entretiennent pas des relations étroites ?
Ils voudraient le faire croire…
L.B. (source : Ahmed Abderrahamane 1921
> Panégyriquede S.Mohamed Ahmed dit ‘Al-Maarouf’)
Djahazi 04 COMMUNIQUÉ n° 50 / 25 avril 2009
En quoi Ali Swalih a-t-il Echoué ?
Les
ennemis et les adversaires de la Révolution Socialiste ont,
naturellement, considéré que la chute d’Ali Swalih, le 13 mai 1978,
était la conséquence logique d’une trajectoire essentiellement
illégitime dans ses visées et qui attentait à l’ordre établi dit
‘Mila na ntsi’ ou ‘Oukabaïla’.
Les partisans de la Révolution n’ont pas abjuré (= renié, rejeté)
l’idéal ‘Fikira Mchindji’, visant à construire Komoro, mais ont été
traumatisés par la chute du régime qu’ils considèrent encore comme un
échec regrettable. La majorité d’entre eux, d’ailleurs, s’est
progressivement ralliée, en pratique, à l’idéologie féodalo-bourgeoise,
au cours des 30 dernières années…
Nous avons, nous-même, cru que la chute d’Ali venait en conséquence de
plusieurs erreurs et constituait un échec. Il nous a fallu plusieurs
années de recherche et la découverte d’éléments nouveaux pour parvenir à
une conclusion différente et paradoxale que nous expliquons en page 645.
L’hypothèse à laquelle nous sommes arrivés, sur ces bases nouvelles,
c’est qu’il faut donner à la chute et à la mort d’Ali Swalih une toute
autre valeur que celle d‘un échec.
Néanmoins, il y a bien eu (et il y a encore) un échec d’Ali Swalih. Ce
n’est pas sa chute (qu’il faudrait, en fait, caractériser comme un
simple repli stratégique). Cela réside plutôt dans son optimisme
philosophique qui le persuadait de ce qu’un jour proche, après sa
disparition, un homme de sa trempe surgirait et ramasserait le flambeau
de la Révolution.
Or, ce n’est pas ce qui s’est passé. D’une part, parce que la clique
hiérarchiste, adossée aux mercenaires de R.Denard, a fait régner une
terreur réactionnaire pendant plus de 10 ans ; d’autre part, parce que
la campagne de dénigrement, malheureusement relayée par les perroquets
rouges, a jeté la nouvelle génération dans le trouble et dans le doute.
C’était bien là son but.
Enfin, les anciens partisans du Guide se sont divisés et éparpillés. Ils
n’ont pas eu le loisir de réfléchir à l’expérience vécue, d’approfondir
le thème de la Révolution et d’en tirer des conclusions pour l’action.
Fondamentalement, les difficultés quotidiennes, vécues par les
Comoriens, les ont empêchés de s’organiser de manière cohérente. Au
contraire, leur vision politique s’est de plus en plus rétrécie à leur
île, à leur ville, à leur quartier, à leur famille, à leur petit ego.
L’occupation persistante de Mayotte a entretenu et déchaîné les réflexes
séparatistes et chacun a considéré, plus ou moins consciemment, que les
Maorè représentaient un modèle d’opportunisme auquel il fallait se
rallier. L’idéologie bourgeoise les y encourageait d’ailleurs, et nous
avons vu de nombreux cadres comoriens du nord aller contribuer, au sein
de l’appareil d’Etat français, à l’occupation d’un quart de leur
territoire par la puissance néo-coloniale !
Dans ces conditions et comme le craignait Ali Swalih, nous avons assisté
au cours des 30 dernières années, à une véritable régression de
la personnalité comorienne et à son alignement sur un mode de vie
féodal, alimenté et soutenu par les fonds financiers que les Comoriens
de France envoient dans leur village…
L’historien anglais A.Toynbee 1939 avait bien caractérisé les sociétés
en deux groupes :
1/ «Dans une société où le mimétisme [habitude d’imiter
et de prendre pour modèle] est axé vers le passé / et les ancêtres
défunts, / [les indicateurs sociaux]
demeurent statiques.»
2/ «Dans les sociétés en progrès, le mimétisme est dirigé en
avant, vers les personnalités créatrices, les pionniers.
// La société entre dans une phase dynamique.»
Dans quel groupe faudrait-il situer la société comorienne de l’an
2.009 ?
Dans quel groupe se situait la société comorienne entre 1975 et 1978 ?
Il ne faut pas nier pour autant que, dans plusieurs domaines, des
progrès réels ont été accomplis depuis 1978. Mais la distinction opérée
par A.Toynbee demeure pertinente.
L.B.
Il y aurait bien
d’autres questions à aborder, au sujet de ce tournant de l’Histoire de
Komoro, que constitué la Révolution Socialiste, conduite par Ali Swalih.
Il faudrait évoquer, par exemple, le Maître de la Méthode, le Relieur,
les Quatre Ruptures, l’Ecole Communautaire, l’Art de la Didactique, le
Service National, les Collèges Ruraux, les Conditions de la Mort d’Ali,
etc. Tout cela est abordé dans l’ouvrage.
Un an après la sortie du livre d’Ali Swalih et sur le Guide, il est
temps de laisser la parole aux lecteurs de « L’Imposture
Féodalo-Bourgeoise»
Djahazi 04 COMMUNIQUÉ n° 49 / 17 avril 2009
Réflexions sur la Polygynie
Un bon exemple du caractère patriarcal (féodal) et bourgeois de l’islam
comorien réside dans la possibilité, pour un homme riche de posséder
plusieurs (= poly) femmes (gunê), tandis qu’un homme pauvre n’en peut
avoir aucune et qu’une femme riche ne peut avoir qu’un seul mari. On
voit, immédiatement, que se trouvent combinés un élément statutaire
(H.M. humain masculin > H.F. humain féminin, selon l’ordre patriarcal)
et un élément financier (appartenance à une des deux classes
socio-politiques).
Mais d’où vient cette tradition de la polygynie, alors que, par nature,
il naît autant d’hommes que de femmes. C’est évidemment le résultat des
guerres meurtrières entre tribus ; les hommes de la tribu ou de la cité
victorieuse n’hésitaient pas à mettre à mort la totalité des hommes de
la tribu ou de la cité vaincue et de considérer les femmes vaincues
comme faisant partie de leur butin…
De même, les sociétés tributaires n’hésitaient pas à faire don de jeunes
filles, en hommage au Roi puissant dont elles dépendaient. Cette
situation procède donc de violence et d’exploitation d’un peuple par un
autre. Mahomet lui-même possédait plusieurs concubines, donc de femmes
captives réduites à l’esclavage.
La polygynie (comme le statut d’esclave) procède donc, directement, des
situations de guerre et ne devrait pas exister, en situation de paix.
Mais le Coran a été énoncé, pendant une situation de guerre, et a
recensé une pratique que les gens de pouvoir ont ensuite perpétuée parce
qu’elle leur était profitable et qu’ils ne voulaient pas y renoncer.
Qu’en est-il donc à l’intérieur d’une société donnée, par exemple la
comorienne ? La polygynie légale consacre une double inégalité et une
double ou triple injustice :
la relation entre H.M. et H.F. se trouve faussée en droit puisque H.M.
ne consacre qu’une moitié (ou un tiers ou un quart) de son temps et de
ses ressources à ce foyer, tandis que H.F. doit consacrer à son mari et
à son foyer la totalité de son temps. Et les enfants de ce foyer se
trouvent également défavorisés par ce partage. En outre, dans l’espace
de la Cité, la relation entre H.M. vieux et riche et H.M. jeune et
pauvre est tout aussi faussée, au bénéfice du premier qui s’adjuge les
plus jeunes filles et en prive le second. Et pourtant, celui-ci défend
bec et ongles le système qui le désavantage, parce que son cerveau a été
formaté depuis l’enfance ; il est donc aveugle aux réalités vécues (voir
le concept d’aliénation p.508)
La situation d’inégalité a été forgée par la combinaison de deux
éléments : le système bantou coutumier et l’islam d’origine arabe. En
effet, à partir de 1500 et de l’arrivée de grands féodaux swahili en
provenance de Toungui, au Mozambique, l’ordre relativement égalitaire
des habitants a été féodalisé par les nouveaux venus qui ont imposé un
nouveau modèle socio-politique inégalitaire : les sultanats.
Dans ce cadre nouveau, les individus sont immédiatement situés sur une
échelle hiérarchique qui consacre l’inégalité héréditaire des humains
comme un phénomène naturel et culturellement conforme à la nature. Cela
est considéré comme l’ordre voulu par le Dieu patriarcal et
gérontocratique des Sémites. De même, la séparation des genres dans
l’espace est considérée comme légale et légitime, alors qu’il ne procède
que de la coutume et de la misogynie (détestation des femmes)
patriarcale.
Ali
Swalih, comme champion de l’égalité, se heurte donc à l’incompréhension,
tant des oppresseurs que des opprimés. Tout deux présentent, en effet,
une structure mentale hiérarchiste, profondément enracinée dans le monde
antérieur à l’apparition de l’islam. C’est d’ailleurs pourquoi les
musulmans n’ont pas encore compris le concept d’égalité des citoyens et
la notion de droits de l’humain. Et pourquoi ils demeurent incapables de
rendre justice à la femme, dont la contribution au développement
équilibré leur serait pourtant très utile…
L.B.
Djahazi 04 COMMUNIQUÉ n° 48 / mars 2009
Une République Comorienne Laïque !?
Ali
dresse un tableau comparatif des avantages offerts par un pays, d’une
part sous une Constitution laïque et d’autre part sous une Constitution
religieuse. Il a opté pour une Loi Fondamentale laïque. Pourquoi
donc ? (voir p. 405, 452, 583)
|
CHAMP APPLICATION |
MODELE LAÏQUE a) |
MODELE RELIGIEUX b) |
|
Vision générale
1
Vie humaine 2
Vie au-delà 3
Domaine socio-politique 4
|
Registre relativiste 1/a
Valorisée 2/a
Incertaine,
incompréhensible 3/a
Religieux et politique
séparés 4/a
|
Registre
absolutiste 1/b
Dévalorisée 2/b
Dominante,
directrice 3/b
Religieux et politique
indissociés 4/b
|
|
Extension 5 |
Communauté humaine
générale 5/a |
Communauté religieuse
référence 5/b |
|
STATUT
Egalité en droit 6
Citoyen 7
Femme 8
Enfant 9
Convictions 10
|
+ (mais encore
théorique ?) 6/a
Hors classe sociale (en
théorie) 7/a
Pleine
citoyenneté 8/a
Hors
circonstances 9/a
Hors
convictions 10/a
|
- / hiérarchie
généralisée 6/a
Hiérarchie culturelle
héréditaire 7/a
Citoyenneté réduite au
sexe 8/a
Exclusion de l’enfant
‘naturel’ 9/a
Inégalité selon
convictions 10/a
|
|
LIBERTES
Homme 11
Femme 12
Enfant 13
Homosexuel 14
Individu 15
|
Choix relatif en
politique 11/a
Droit au
travail 12/a
Influence familiale 13/a
Vers la reconnaissance
juridique 14/a
Liberté d’expression
politique et religieuse, de choisir et changer 15/a
|
Sujétion à régime
autoritaire 11/b
Activités confinées au
foyer 12/b
Obéissance rigoureuse 13/b
Discrimination,
insécurité 14/b
Absence de liberté et de
choix 15/b
Exposition du dissident aux PV
|
|
Responsabilités 16
Solidarités 17
Emploi du temps 18
|
Individuelle, pleine 16/a
Librement
choisie 17/a
Temps sacré / temps
profane 18/a
|
Collective
atténués ou aggravée 16/b
Mécaniquement
obligatoire 17/b
Temps religieux continu 18/b
|
|
Relations des Genres 19
|
Mixité sexuelle 19/a
Mariage hors communauté possible
|
Répartition sexuelle des
activités 19/b
Séparation des espaces > discriminations
|
|
Education 20
Intelligence 21
Lettre et Esprit 22
Caractère du Droit 23
Techniques 24
Sciences, Recherche 25
Structure Mentale 26
Expression Artistique 27
|
Dirigée mais ouverte à
critique 20/a
Stimulée > pensée
vivante 21/a
Effort vers
compréhension 22/a
Evolutif,
dynamique 23/a
Innovante,
adaptative 24/a
Programmatique,
critique 25/a
Ouverte,
souple 26/a
Audacieuse,
irrespectueuse 27/a
|
Conditionnée,
dogmatique 20/b
Obéissante, conformiste,
figée 21/b
Formalisme rigide,’
lettrisme’ 22/b
Statique,
immuable 23/b
Fixiste, régressiste 24/b
Etroitement encadrée,
limitée 25/b
Limitée à cadres
appris 26/b
Interdit sur images/musique profane
27/b
|
Le modèle laïque,
théoriquement supérieur, était loin d’être pleinement mis en pratique en
France, par exemple. Seul un socialisme authentique permettait de le
faire vivre réellement.
L.B.
Djahazi 04 COMMUNIQUÉ n° 47 / 20 mars 2009
Mouhammad comme Modèle
On ne peut qu’être
frappé par la ressemblance des situations vécues par l’Arabe du clan des
Qoraïch à La Mecque et par le Comorien qui a grandi à Ntsoudjini et à
Madagascar… Nous traitons cette question sur le seul plan politique qui
concerne directement Komoro.
L’un et l’autre se
sont trouvés en position relativement marginale dans leur milieu (p.10)
Ils avaient un vif
sentiment de frustration et étaient très sensibles à l’injustice (voir
p.9)
Ils bénéficiaient
d’une capacité intellectuelle au-dessus de la moyenne (p.447, 645) et
donc exerçait une grande influence sur leurs proches.
Ils caressaient un
projet grandiose, celui de créer une nation, à partir de tribus
guerrières aux valeurs féodales qui vendaient leurs services aux deux
impérialismes en place (573).
Ils consacraient
une partie de leur temps à la méditation et à la réflexion et savaient
se distancier de l’action en cours (p.345).
Ils ont fait preuve
d’une habileté et d’une ténacité peu communes (p.369-370) sans
lesquelles ils n’auraient pu parvenir à leurs fins.
Ils ont rencontré une
opposition féroce (p.283-310) et auraient pu échouer dans leur projet.
Ils se sont efforcés
de faire apparaître une conscience nationale qui demeure fragile…
Ils ont passé plus
de temps comme opposants au pouvoir établi qu’au pouvoir, comme chef
d’Etat.
Ils ont mis en
place des institutions nouvelles, de nature à favoriser une vie sociale
et économique dont nul ne serait exclu…
Naturellement, on
ne peut comparer le renom mondial de l’un avec la petite notoriété
locale de l’autre. Mais cela tient, pour l’essentiel, à des raisons
d’impérialisme religieux, repris par de nombreux pays. Si Mouhammad a
finalement réussi à rassembler les Arabes autour d’un projet unique, il
n’est pas certain qu’il ait conçu et encouragé l’élan d’un impérialisme
arabe. Même s’il s’est posé, en sont temps, comme un rival des trois
religions/idéologies dominantes : judaïsme, christianisme oriental,
mazdéisme persan…
Mais Ali, de son
côté, forge un socialisme nouveau qui se distingue du stalinisme, du
maoïsme et du castrisme. Il s’avère un dirigeant guide pour l’Afrique
qui, cependant, n’a pas connu réellement son parcours et son programme.
A cet égard, la décennie de dénigrement de son bilan et de sa
personnalité a porté ses fruits…
Ali avait
certainement pris conscience de ce parallélisme de sa vie et de celle du
prophète. La vie de Mouhammad Abdallah (Mahomet) a sans doute inspiré,
pour une part, sa propre action. Mais Ali était bien un homme du 20ème
siècle il pouvait s’appuyer sur les acquis de la civilisation
scientifique et technique, apparue depuis deux siècles seulement. En
cela, il était très supérieur aux perroquets verts, aux perroquets
rouges et même aux perroquets bleus qui dominent actuellement la scène
mondiale…
S’il n’a pu
réussir, néanmoins, à fonder Komoro, faute d’avoir disposé de
suffisamment de temps, il faut se demander : ‘A quoi cela a-t-il tenu ?
Ali a-t-il échoué (p.667) et, s’il y a eu échec, où faut-il le
situer ?’ Nous avons tenté de répondre à ces questions (p.645-669).
Et que
voulait dire le Guide par sa formule : «Le véritable juge, c’est
l’Histoire !» (p.395 ; voir aussi le communiqué n° 17)
L.B.
Djahazi 04 COMMUNIQUÉ n° 46 / 15 mars 2009
Quelle Politique Etrangère pour Komoro ?
En deux ans et demi de pouvoir, de janvier 1976 à mai 1978, Ali Swalih a
dessiné, par ses actes, ses analyses et ses directives, une carte
‘lisible’ de ses relations avec les divers pays du monde. En ce domaine,
le Chef du nouvel Etat a dû improviser, puisque les affaires étrangères
étaient du ressort exclusif de la puissance coloniale (p.231). On peut
tenter de reconstituer son attitude vis-à-vis de chaque pays :
Afrique du sud :
aucun compromis de fond n’était possible avec le pays de l’apartheid
mais Ali était prêt à utiliser une tactique souple, à la
Houphouët-Boigny
Arabie :
la doctrine obscurantiste des wahabites de la famille Saoud, exportée
dans tout l’espace islamique au moyen illimité de l’argent du pétrole,
est le modèle de l’islam féodalo-bourgeois qui augurait mal des
relations internationales dans le monde. Là encore, l’Histoire aura
donné raison à Ali, puisque les semeurs de mort proviennent justement de
ce terreau . C’est là une nouvelle illustration de la tragédie
en islam qui a vu les partisans d’Al-Ghazali faire disparaître les
humanistes, partisans d’Al-Farabi et Ibn-Rouchd (p.432-435)…
Algérie :
la guerre d’indépendance (1954-61) avait été héroïque et la République
algérienne s’institua le protectrice des mouvements de libération. Mais
très vite, elle se fit militariste et bureaucratique, patriarcale et
misogyne (p.271). Les héros s’entretuèrent et le peuple (notamment les
jeunes et les femmes) fut abandonné à la misère et aux islamistes
fanatiques…
Burkina-Fasso :
Thomas Sankara est celui qui est le plus proche d’Ali par ses qualités
et ses idéaux (p.503). C’est d’ailleurs pourquoi il a été assassiné par
la bande des quatre…
Chine :
Le modèle de développement agraire à la chinoise inspire la révolution
comorienne ; on retrouve de nombreux termes lancés par le Président Mao
mais ils sont adaptés aux réalités comoriennes et n’entraînent pas les
mêmes violences (p.265, 521).
Côte
d’Ivoire :
peu de sympathie pour le Président Houphouët mais (voir Gabon) ;
Cuba :
Ali se sent proche, certes, de ce pays et de sa révolution mais,
reprenant l’analyse de R.Dumont, il estime que leurs dirigeants du pays
tendent à oublier les conditions réelles de la vie du peuple. Et le
cadre militaire auquel est contrainte l’île, sous la menace permanente
d’une intervention de la C.I.A., ne favorise pas la pratique d’une
véritable démocratie égalitaire (p.267).
Etats-Unis :
le pays du capitalisme forcené et de l’impérialisme interventionniste
partout dans le monde, apparaît comme le modèle repoussoir. Il a
d’ailleurs été édifié sur le génocide de plusieurs tribus autochtones et
sur l’exploitation d’une main d’œuvre captive.
France :
En maintenant son occupation du territoire comorien, la puissance
coloniale devient ‘l’ennemi principal’ de Komoro (p.562-563) mais Ali
vise la classe dirigeante et les gouvernements français, non pas le
peuple français qui ne connaît pas le dossier…
Gabon :
nulle proximité avec le corrompu O.Bongo mais des relations correctes,
pour son poids auprès de l’Elysée, dans l’espoir de faire avancer le
dossier ‘Mayotte’.
Madagascar :
la tragédie de Majunga, en déc. 1976, (p.279) a ruiné la qualité des
relations entre les deux pays et les deux Présidents nationalistes et
anti-colonialistes.
Palestine :
la solidarité avec ce pays fut une constante et un principe ; elle se
fondait sur la proximité culturelle mais aussi et surtout, sur le refus
de toute occupation et oppression…
Sénégal :
Ali reçoit le Président Senghor (p.282) qui lui apporte le meilleur
soutien diplomatique et juridique, et lui envoie des enseignants
coopérants.
Seychelles :
Ali est très proche du Président A.René et le lui fait savoir (p.416)
Somalie :
ce pays est un exemple de dépendance dans l’indépendance (p.227)
Tanzanie :
l’étroite coopération nouée avec ce pays n’entraîne aucune subordination
ni même influence. Ali a élaboré depuis longtemps sa théorie politique (Fikira
Mchindji…
Tunisie :
Ce pays frère envoie des coopérants et reçoit des stagiaires comoriens…
U.R.S.S. :
Ali entend conserver la pleine maîtrise de sa politique et se montre
très réticent à toute ingérence soviétique dans son pays (p.269, 638)
Viêt-Nam :
la lutte héroïque de ce peuple est un exemple stimulant pour toutes les
nations (p.267)
Le Guide de la Révolution a défini (p.352) les bases théoriques et les
objectifs pratiques de sa politique étrangère. Il l’a nommé le
‘Neutralisme Positif’, une attitude de non-alignement systématique et
d’indépendance sourcilleuse (p.601). Mais cela impliquait pour les
Comoriens, rigueur, dévouement, sobriété, efficacité, confiance en leurs
moyens, autant de qualités incarnées par Ali mais à peu près inconnues
en régime féodal puis colonial…
Djahazi 04 COMMUNIQUÉ n° 45 / mars 2009
La Stratégie Economique d’Ali Swalih
Elle reposait sur
quatre angles, tel qu’il ressort du ‘Plan Quinquennal de Développement’
(Poula Mwendeleyo) :
1/ La production de biens n’a d’intérêt que si elle profite, directement
ou indirectement, aux producteurs de ces biens. L’économie n’a de
légitimité que si elle est mise au service du social et de la nation,
donc de l’intérêt général. Tout progrès économique doit être ressenti,
dans le domaine des services rendus au peuple : sécurité, nutrition,
santé (préventive et curative), éducation (initiale et continue),
formation professionnelle, habitat, emploi, niveau de vie…
2/ Le développement ne peut être assuré qu’à partir d’unités de
production viables. C’est pourquoi les vastes domaines ex-coloniaux
devaient être nationalisés mais non privatisés et morcelés pour
complaire aux marchands de biens fonciers. Naturellement, la classe
dirigeante comorienne et ses affidés se sont empressés de casser
l’instrument de production. L’administration française en a fait de
même, à Mayotte, en laissant les habitants se partager les dépouilles du
domaine de Dzoumonié, au nord de l’île. Il devait pourtant servir à un
grand projet de relance de la production sucrière.
Par ailleurs, le travail sur les unités de production, doit être
organisé et confié à des familles formées et encadrés par des
techniciens agricoles de haut niveau, de manière à ce que la production
augmente et puisse satisfaire les besoins.
3/ La diversification des cultures et des activités permet, seule,
d’éviter la dépendance économique et politique ; il fallait donc trouver
un nouvel équilibre entre cultures vivrières (qui assurent
l’alimentation de la nation) et cultures commerciales, exportées
directement ou indirectement (qui rapportent des devises au pays et lui
permettent de s’équiper).
Le développement du secteur primaire (agriculture) doit servir à lancer
le démarrage du secteur secondaire (agro-industrie ou transformation
des produits du pays en jus de fruit, confection de confitures, fruits
confits, fruits en boîte…).
4/ Les communes populaires (moudiriya) veillent à organiser la
production et font en sorte que soit réalisé le plein emploi, notamment
des jeunes et de leur famille. Les travailleurs dont les femmes font
naturellement partie, sont rétribués individuellement et à proportion de
leurs efforts et de leur production… Du même coup, se trouve enrayé
l’exode rural, toujours préjudiciable à l’aménagement du territoire.
Le rôle de l’Etat est important : dans l’orientation générale de la
production, dans la stimulation du travail par l’ouverture de crédit aux
unités de production, dans l’exportation des produits et l’importation
des biens d’équipement, dans l’utilisation des dons et prêts en
provenance de pays amis (mais non directeurs).
L’Etat n’étant qu’un instrument, il faut que les responsables de son
fonctionnement soient irréprochables et, à tout moment, révocables. Ali
avait prévu que le peuple aurait tout à fait le droit (et même le
devoir) de contrôler l’emploi des fonds publics et de révoquer, non
seulement les fonctionnaires défaillants, mais jusqu’aux ministres et
au Chef qui ne seraient plus dignes de sa confiance…
Il s’en suit que les comptes de la nation doivent être transparents et
portés constamment à la connaissance du peuple qui pourra en discuter
l’emploi et intervenir sur la répartition des fonds, selon la
conjoncture, les besoins, les objectifs.
Contrairement à
l’adage qui affirme que ‘le pouvoir corrompt’, Ali a montré que, dans
son cas personnel, le pouvoir épurait et transformait pour le meilleur.
Revoyons, à cet égard, le film néo-réaliste italien ‘Le Général della
Rovéré’ que réalisa R. Rossellini, en 1959…
L.B.
Djahazi 04
COMMUNIQUÉ n° 44 / 10 février 2009
Le Peuple
a-t-il Compris Ali Swalih ?
Entre le grand
lecteur et penseur, d’ailleurs porté vers l’action et l’expérimentation,
qu’était Ali et un peuple aux prises avec les tâches quotidiennes de la
vie rurale, maintenu dans l’ignorance par des chefs de clan aux visions
bornées et ‘intéressées’, l’écart était forcément considérable…
Ceux qui ont suivi et soutenu le Guide, l’ont fait souvent par
admiration pour un nationaliste sincère et pour une personnalité
dynamique, sans toujours saisir le fond de sa pensée et de sa théorie.
Le Chef d’Etat socialiste devait donc accomplir une lourde tâche
d’explication, ce qu’il fit par l’oralité et par l’écriture. Il employa
la canal de la radio nationale pour sensibiliser le peuple aux travaux
en cours, au plan poursuivi, aux étapes à atteindre, aux valeurs
nouvelles à défendre. Cette action fut servie par ses qualités
exceptionnelles d’orateur (v. pages bleues et p.476-485)
Mais le verbe
socialiste n’a nul effet, s’il n’est suivi d’action en cohérence avec
lui. C’est parce qu’il était ainsi soutenu que le verbe d’Ali est resté
et restera dans les mémoires.
Le peuple baignant dans la tradition orale, c’est par ce canal que le
Chef de l’Etat exerça le plus d’influence. C’est d’ailleurs lui qui
poussa l’expression autonome des chanteurs (les ‘Joujoux’, ‘FolKomor’…),
les auteurs et metteurs en scène de théâtre (Sultan Chouzour, Damir
Ali, ) les animateurs culturels des émissions Habari za Bavou et
Milanantsi-Ugangui (v. p.198 à 279)
Mais Ali savait
bien que seuls restent et demeurent les écrits ; c’est pourquoi il n’a
pas manqué de faire transcrire ces livrets d’initiation économique et
sociale que sont ‘Madouhoul’ (p.116), ‘Raassoul-Mali’ (p.144),
‘Mlimadji’ (p.166) et aussi les premières émissions du soir, diffusées
une fois par semaine et intitulées ‘Milanantsi-Ugangui’…
D’ailleurs, les petits livrets trouvèrent tout de suite leur emploi dans
la campagne d’alphabétisation des adultes (p.509), lancée en octobre
1977.
Et cependant, on ne peut dire que le peuple ait clairement compris les
intentions exactes du Guide et le programme précis qu’il commençait à
mettre en chantier. A cela, plusieurs raisons :
1/ la principale est citée en page 651 ;
2/ l’opposition féodalo-bourgeoise conserve le pouvoir intellectuel et
conceptuel, construit et renforcé depuis 4 siècles, et peut donc tourner
en dérision le message socialiste que sa nouveauté même rend paradoxal.
En sorte que, même pendant la Révolution, le peuple se trouve plongé
dans la confusion et ne sait plus à quel saint se vouer…
3/ Après la restauration de 1978, le pouvoir s’attache pendant 11 ans à
dénigrer le ‘fou de Mroni’, et s’efforce de redorer son blason, à
l’ombre de la corruption et des armes de la garde présidentielle
mercenaire. La classe dirigeante en profite pour renforcer son pouvoir
économique et se saisir des principaux leviers politiques.
4/ Il veille d’ailleurs à multiplier les particularités, de manière à
pouvoir empêcher la montée d’un sentiment national qui pourrait se
retourner contre lui.
5/ Les obstacles mis à l’éducation des citoyens ruraux est une bonne
illustration de l’intérêt que trouve la classe dirigeante à retarder
leur prise de conscience du caractère ‘classique’ de la société féodale
et bourgeoise.
6/ La séparation rigoureuse des sexes, la célébration des fêtes et
danses coutumières, le repli vers l’obéissance aux chefs
politico-religieux font partie du dispositif général visant à
maintenir Komoro, hors des enjeux actuels et des progrès
socio-politiques possibles et ouverts aux peuples exploités et méprisés.
Comprendre la pensée théorique et le comportement d’Ali Swalih requiert
un réel effort.
L.B.
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 43
/ 30 janv 2009
L’Occupation
Silencieuse (p.362 /
383 /
Le dernier Chef de
l’Etat Comorien qui ait posé le pied sur la partie occupée du territoire
national, à savoir l’île Maorè/Mayotte, s’appelait … Ali Swalih !
C’était le vendredi 21 novembre 1975 (v. p. 338). La ‘marche rose’ était
pacifique et le Guide fut menacé et humilié par les militants du
Mouvement Mahorais. Mais il avait eu le courage de l’entreprendre, comme
un prolongement logique du succès diplomatique éclatant, obtenu le 12
novembre : l’admission à l’O.N.U. de la République des Comores, comme
143ème Etat membre, dans sa consistance territoriale des quatre îles.
Seule la
construction d’un Komoro indépendant permettait de soumettre l’occupant
à une pression internationale constante et de fragiliser les
gouvernements français successifs.
Depuis la chute
d’Ali, malheureusement, la situation s’est énormément aggravée, par la
faute principale. des autorités françaises sans doute, mais aussi des
gouvernements comoriens successifs. Ahmed Abdallah n’avait pas su
empêcher la mutilation, avant 1975. Mais, de 1978 à 1989, il a gardé sa
liberté d’expression et n’a cessé, par ‘la guerre de la salive’, de
réclamer le retour de Maorè dans le giron national. En retour, les
organisations internationales lui avaient apporté un soutien constant et
la position du Gouvernement Comorien demeurait crédible, malgré la
présence de mercenaires, honnis en Afrique…
Ensuite, et depuis
le Président Djohar jusqu’au régime actuel, la question de Mayotte fut
repoussée à l’arrière des préoccupations et actions des autorités.
S.Mohamed Djohar faillit même être renversé, pour avoir négligé de s’y
intéresser suffisamment. Cependant, la question demeurait posée devant
les instances nationales…
Les erreurs ou
maladresses de Mohamed-Taki provoquèrent la sécession d’une faction de
Ndzou’ani qui, par son action, renforça objectivement le courant et
l’influence des séparatistes maorè.
Le militaire
Assoumani Azali, lui, s’efforça de rétablir les ponts entre les îles
mais ce fut aussi pour se laisser circonvenir par le Ministre des
Affaires Etrangères Villepin qui déclarait , le 16 octobre 2.002 :
«La position des
autorités comoriennes évolue /. Ainsi la question de Mayotte n’est plus
traitée aux Nations Unies. Les responsables des Comores ont accepté / de
ne plus demander de débat ni de prendre de résolution sur ce
sujet. »
Il
aurait mieux valu parler d’irresponsables !
Dès lors, l’opinion
internationale, déconcertée, put penser que les autorités et le peuple
comoriens s’accommodaient de la situation et de la mutilation. De vagues
discussions franco-comorienne étaient encore censées évoquer le litige,
mais c’était à huis clos et on y parlait, en fait, de questions
différentes et, sans doute, de gros sous…
Nulle part depuis
lors, on n’entendit ni ne lut, officiellement, le terme d’OCCUPATION
illégale d’une partie importante du territoire comorien. Et lorsque les
manifestants apparurent à May, en 2.008, ce ne fut pas pour réclamer le
retour de l’île au giron comorien mais pour demander l’expulsion du
séparatiste Mohamed Bakar ! C’était bien mais ne portait pas sur
l’essentiel… Personne n’ose appeler un chat un chat, dans les discours
officiels !
Finalement , la
responsabilité des autorités politiques comoriennes sera lourde devant
l’Histoire, ce juge ultime, pour
1/ avoir retiré de
la tribune des Nations Unies le dossier central de l’occupation de
Mayotte ;
2/ avoir marchandé
leur silence contre des avantages matériels et financiers ;
3/ n’avoir pas
compris la psychologie des autorités françaises ; elles ne sont pas
sensibles au verbe fleuri, aux salamalecs et aux ronds de jambes. Les
Maorè l’ont bien compris qui n’ont cessé de les harceler, pour obtenir
des avantages et des ‘nourritures terrestres’ de plus en plus nombreux ;
4/ n’avoir jamais
mené campagne cohérente auprès des Etats qui composent l’Union
Européenne ;
4/ avoir, par cette
passivité, favorisé objectivement toutes les velléités séparatistes
puisque, maintenant, certains Ngazidja se mettent aussi de la partie ;
5/ être à l’origine
de la mort par noyade de centaines ou de milliers de Comoriens, dans les
eaux territoriales de leur pays, alors qu’il faudrait au moins veiller à
ce qu’ils soient équipeés d’un gilet de sauvetage, avant leur départ ;
La maladie
comorienne demeure la faiblesse du sentiment national et de l’engagement
au service de la construction de Komoro. Un Chef d’Etat de la trempe
d’Ali Swalih se serait saisi du projet de consultation des Maorè pour
haranguer toutes les nations du monde et attirer leur attention sur ce
scandale persistant que constitue cette occupation trentenaire. Il est
vrai que, lui vivant, l’occupation n’aurait pas pu durer aussi
longtemps…
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 42 / 10
janv 2009
L’Islam Humaniste
Si l’islam a été si bien accueilli et si vite embrassé par tant de
populations et de peuples, entre 622 et 655 J.C., c’est sans doute qu’il
leur apportait quelque chose de précieux. Aux tribus arabes du Hedjaz,
une vision plus large qui leur rappelait la période des royaumes du
Yémen. Aux grandes cités d’Arabie d’abord, puis d’Egypte, de Perse, de
Syrie et de Mésopotamie, l’assurance d’une protection, à l’abri de
laquelle la vie intellectuelle et artistique pouvait s’épanouir. Aux
sociétés de la cruauté, des bornes et des limitations à l’oppression
des faibles par les forts :
«Ne tuez
pas vos enfants par crainte de la pauvreté. » [S.6 v.151]
Les versets déplorent, d’ailleurs souvent, la situation et les mœurs des
Arabe du temps ; ils dénoncent les vaniteux et les avares ---
«Ils sont remplis d’ostentation et se refusent à procurer aux hommes le
nécessaire. » [S.107 v.6-7] ---
les cupides --- «Vous aimez les richesses d’un amour sans
bornes. » [S.89 v.20] ---
les injustes --- «Les femmes répudiées ont droit à une pension
convenable. » [S.2 v.241] --
et
dispensent des recommandations raisonnables et bienveillantes qui
doivent construire la cité islamique :
« Ne suivez pas les passions au
détriment de l’équité. » [S.4 v.135]
« La voix ascendante ? C’est nourrir, en un jour de famine, un proche
parent orphelin. » [S.90 v.12-16]
« Soyez
bons à l’égard de vos parents, de vos proches des orphelins, des
pauvres. » [S.2 v.3]
«Remettez aux femmes une part
de ce que leurs parents et leur proches ont laissé. » [S.4 v.7]
Ali Swalih connaît bien le contenu du livre et en a clairement repéré
l’inspiration humaniste ; l’ancien ministre Mikidache Abdourahim (v.
p.532) se souvient :
«Quand Ali entendait lire le Coran, il était en recueillement
quasi-total. // Il y a un verset qui le touchait beaucoup, c’est celui
qui concerne l’équilibre de l’univers. Et il y en avait un autre,
c’est ‘Lequel des bienfaits de D ieu nierez-vous ?’ Chaque fois
que je lisais ces versets, le le voyais en larmes ou presque… »
C’est cette inspiration qui retient l’attention d’Ali, et non les deux
autres qui la dominent et défigurent l’islam. C’est elle qu’il veut
promouvoir, de manière à
‘remettre l’islam sur le droit chemin.’ [oct 1977].
C’est pourquoi il ne s’est fixé qu’un objectif politique : améliorer la
situation sociale du grand nombre des citoyens de son pays. Il voit dans
un islam épuré et rénové la fondation sur laquelle il pourra édifier une
convergence entre les gens de bonne volonté, quelles que soient leur
appartenance et leur provenance de départ.
Il n’y a donc pas d’incompatibilité fatale entre socialisme et islam,
contrairement à ce que prétendent les féodaux et les bourgeois
opportunistes.
«La foi sincère du
révolutionnaire et la foi sincère du croyant sont indissociables. »
(p.355)
Mais les deux doctrines ne peuvent se rencontrer que si elles confluent
dans l’humanisme, c'est-à-dire dans un ordre politique où l’individu
citoyen est appelé à jouir de tous ses droits et à assumer tous ses
devoirs.
Ali, prisonnier, passe ses derniers jours à relire le Coran. Il estime
avoir fait tout son possible et tout son devoir, au service de son
peuple. Il est prêt à affronter le jugement de l’Histoire qui lui paraît
valoir répétition du Jugement dernier dont parle la religion…
L.B.
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 41
/ 31 dec 2008
L’Analyse Intra-Coranique
Le Livre de référence des musulmans n’a été fixé, dans sa composition
actuelle, qu’en 935 J.C., soit 100 ans après la disparition de Mouhammad
Abdallah. Les Moutazilites (rationalistes) l’ont déclaré créé et ont
interdit qu’on le considère comme incréé. Les Ach’arites (fidéistes) qui
leur ont succédé ont, au contraire, décrété qu’il était incréé et ont
interdit qu’on le considère comme créé. On voit que les deux parties ont
gravement nui aux peuples et à l’intelligence, en entravant et en
paralysant le libre jeu de l’esprit critique et examinateur et en
instaurant la prohibition et donc la violence, là où devrait opérer la
liberté de recherche et de réflexion…
Dans la situation fidéiste actuelle, les musulmans disent donc le Livre
incréé, ce qui augmente leur terreur et la paralysie de leur esprit. En
effet, si l’Enoncé (Qour’ani) est divin, alors, il est intouchable et
inexaminable, en droit et en théorie. C’est aussi pourquoi les
traductions ont été longtemps interdites…
«L’écrit arabe est sacré. Avant de toucher le Coran, il faut d’abord se
purifier, faire ses ablutions.» [Ousséni M. 1997]
Mais, dans ces conditions, comment pourrait-on résoudre la question des
contradictions internes au texte ? Par exemple, si on accueille ‘Nulle
contrainte en religion’ (S.2 v.256), comment peut-on mettre à mort un
compatriote qui a décidé de changer de religion ou de quitter sa
religion, comme c’est le cas aujourd’hui en Arabie du clan Saoud, où
l’apostasie est un crime majeur ? On pourra toujours invoquer
d’autres versets :
‘Ils ont cru tout
d’abord / ils sont ensuite devenus incrédules. / Que Dieu les tue !’
(S.64 v.3-4)
Mais de ces deux versets contradictoires, lequel l’emportera, en droit ?
On a eu, certes, recours à la théorie des versets abrogeants et des
versets abrogés :
‘Dieu abroge ce que lance le Démon.’ (S.22 v.53)
Mais
alors, pourquoi ne pas avoir fait disparaître le verset abrogé ? Cela
renforce, en tous cas, l’idée que le Livre n’est pas homogène, qu’il
n’est pas animé par une seule inspiration…
En témoigne aussi, l’impasse qui nie les libertés et les responsabilités
de l’humain :
‘Mais vous ne le voudrez que si Dieu le veut.’ [S.81 v.29]
Dans la
pratique, en tous cas, il y a toujours eu des interprétations
concurrentes du Livre sacré. La preuve en est, par exemple, que dans
certains pays, on coupe la main du voleur (Arabie Saoudite, Soudan,
Mauritanie…) et dans d’autres non. Les grandes écoles juridiques,
également, n’ont pas exactement la même approche du contenu du Livre...
Cela montre bien, finalement, que les humains sont libres, donc
responsables du fonctionnement de la société dans laquelle ils vivent.
On voit mieux, ainsi que, dans un pays où la société accepterait
l’émergence de l’individu citoyen, la recherche exégétique pourrait se
déployer, avec un grand profit pour les peuples. C’est, d’ailleurs,
pourquoi on peut avoir de grands espoirs, en Europe, où les
intellectuels sont libres de forger l’islam humaniste qu’Ali Swalih
avait mis en chantier, dans la perspective de la construction d’un pays
nouveau, Komoro.
L.B.
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 40 / 26
dec 2008
De l’Éducation Coranique
(voir communiqué n° 26)
Les Comoriens sont généralement très satisfaits de leur passage par
l’école coranique ; cela prouve, en tous cas, l’efficacité de cet
enseignement qui revient, en fait, à conditionner et à formater l’esprit
des enfants, en sorte que, plus tard, les adultes se trouvent dans
l’incapacité de conduire une analyse intra-coranique (= de porter un
regard critique sur le contenu du Livre).
C’est aussi le
premier lieu où on commence à séparer les genres (masculin et féminin),
à proclamer l’infériorité de la femme, avant d’organiser la ségrégation
sexuelle. On peut alors, sur cette lancée, et sans difficulté, inculquer
la soumission des esprits et leur obéissance à l’ordre socio-politique
établi… Pour obtenir cette ‘obéissance entière et de tous les instants’,
le répétiteur coranique (foundi wa choni), approuvé par les autorités et
soutenu par les familles, recourt non seulement aux visions
terrifiantes
« Des vêtements de feu seront taillés pour les incrédules. On versera
sur leur tête de l’eau bouillante qui brûlera leurs entrailles et leur
peau. Des fouets de fer sont préparés à leur intention. » [S.22
v.19-21]
« Des Anges gigantesques et puissants se tiendront autour de cette
Fournaise. »
[S.66 v.6]
–
mais encore aux coups et autres châtiments
corporels –
« Le foundi procède par impression, / pression / et répression. »
[Ousséni
M.]
– ,
au développement de la mémoire et aux réflexes conditionnés (p.88) :
« La restitution des sourates se fait par cœur, / sans compréhension de
l’arabe classique. »
[Ousséni M. p.34]
Nul espace ne
reste à la recherche, à la curiosité :
‘Voici le Livre. Il ne renferme aucun doute’ (S.2 v.2)
Et
d’ailleurs, le ‘maître’ obtient les résultats attendus : les enfants
grandissent dans la peur
–
« Je crains, si je désobéis à
mon Seigneur, le châtiment d’un Jour terrible. »
–
et obéissent, rigoureusement, mécaniquement et indistinctement, aux
ordres reçus, répétant les formules qu’ils croient conjuratoires : avant
de manger, après le nom du Prophète, après l’évocation d’un projet
d’action, etc…
Et
la peur continuera de poursuivre l’adulte, pendant toute sa vie,
d’autant plus que son ‘Dieu’ n’est pas seulement redoutable, Il est
aussi imprévisible :
‘Il pardonne à qui il veut ; Il punit qui il veut.’ (S.2 v.84)
Mais Ali
Swalih est d’une autre étoffe ; il n’aime pas obéir, ignore la peur,
utilise l’exercice de la mémoire, sans doute, mais compte, d’abord, sur
l’intelligence. Si tout vient de Dieu, l’intelligence en procède aussi.
Pourquoi donc préfèrerait-on développer l’apprentissage automatique,
plutôt que la réflexion ? Si on veut se rapprocher de Dieu, comment
pourrait-on mieux le faire qu’en cultivant son esprit ? Même si cela
paraît inutile à un fidéiste qui vit dans un monde clos :
‘Voici la Vérité absolue !’
Pour
s’adapter au monde en mouvement et pour travailler au bonheur du peuple
et des peuples, il faut résoudre les questions qui se posent
concrètement et recourir à une réflexion critique (= analytique). Cela
implique d’actualiser ses connaissances et ses savoir-faire. Ce n’est
pas l’école coranique qui pourrait le permettre. Essentiellement
répétitive, elle est plutôt à l’origine du formidable retard
intellectuel et moral, accumulé par les habitants des pays islamiques
(p.546-547) …
Le Guide conçoit donc une autre éducation pour laquelle
les répétiteurs coraniques pourront être employés, mais essentiellement
pour l’apprentissage de la langue et de l’écriture arabes. C’est
pourquoi l’Etat socialiste a commencé par intégrer et rémunérer ces
agents qu’il faudra ré-éduquer et former, dans une perspective nouvelle…
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 39 / 16 dec 2008
De la CONDITION FEMININE
Si un mari jaloux décide d’enfermer sa jeune et jolie épouse et de la
frapper, quand bon lui semblera, tout citoyen en sera choqué, les
parents de la victime interviendront et les autorités, saisies du
litige, demanderont des comptes au tyran domestique…
Mais, si c’est un dieu qui s’adresse directement au jaloux et lui
recommande ou même lui ordonne cette pratique
«celles dont vous craignez l’infidélité, reléguez les dans des chambres
à part et frappez-les.» S.4 v.34 –
alors là, il aurait tort de s’en priver.
Que pourra faire la victime, dans ces conditions, et quel secours
pourra-t-elle attendre de la société civile, des juges (uniquement
masculins) et des chefs politico-religieux ?
Et si on inculque, très tôt, de telles valeurs et pratiques à des
enfants, par définition sans défense, on ne pourra pas s’étonner des
conséquences catastrophiques d’une telle éducation, dite ‘coranique’ :
« Quand on a appris, dés
l’enfance, à mépriser les femmes, // »
[Fadéla Mrabet 1964]
«Les mères algériennes se font un devoir
de battre leurs filles, pour les habituer à la soumission. »
[G.Tillon 1996]
«Traités
en dieux dès leur berceau, / jamais contrecarrés en rien, ils arrivent à
l’âge d’homme démunis comme de nouveaux-nés /
[au moment de leur]
rencontre avec le réel. » [D.Fernandez]
« Cette aliénation
[de la femme] /
cause à l’enfant des préjudices multiples et irréparables, / paralyse
toutes les évolutions, / diminue le potentiel actif de la nation, /
ralentit ou enraye le progrès. » [G.Tillon]
Seule donc, l’analyse intra-coranique à laquelle s’est livré Ali Swalih
permet de surmonter la difficulté rencontrée et d’y voir clair : on
trouve, en effet, dans les livres dits ‘révélés’, de nombreuses traces
de l’ordre patriarcal qui règne encore sur le monde et qui a été
instauré vers – 6.000 J.C. environ, lors de la fondation des premières
Cités-Etats,…
« Dans les
campagnes grecques, l’épouse soupçonnée d’adultère est obligatoirement
renvoyée / dans sa famille où, au nom de l’honneur, son propre père /
doit la tuer. »
[G.Tillon 1966]
Cet ordre patriarcal et gérontocratique
(grec geron = vieillard) n’a évidemment pas été créé par les
réformateurs Moïse/Moussa, Zarathoustra, Jésus, Mahomet, Marx. Ils l’ont
trouvé en place et il est normal que ces inspirations soient encore
présentes dans l’esprit de ces prophètes.
La stricte séparation des espaces (et des activités), telle qu’elle
prévaut en islam – un espace réservé aux humains masculins et un autre
espace dévolu aux humains féminins – qui fait penser à la politique
d’apartheid, en vogue naguère en Afrique du sud et aux sud des
Etats-Unis, elle appartient également à cet ordre antique et n’a aucune
légitimité…
Mouhammad Abdallah a
réformé certains traits de sa société et a amélioré la condition de la
femme :
«En
rendant obligatoire l’héritage des femmes
[voir S.4 v.7], le Livre sacré portait un coup terrible à la tribu.»
[GTillon]
Mais il n’a pas pu briser le cadre
patriarcal et, après sa disparition, les champions de l’autorité et des
abus de pouvoir, ont vite repris le dessus.
C’est pourquoi Ali Swalih, utilisant la spécificité sociologique
comorienne, peut réfléchir :
«L’émancipation des femmes n’est complète que si elles disposent d’un
revenu propre. Par exemple, dans l’agriculture, la femme aura sa
parcelle, au lieu de travailler la terre de son mari. »
[P.I.Q. p.37]
En situant l’individu citoyen au cœur de
sa Loi Fondamentale, il écarte toute discrimination :
«L’égalité des
droits entre l’homme et la femme s’entend aussi bien sur le plan civil
et civique que sur le plan effectif de l’emploi et des possibilités de
promotion.»
En cela, il rejoint le Président africain
qui a fait le plus pour la femme musulmane :
«J’ai inscrit, en tête des priorités nationales, la réhabilitation de la
femme. / Il faut agir sur les esprits, réformer les mentalités
rétrogrades. » [H.B.]
L.B.
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 38 / 11 dec 2008
De la DEMOCRATIE en ISLAM
Si un groupe humain ou
une catégorie de la population (par exemple, des chefs
politico-religieux) annonce détenir la vérité (‘Voici
la Vérité absolue !’)
et connaître les volontés de ‘Dieu’ –
(‘rien qui ne
soit inscrit dans un livre explicite’)
– alors, il sera normal qu’il exerce le pouvoir politique, ‘pour le
bien de tous’, et le conserve à jamais, sans y rien changer…
NORMAL que tout désaccord avec lui soit, dès lors, illégitime, illégal,
criminel, interdit et puni ;
« La monarchie n’est autre chose que la domination
violente et le gouvernement par la force. »
[Ibn Khaldoun]
NORMAL que la liberté d’expression et
donc la presse indépendante soient hors la loi ;
NORMAL que les questions politiques soient réglées par l’assassinat et
les attentats ;
« Ce n’est pas vous qui les avez tués mais Dieu ! »
NORMAL que la
répression et la violence règnent dans le pays :
«Combattez donc les
suppôts de Satan !» ;
NORMAL qu’abondent les statuts particuliers (femme,
dhimmi, apostat, homosexuel, enfant adultérin), conçus pour diviser les
citoyens et attenter à leurs droits – «
et bâtard de
surcroît !»
– ;
NORMAL que l’humain masculin ait tous les
droits et l’humain féminin quelques uns seulement ;
NORMAL que les mariages soient arrangés, en fonction des intérêt de
classe et de clans ;
NORMAL que l’individu
n’ait pas le droit d’émerger et doivent se conformer aux coutumes et aux
ordres du pouvoir –
« Une obéissance
continuelle Lui est due. »
–
;
NORMAL que
le développement de l’intelligence et la recherche scientifique soient
perçues comme un danger ;
–
« C’est au nom de la religion que les Rois ont étouffé leur
intelligence. Tout cela a abouti à la mort de la recherche scientifique
/ chez les musulmans, / à la paralysie de la pensée dans le domaine
politique. »
[Ali Abdurrazik 1925]
NORMAL que le
niveau intellectuel, technique et moral stagne, préparant les retards
et les infériorités propices aux agressions impérialistes et aux
corruptions financières ;
NORMAL que la jeunesse soit mieux
préparée à l’au-delà qu’à la vie immédiate d’ici-bas et que la
démocratie soit décrite comme incompatible avec l’islam (féodal) ;
NORMAL que tout
changement, toute novation, soient considérés comme des erreurs, sinon
comme des crimes –
« Depuis près de
9 siècles, la penses novatrice a été étouffée. » [H.Boularès]
– ;
NORMAL que le peuple vive sous la
tyrannie, dans la misère, la maladie et l’ignorance…
En effet, ce cadre là est un carcan, la fin du politique (de politis =
cité) ou art d’organiser la vie en société. Cet islam là, seuls des
esprits conditionnés, formatés, terrorisés, peuvent le défendre et
l’accepter. Non pas Ali Swalih qui compte sur l’intelligence, la justice
et la beauté, et renoue avec Al-Farabi, Ibn Sina et Ibn Rouchd (=
Averroès, évoqué par Youssouf Chahine dans ‘Le Destin’).
Car la religion est chose humaine (‘Nulle
contrainte en religion’),
contrairement à ce que veulent faire croire les dirigeants et la classe
oppressive. C’est ce qu’a expliqué Ali Swalih, par son action et par son
combat pour qu’advienne, au sein de l’islam, une véritable DEMOCRATIE
(= pouvoir exercé par le peuple qui choisit librement, après information
aussi objective que possible, la voie de développement conforme à
l’intérêt général et qui s’y engage dans la pratique).
L’islam d’esprit humaniste, tel que le
conçoit le Mwongozi, ne veut pas conquérir par la violence mais
rapprocher les citoyens d’une part, les peuples d’autre part que les
chefs politico-religieux et les tyrans de tous les pays oppriment et
exploitent. C’est pourquoi il conçoit un islam qui converge avec le
socialisme, comme le christianisme humaniste a convergé, un moment, avec
le socialisme, en Amérique du centre et du sud.
Nous bénéficions en Europe de certains volets de la démocratie mais ne
vivons, certes, pas en démocratie, comme la classe dirigeante cherche à
nous le faire croire. Encore est-ce seulement sur le papier car, dans la
réalité, tous les leviers (politique, économique, financier, juridique,
policier, militaire, médiatique, culturel) sont entre les mains des
agents téléguidés par les dirigeants des trusts industriels et des
groupes financiers, tous partisans et agents de la ploutocratie (de
ploutos = riches)…
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 37 /
6 dec 2008
Autre question posée le 7 novembre :
« Pourquoi Ali Swalih a-t-il Cherché à Diaboliser
la Société des
Notables ? »
‘Au pays des aveugles, le borgne est
roi !’ Et nous sommes en 1975.
Comment les borgnes peuvent-ils continuer à régner ? En rendant les gens
aveugles. Comment font-ils pour rendre les gens aveugles ? En leur
crevant les yeux. Comment procèdent-ils pour crever les yeux du peuple
(ou d’une partie du peuple) ? En lui donnant à manger, pendant la saison
sèche. Ils lui permettent aussi, pendant cette période, de chanter,
danser, rire et oublier…
Mais la saison sèche a une fin et le peuple qui avait fermé les yeux est
obligé de les rouvrir. Et là, de quoi s’aperçoit-il ? Qu’il n’a pas de
logement correct. Qu’il n’est pas correctement soigné, faute de
dispensaires, de personnel infirmier, de médicaments, de nourriture
équilibrée. D’ailleurs, ses enfants ne sont pas scolarisés ou quand ils
le sont, ils doivent être envoyés dans des écoles payantes, car dans les
écoles publiques, les enseignants ne sont pas rétribués et quittent les
lieux…
Que reste-t-il au peuple, dans ces conditions ? Il se tourne vers les
marchands d’illusions qui lui vendent des prières, des vœux (dou’a),
des talismans (conjuratoires, propitiatoires, gratificatoires,
expiatoires) et des sortilèges (bénéfiques et maléfiques)… Mais il peut
aussi se rendre sur la place publique où les grands coutumiards
s’écoutent parler. En quoi tout cela améliore-t-il son sort ?
Pendant ce temps, les politiciens professionnels se partagent les gros
gâteaux et en donnent des morceaux aux notables des grandes villes qui
sont les piliers du a’anda.
Alors, faut-il considérer que ces notables féodaux sont des démons ou
des diables ? Ali dit, simplement, que le système a’anda de Ngazidja est
nocif pour la construction de Komoro. Et il en donne les raisons :
1/ Tout le système est mis au service de l’inégalité des citoyens et de
l’exclusion des femmes. En plus, il resserre le lien social entre les
Ngazidja et desserre la solidarité qui devrait régner entre tous les
Comoriens (car les Maorè, les Mwali et les Ndzou’ani ne profitent pas
des redistributions du système).
2/ Tout l’argent épargné par les travailleurs ngazidja, souvent
expatriés, enrichit les marchands d’or arabes mais ne vient pas
s’investir dans le pays, pour le développement économique et social.
3/ Il représente une tentation permanente, pour les bureauticiens de la
capitale soumis aux pressions coutumières, de détourner des fonds
publics vers le système de gaspillage saisonnier.
Cela ne signifie pas que le a’anda ne présente pas certains avantages.
Ce qui est apparu au Guide de la Nation, chargé de construire Komoro,
c’est que le système avait plus d’inconvénients que d’avantages. Les
Comoriens s’en seraient rendus compte si la Révolution avait pu
atteindre le stade du fonctionnement des communes populaires moudiriya.
Car alors, la production agricole aurait permis au peuple de goûter les
premiers fruits de ses efforts, et cela de manière équilibrée et sur
toute l’année…
L.B.
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 36 / 5 dec 2008
Autre question posée le
7 novembre :
ALI SWALIH était-il anti-musulman ?
Tout dépend de la définition que l’on fournit du mot ‘musulman’ ; au
pied de la lettre, cela signifie ‘soumis à Dieu’. La difficulté est que
‘Dieu’ se trouve assez loin des humains et que, déjà sur cette question,
le Coran comporte des versets contradictoires ; par exemple :
«Il
n’y a rien qui ne soit inscrit dans un Livre explicite.»
[S.10 v.61]
«Nul
autre que Dieu ne connaît l'interprétation du Livre.»
[S.3 v.7S.69 v.33]
Mais, ce qui intéresse surtout la classe dirigeante féodale et
bourgeoise, aux Comores, c’est que le peuple soit et reste soumis
(et obéissant) aux détenteurs du pouvoir. Lorsqu’ils faisaient commerce
des humains, les seigneurs féodaux swahili le faisaient au nom de ‘Dieu’
et de leur religion. Pour eux, ‘Dieu’ et le ‘Coran’ étaient des
instruments puissants, à leur service exclusif.
C’est pourquoi Ali a opposé deux inspirations que l’on trouve dans le
Coran ;
l’une qui sert (et dont se sert) la classe dirigeante et minoritaire :
«Obéissez à Dieu, au Prophète et à ceux d’entre vous qui détiennent
l’autorité. »
S.4 v.59
et l’autre qui
sert (et dont peut se servir) la nation entière et donc le peuple :
«Dieu ne modifie rien en un peuple, avant que celui-ci ne change ce qui
est en lui.»
[S.13 v.11]
Le second
verset affirme, heureusement, que le peuple peut et doit prendre son
avenir en mains et naturellement, cela ne convient aucunement à ceux qui
veulent continuer à l’exploiter. Justement, Ali considère que tous les
humains doivent être égaux, non seulement en droit mais aussi en
pratique et cela, autant qu’il sera possible.
Il aspire donc à un islam humaniste (dans lequel l’individu
humain est respectable et respecté) qui a peu de rapport avec
l’islam féodal et esclavagiste qui a régné, pendant plus de 1.000
ans, sur les rives de l’océan indien… Ali Swalih est donc, clairement,
anti-féodal !
C’est pourquoi il est un des rares Comoriens à avoir osé conduire une
analyse critique intra-coranique (= qui examine le contenu du Coran
lui-même). Ce n’est pas un hasard si le drapeau de la Révolution
Socialiste ne comporte qu’un tiers de couleur verte ; cela signifie
qu’Ali n’a repris et n’agrée qu’une partie de la religion islamique et
du Livre. La Loi Fondamentale (ou Constitution) de la République
Comorienne de 1977 affirme, cependant à cet égard, dans son préambule
«son
attachement aux valeurs authentiques de la religion islamique»
(p.391).
Mais cela signifie aussi que, selon lui, certaines caractéristiques ne
sont plus adaptées aux temps nouveaux et doivent être réformées : 1/ le
faible niveau intellectuel et technique du monde islamique d’une part ;
2/ l’oppression continue du peuple par une classe dirigeante qui a
usurpé le pouvoir, d’autre part. Il est normal, dans ces conditions,
que les deux tiers du drapeau soient recouverts par le rouge du
socialisme authentique (qui doit s’appuyer sans cesse sur la science et
sur le respect de l’individu citoyen).
Le Guide de la Révolution a donc été amené à opposer l’esprit humaniste
à l’esprit féodal, l’islam égalitaire à l’islam hiérarchiste, la
solidarité institutionnelle (donc le travail de tous) aux formules
verbales vides de contenu et qui dissimulent la réalité de
l’exploitation, les objectifs vitaux de la Nation aux visées
extra-terrestres de la religion…
Mais si être musulman, c’est renoncer à l’exercice de son intelligence,
à la liberté de recherche et d’expression différente, à l’égalité des
droits fondamentaux entre les humains, au respect de la vie humaine, à
la solidarité active avec les exploités, si donc c’est renoncer à
l’humanisme, alors là, Ali Swalih n’était pas musulman ! Il a parié
pour l’intelligence et pour la justice.
L.B.
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 35 / 30 nov
2008
Autre question posée le
7 novembre :
Le coup d’Etat de 1975 a-t-il freiné la
constitution d’une élite capable de gérer le pays ?
Le coup d’Etat du 3 août 1975 (voir p.70-80) était, surtout, porteur
d’ambiguïtés et ne confirmait qu’une chose : le trouble général régnant
dans les esprits, alors que nul n’attendait une épreuve de force avec la
puissance colonisatrice, considérée comme tutélaire (= protectrice). En
quoi a-t-il empêché les bacheliers de cette année là de s’inscrire dans
les universités françaises ? C’est plus tard, et notamment en 1976,
qu’allait se poser la question des bourses permettant aux étudiants de
poursuivre leur cursus en France…
Mais la question en pose une autre qui est : ‘Qu’est-ce qu’une élite ?’
Selon le dictionnaire, c’est ‘l’ensemble des éléments les meilleurs
d’une communauté’. Nous avons ainsi désigné l’aristocratie et, dans le
contexte comorien, les jeunes gens des familles appartenant à la classe
dirigeante des notables féodaux et de la bourgeoisie commerçante,
enseignante et bureauticienne. Or, l’idéologie ominante Milanantsi ne
préparait nullement à la gestion rationnelle et intelligente ‘un Etat
moderne, tourné vers le développement économique du pays.
Ali a considéré, très tôt, que cette ‘élite’ là, ne saurait
ni ne pourrait ni ne voudrait construire la nation comorienne. Parce
qu’une nation ne peut reposer que sur des bases (relativement)
égalitaires et sur des compétences techniques efficientes (et ce n’est
pas au pangahari ou au bangwé qu’on va pouvoir les apprécier) …
En revanche, Ali a bien pensé bien à constituer une élite, non pas celle
qui méprise le peuple mais des humains nouveaux, sensibles à sa Théorie
Fondamentale, dévoués aux objectifs poursuivis, à la nécessité de se
mettre au service du peuple et de se former techniquement pour
constituer, bientôt les cadres, de la nouvelle nation… Et il les a
envoyés dans les différents pays qui offraient de les accueillir, après
cependant qu’ils aient fait la preuve de leur dévouement au peuple, sous
la forme d’un service national !
L’expérience de ces 30 dernières années ne paraissent pas avoir donné
tort au Mwongozi. La soi-disant ‘élite’ est là, constituée depuis
longtemps de jeunes intellectuels de haut niveau, bardés de diplômes,
compétents sur le plan technique, mais aux visions étroites, incapables
de dépasser les intérêts de leur village d’origine, donc à la conscience
nationale superficielle, indifférents aux souffrances du peuple,
seulement soucieux de trouver une sinécure (= emploi rémunérateur), bien
décidés d’ailleurs à faire allégeance aux notables du système coutumier
féodalo-bourgeois (milanantsi/oukabaïla) et prêts à se vendre au plus
offrant (souvent à l’administration de la puissance néo-coloniale), en
tous cas, toujours susceptibles de relayer les dernières modes
politiques (dont les privatisations et les principes de l’exploitation
durable des peuples)…
Cette élite là, d’ailleurs, Ali Swalih n’en voulait pas. Il en a décrit
les carences, avec précision (p.368). Mais il a fait plus : il a
indiqué, dans le détail et dès 1970 (p.61), ce que devait être
l’Intellectuel patriote, dans la perspective d’une indépendance
considérée comme point de départ. Dans ses discours (en pages bleues),
il marque bien la nécessité de se méfier de ces ‘élites’ qui, par
exemple, se servent de leur maîtrise des langues arabe et française
pour tromper le peuple et échapper à son contrôle.
’Afrique toute entière, mais l’Europe aussi, sont passées sous la coupe
de ces élites nationales qui, ralliées à l’idéologie du plus grand
profit pour la minorité, ont pour rôle rétribué de vendre les richesses
de leur pays et d’en déposséder les peuples. Les pays d’Amérique du sud
et les pays arabes ne sont pas tombés dans le piège tendu, même si leurs
peuples sont encore loin d’y avoir récupéré tous leurs droits.
L.B.
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 34 / 28 nov
2008
Autre question
pertinente, présentée le 7 novembre :
«N’est-il pas contradictoire de
prétendre qu’Ali Swalih voulait faire émerger un individu citoyen,
alors qu’il a exercé, de 1976 à 1978, une véritable dictature, au
travers de son Commando Mwassi ?»
Le Guide de la Révolution a, certes, incarné un pouvoir fort ; mais les
circonstances dramatiques dans lesquelles se trouvait le pays exigeaient
une direction ferme et avisée, exercée avec compétence et orientées vers
des objectifs réalistes et réfléchis. C’est ainsi que le
Gouvernement Provisoire de 1975, déjà a nimé pa r le Délégué
à la Défense, obtient totale satisfaction, devant l’O.U.A. et devant
l’O.N.U., sur la question de Mayotte. Lorsque les relations
franco-comoriennes deviennent logiquement impossibles, Ali en tire
toutes les conséquences et renonce à une forme d’administration qui ne
correspond plus ni aux intérêts du peuple ni à l’objectif
d’indépendance.
Il est vrai qu’Ali
Swalih, lorsqu’il prend la direction du pays, le 2 janvier 1976, impose
à la nation naissante une analyse inédite et une synthèse, fondées sur
l’égalité en droit des citoyens. Mais les autres personnalités
politiques, surprises par la situation imprévue et attachées au vieil
ordre féodalo-bourgeois qu’elles servent et dont elles se servent,
ont-elles quelque chose à proposer,? A cet égard, Ali est plus un
dicteur qu’un dictateur. Il est le seul à avoir un projet cohérent et un
programme articulé. Il doit, cependant, réformer la structure mentale
des cadres qui vont le servir et de la jeunesse sur laquelle il
s’appuie. C’est justement ce à quoi il emploie ses séminaires de
formation à la Théorie Fondamentale.
S’il est amené à
durcir son régime et son action, c’est parce que le peuple comorien n’a
jamais été éduqué que dans la peur et par la peur. L’enseignement
coranique et l’ordre hiérarchiste féodal (milanantsi/oukabaïla) sont
imposés aux individus qui ne peuvent s’y opposer sans danger et
excommunication… Dans ce cadre là, les jeunes, les femmes, les simples
travailleurs, n’ont pas droit à la parole.
Pour construire
Komoro, Ali a donc prévu une période où il fa udra faire peur aux
oppresseurs d’hier, aux opposants et à la classe dirigeante des
propriétaires fonciers. Mais cet exercice de la violence ne doit être
qu’une étape, correspondant au chaos dans lequel se trouve le pays. A
partir de septembre 1978, le pouvoir doit être transféré aux instances
moudiriyales et aux Comités Populaires de Moudiriya. C’est alors que les
travailleurs s’empareront des leviers politiques et conduiront leur
propre développement, en commençant par les tâches de production dont
les fruits vont leur revenir.
Sera dépassée la
phase confuse où chaque Comité de village dictait sa loi, sans référence
à des valeurs mal identifiées, sans grand souci de logique, sans effort
pour convaincre plutôt que contraindre…
Mais surtout, Ali
sait bien que faire apparaître un Mkomoro nouveau exige un long travail
éducatif. L’individu citoyen n’émergera qu’à l’issue d’une formation
humaniste, assurée par une école rénovée. C’est donc tout un processus
qui en permettra l’émergence. C’est pourquoi la contradiction relevée
n’est qu’apparente et qu’au contraire, il y a cohérence entre le temps
exceptionnel de la fondation et le temps long de la formation de
l’individu citoyen…
L.B.
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 33 / 22 nov 2008
Question formulée par un intervenant du 7 novembre :
« Pourquoi Ali Swalih était-il hostile à la ‘libre entreprise’ et
favorable à ‘l’Etatisme’ ? »
L’Etat est apparu dans les sociétés de classes, comme un instrument
permettant à la classe dominante de diriger la société et de contraindre
le peuple au travail, dont elle capte les fruits. L’émergence de la
classe bourgeoise n’a pas changé ce jeu politique et, partout, la
bourgeoisie s’est emparée de l’appareil d’Etat, souvent aux dépens de la
catégorie féodale. Il n’y a donc pas d’opposition nécessaire entre
‘libre entreprise’ et ‘Etatisme’.
Les derniers développements de la crise mondiale mettent en évidence
cette partie liée entre classe dominante et l’Etat qu’elle utilise à son
profit. La classe dirigeante mondiale en cours de constitution
ressuscite les appareils d’Etat quand elle en a besoin. Mais, il est
vrai, depuis qu’elle est absolue maîtresse du jeu politique, elle a
encouragé ses complices au pouvoir à casser leur Etat national, de
manière à pouvoir s’emparer des richesses de chaque pays, au moyen des
privatisations (ou techniques d’appropriation du bien public). Les
peuples se sont trouvés ainsi dépossédés de leurs biens potentiels et
légitimes. Grâce aux ‘bienfaits’ de la libre entreprise et de ses
actionnaires, l’Afrique est, chaque jour, pillée et vidée, sans nul
profit pour les masses. La classe dirigeante africaine participe
activement à ce pillage et en tire des profits, investis en Europe ou
dans les paradis fiscaux...
Tels n’étaient pas les conceptions et objectifs d’ALI Swalih qui entend
utiliser l’Etat pour défendre et promouvoir les intérêts de son peuple.
Seul en effet, un Eta t bien guidé (par un militant honnête et dévoué)
peut organiser le travail, stimuler la production et assurer la
distribution harmonieuse des richesses produites.
Mais Ali n’est pas un partisan dogmatique de l’Etatisme. Il n’utilisera
cet outil que dans la phase d’orientation et de construction du pays.
Son objectif, en effet, est de passer au système de l’auto-gestion, dès
que les communes populaires (moudiriya) pourront fonctionner. Dans la
première phase de la Révolution, il veille d’ailleurs à la constitution
de Sociétés mixtes, parce qu’il est conscient du manque de savoir-faire
technique et professionnel des militants révolutionnaires. L’Etat
conserve une participation importante dans ces Sociétés, de manière à
orienter la production et à bénéficier de la commercialisation des
produits, notamment les exportations.
Sans doute l’Etat aurait-il conservé un rôle de conciliateur et de
surveillant des équilibres généraux mais, dans la conception du Guide,
influencé par R.Dumont, ce sont les communes moudiriya qui auraient joué
le rôle principal, dans la vie quotidienne de la nation. D’ailleurs, les
nouveaux agents de l’Etat étaient révocables et payés au niveau des
travailleurs, comme les militaires. Le service du peuple impliquaient
qu’ils ne soient aucunement privilégiés, d’autant moins que leur revenus
étaient de l’argent investi par le peuple pour des services rendus en
échange : sécurité, justice, éducation, santé…
Dans le processus de la production agricole, la famille de cultivateur
sera d’ailleurs rétribuée en fonction du volume de sa production mais
elle sera aidée et encadrée par des techniciens agricoles et recevra
matériels et semences…
L.B.
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 32 / 23 nov 2008
« Qu’est-ce qui différencie Ali SWALIH des autres Présidents ? »
Imaginons un Chef d’Etat
qui, très tôt, aurait manifesté une envergure intellectuelle
exceptionnelle, et n’aurait cessé de la renforcer, en lisant, méditant
et assimilant les meilleurs auteurs,
qui se serait attaché à construire en lui une conscience nationale
solide, reposant sur R.E.S. (respect des personnes les plus
humbles, équité dans le traitement de chacun, solidarité
nécessaire entre tous les Comoriens),
qui aurait acquis une connaissance concrète et intime du milieu agricole
qui constitue l’essentiel de l’économie de son pays et des
populations de l’archipel,
qui aurait élaboré en système une théorie de philosophie politique
(Fikira Mchindji) originale et adaptée au pays qu’il importait de créer
(Komoro),
qui aurait réfléchi à tous les aspects (politique, économique, social,
juridique et culturel) du développement indépendant d’un pays
pluri-insulaire et qui serait arrivé aux affaires avec, déjà prêt, un
programme d’action global et cohérent,
qui aurait appliqué un raisonnement logique et dialectique à
toutes les situations, au point de pouvoir retourner n’importe quel
handicap et obstacle en avantage et tremplin,
qui se serait entièrement dévoué à l’intérêt général, c’est à
dire au peuple comorien et aux exclus du système féodal (les femmes, les
travailleurs, les paysans, les handicapés, les descendants des
prisonniers politico-économiques, les jeunes et les enfants),
qui aurait manifesté une volonté de fer et une capacité
hors normes à passer de la théorie à la pratique, en respectant les
étapes d’un plan cohérent,
qui se serait montré prêt à affronter tous les défis échéants, dans
l’espoir d’atteindre le cap décisif du fonctionnement des moudiriya,
qui aurait réalisé des exploits visibles (les moudiriya et les collèges
ruraux sont sortis de terre, en moins de 2 ans et demi), et conduit la
Révolution Socialiste, alors même qu’il était aux prises avec une
maladie particulièrement douloureuse (un cancer de la gorge)
l’obligeant à recourir à de la morphine…
Alors, considérant
que ce Chef d’Etat a existé et a exercé le pouvoir, du 2 janvier 1976 au
13 mai 1978, la réponse à la question initiale se résout indirectement
par la formulation d’une autre question :
« Connaissez-vous un autre Chef d’Etat qui ait approché ce modèle, non
seulement à Komoro, mais encore en Afrique, mais encore dans l’Histoire
(cela dit, sans vouloir céder et inciter au culte de la personnalité,
auquel le Guide de la Révolution Socialiste s’est, clairement et
toujours, refusé !) ? »
Peut-être y aurait-il eu Thomas Sankara (qui, d’ailleurs, connaissait
Ali et avait demandé communication de son P.I.Q. ou plan intérimaire
quinquennal), s'il n'avait été assassiné par la bande des Quatre…
L.B.
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 31 / 21 nov
2008
Rencontre Débat du 7 novembre 2008
Quels ont été les grands chantiers d'Ali
Swalih ?
Je remercie les 30 à 35 citoyens qui ont participé à la rencontre
organisée à la Faculté de St Denis Paris 8 ; ce jour là, j’ai tenté
d’apporter des réponses et des éclairages aux questions et opinions qui
ont été émises. Merci, également, à ceux qui ont écrit leur question, en
sorte que j’ai pu en recenser 24. J’aborde justement, léo, une des
questions posées :« QUELS ONT ETE les GRANDS CHANTIERS d’ALI SWALIH ? »
Comme, en 1975, il s’agissait de créer le pays Komoro, de toutes pièces,
Ali a dû ouvrir tous les chantiers à la fois (p.89), en veillant
cependant à ce qu’ils soient articulés entre eux et à ce que soient
respectées les étapes nécessaires à leur conduite :
1/ à l’étape de la Révolution Nationale (oufwakouzi wa madaraka wa mkolo)
(p.100) correspondent les chantiers suivants : a) formation d’un
embryon d’armée ; b) mise en place d’une Constitution provisoire ; c)
réforme fondamentale de l’Etat et programme de décentralisation
administrative générale ;
2/ à l’étape de la Révolution Politique (oufwakouzi wa oussawa wa
siyassa) (p.103-104) correspondent les chantiers suivants :
a) énoncé d’une Théorie Fondamentale du Développement ;
b) lutte anti-féodale contre l’idéologie ‘Milanantsi/oukabaïla ;
c) adoption d’une Loi Fondamentale (ou
Constitution) instituant une République démocratique, laïque et
sociale ;
d) instauration du service national ;
e) réforme de l’appareil judiciaire et de l’information ;
f) campagne d’alphabétisation du peuple, en langues comoriennes ;
g) opérations de rapatriement des sinistrés de Majunga.
3/ à l’étape de la Révolution Economique et Sociale (oufwakouzi wa
oussawa wa maécha) (p.105) correspondent les chantiers suivants :
a) construction des infrastructures de communication ;
b) construction des collèges ruraux ;
c) élaboration d’un plan intérimaire quinquennal de développement
(1978-82) ;
d) nationalisation du domaine foncier pour une mise en valeur agricole
optimale (appuyée sur la cartographie I.R.A.T. de vocation des sols
cultivables), avec pour objectif l’auto-suffisance alimentaire ;
e) nationalisation des circuits d’exportation et d’importation ;
f) achèvement de la construction collective des communes populaires
moudiriya ;
g) construction d’une école au moins par village et refonte de la
structure éducative (comprenant des filières techniques et
pré-professionnelles)...
On peut ainsi juger de l’ampleur de vue du Guide de la Révolution, du
souci qu’il a eu de se ménager des étapes et d’articuler entre eux les
efforts à produire, dans chaque domaine d’activité. En moins de deux ans
et demi d’exercice, il a réalisé des prouesses, servi par une jeunesse
et des cadres qui ne se croyaient pas capables d’accomplir de tels
exploits…
Une des leçons de l’Histoire et du parcours fulgurant d’Ali Swalih est
précisément qu’à un groupe bien guidé et déterminé, rien n’est
impossible…
C’est d’ailleurs pourquoi les peureux et autres capitulards, membres de
la prétendue ‘élite’ bourgeoise, devraient être encouragés à transmettre
leurs responsabilités à des éléments plus engagés et dévoués à l’intérêt
national…
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 30 / 4 nov 2008
L’Importance du
Foncier
Dans un pays qui n’a pas su ou pu mettre en place un secteur
industriel, c’est le domaine foncier qui représente la principale source
de production : élevage, agriculture, pêche. Mais ces activités
économiques étaient, en 1975, mal servies par des agents peu qualifiés,
qui de plus n’avaient évidemment pas le sens de l’intérêt général et
donc national. Il fallait donc les trans-former et élever sensiblement
leur niveau intellectuel, technique et civique.
C’est à quoi s’est attaché Ali Swalih. Il avait d’abord agi sur
lui-même. Sa formation intellectuelle générale avait été reçue à
Tananarive, sa formation technique en agriculture tropicale à Ambatou-bé
et à Nogent-sur-Marne, sa formation politique un peu partout, en Europe
et en Afrique, peut-être en Israël (dans un kiboutz), et surtout, dans
les livres de réflexion et d’analyse… Il s’était fixé à lui-même des
objectifs de formation et avait obtenu de suivre des stages
professionnels.
Comme Directeur de la So.D.E.C. (1964-67), il avait fait passer aux
cultivateurs des conseils sur les techniques agricoles, par écrit et en
langue comorienne. Pendant la Révolution, il a lancé une campagne
d’alphabétisation dont nul ne pouvait s’affranchir et qui a porté des
fruits ; des femmes, par exemple, ont pu ouvrir des boutiques et gérer
un fonds de commerce. Mais surtout, le Plan Quinquennal (1978-82)
comportait une formation générale et professionnelle, en fonction des
besoins de la nation. L’enseignement devait être adapté aux réalités du
pays et donc ruralisé.
Tout l’effort initial pour accumuler du capital et ensuite pour pouvoir
acheter les équipements nécessaires au pays devait donc porter sur la
production agricole, sur la circulation interne (distribution et
acheminement) et externe (exportation) des marchandises, sur la
conservation et la protection des sols, sur la santé des travailleurs
producteurs, sur leur compétence technique, sur un sens nouveau de leurs
droits et de leurs devoirs, sur une mystique du travail…
Pour Ali, l’outil foncier devait cesser de servir les intérêts
particuliers de telle ou telle catégorie de la population mais être mis
au service de l’intérêt général et de la construction d’une véritable
nation comorienne qui peut et doit être édifiée de manière méthodique.
La maîtrise du domaine foncier permettait aussi d’aménager le
territoire, de produire plus et mieux, de freiner l’exode rural, de
fournir de l’emploi à tous les citoyens, de donner des ressources à la
femme et à son foyer…
La construction des moudiriya, ces communes populaires auto-gérées,
impliquait aussi que la terre comorienne appartienne à la nation
entière. Sans cela, comment aurait-on pu commencer les chantiers ? Là
encore, la conception d’un monde nouveau supposait que l’intérêt général
l’emporte sur les intérêts particuliers. Ce serait à l’instance
politique locale, mise en place, d’employer chaque terroir donné pour
l’avantage du grand nombre...
C’est pourquoi la Révolution était d’abord une refonte du monde agraire,
de ses valeurs, de ses pratiques, de sa hiérarchie historique. Mais les
résistances à l’égalité, à l’efficacité, au discours rationnel, n’allait
pas manquer. Ali devrait tenir compte du poids des routines et de
l’emprise des instances idéologiques : tellurisme magique, astrologie,
islam féodal…
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 29 / 24 oct 2008
La
Rencontre-Débat du 7 novembre
Les étudiants de l’association ‘Arc-en-Ciel’ m’ont invité à venir
animer une rencontre-débat contradictoire sur le thème de l’Indépendance
et de la Révolution à Komoro 1975-78), le vendredi 7 nov prochain, à 18h
à l’Université de la Seine St Denis (bâtiment C, salle CO22) (métro St
Denis-Université?)
Les
organisateurs, Ibrahim Barwane et Ismaël Mohamed Ali, n’ont pas encore
arrêté le titre exact qui sera publié. Je leur ai proposé plusieurs
intitulés :
Une
République Socialiste authentique, dans l’espace africain ? Komoro
1976-78.
Une
République démocratique et laïque, dans l’espace islamique ? Komoro
1976-78.
L’Indépendance réelle et la Révolution foncière et rurale, à Komoro
1976-78.
R.Dumont l’agronome et Ali Swalih l’ingénieur des travaux agricoles
La formule de la ‘conférence’ ne me convenant pas, j’ai
indiqué ma préférence pour celle de l’échange et de la recherche
collective par le moyen du questionnement continu. J’utiliserai un
tableau pour expliciter certains raisonnements.
Je
leur ai demandé, dans cet esprit, de faire rédiger par les étudiants
comoriens un Cahier Spécial où seront portées et numérotées les
questions que se posent, notamment, les jeunes garçons et filles sur
cette période clé de l’Histoire de leur pays. Cet ensemble de questions
sera traité collectivement ce jour là, devant le public.
A
cet égard, j’ai suggéré aux organisateurs le déroulement suivant :
1/
à 17h 30 : distribution de documents et extraits du livre ‘L’Imposture’
(Mila na Ntsi) et vente des quelques livres que j’aurais pu apporter ;
2/ à 18h : début du traitement en commun des questions du
Cahier Spécial ;
3/ à 19h 30 : la place et la parole aux ‘Acteurs de
l’Histoire’ (c’est à dire les anciens qui ont vécu la période 1974-78)
qui répondraient aux interrogations du public. Je pense aux grands
informateurs, comme Abdallah Daoud, Aboudou Mohamed Youssouf, Ali Abdou
El Ghaniou, Ali Mohamed-Elamine, Bourhane Rachidi, Dini Nassur,
S.Hassane M.Jaffar, Kamal A.S, Mikidache A., Mohamed Djimbanao, Mzéé
Swalih, Salim Himidi, Sultan Chouzour, Twaïb Dada… Il y en a sans doute
d’autres que j’oublie ou dont j’ignore s’ils sont dans la région
parisienne et en France, en ce moment. Je pense qu’ils accepteront
l’invitation des étudiants, si elle leur parvient à temps.
Les
participants à cette rencontre du 7 novembre peuvent, d’ailleurs,
eux-mêmes, déjà transmettre aux organisateurs leurs questions et
opinions qui seront examinées, ce jour là. Qu’ils s’adressent donc
directement à
Ibrahim
Barwane
ibarwane@yahoo.fr
Ismaël
Mohamed Ali
washili@hotmail.com
Je
vous remercie de votre attention et vous donne rendez vous le 7 nov à
17h 30.
Kari Ngama
Djahazi
: COMMUNIQUÉ n° 28 / 15 oct 2008
Les Sources Permanentes de l'Inégalité
A
partir de 1.500 J.C., la soi-disant ‘aristocratie’ citadine a repoussé
les anciens habitants dans l’intérieur des îles et s’est emparée des
meilleures terres. Les ‘nobles’ achètent des prisonniers africains
qu’ils font travailler sur les terres conquises, en leur déniant leur
qualité et leurs droits statutaires d’êtres humains. A leur tour
bousculés et privés de leur domaine foncier par les grandes firmes
coloniales, à partir de 1891, ils espèrent bien reprendre toutes leurs
prérogatives, quand ce qu’ils appellent ‘la parenthèse coloniale’ sera
refermée (1975).
En
effet, l’organisation de la production et de la distribution des
richesses passe toujours par ceux qui contrôlent les villes. Les
travailleurs de l’intérieur du pays produisent des biens alimentaires
qui assurent la vie des citadins ; mais ils ne sont pas rétribués (comme
prisonniers politiques) ou très faiblement (comme villageois ‘libres’)
et, dans ces conditions, ne peuvent guère accéder aux biens importés et
aux services que peuvent s’offrir les citadins aisés. Il y a pourtant,
déjà, dans les articles qu’ils fournissent aux villes, des produits
exportés et donc de valeur (bois, plantes médicinales, peaux de zébus,
poisson fumé, corde en fibres de cocotier et noix de coco, arachides)…
Les
citadins ‘nobles’ sont le pivot de ce commerce ; car les produits
importés passent encore entre leurs mains. Ainsi bénéficiaires dans les
deux sens du commerce (vers l’extérieur et vers l’intérieur) ils ne
cessent d’accumuler du capital. Mais ce capital ne sert jamais à
améliorer le sort des populations, notamment de l’intérieur. Les
‘matsaha’ manquent de tout : vêtement, habitat, couverture, nourriture,
médicament, éducation, voies de communication…
Lorsque Komoro entre dans le marché mondial du café, puis du sucre, puis
de la vanille, le fossé de l’inégalité s’accroît encore ; car les
produits demandés par les marches européens et américain sont préparés
sur les terres des planteurs créoles et des nobles comoriens. Et les
travailleurs (‘engagés’ de force) eux-mêmes, deviennent objets de
commerce entre Zanzibar et les Mascareignes. De 1735 à 1900, les Swahili
‘musulmans’ et les Européens ‘chrétiens’ s’entendent comme larrons en
foire pour exploiter le travail de leurs prisonniers. Ils trouvent leur
justification dans la possession et l’emploi de l’arme idéologique
suprême : des livres ‘sacrés’ (Bible, Coran) qui, selon eux, les
autorisent, légitimement et juridiquement, à violer tous les droits
humains…
Ali
a bien compris la supercherie et le mécanisme de l’exploitation. Et il
trouve la parade absolue : c’est l’Etat qui, désormais, commercialisera
les produits exportés et importés, en sorte que le capital dégagé et
accumulé pourra être investi dans le développement économique et dans
l’intérêt du peuple entier.
Dés
lors, toute la dynamique change de visage : le libérateur souhaite
employer cet outil (l’appareil d’Etat) pour développer toutes les
régions du pays, construire des routes, créer des dispensaires ruraux,
concevoir l’organisation d’un espace aménagé et décentralisé, stimuler
la production alimentaire en fonction des qualités physico-chimiques de
chaque terroir, favoriser les échanges entre les zones côtière et
d’altitude, assurer le plein emploi et freiner l’exode rural, prévoir un
nouvel équilibre des pouvoirs…
Mais ce vaste programme implique de poser la question centrale de la
Propriété et de l’Usage du sol, du sous-sol, de la mer, de l’espace
aérien.
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 27 / 26 sept 2008
Notes
de lecture
R.P. : ‘Nous avions signalé nos premiers contact avec l'historien des
Comores, M. CASIMIR. Son dernier livre, consacré à Ali SOILIH (C.E.A.T.
1962) dont il nous a adressé un exemplaire, nous est présenté par P. A.
LAMBERT.’
«Je
suis resté en relations avec M. Casimir, auteur de plusieurs livres sur
les Comores et qui m'avait demandé, ainsi qu'à Ph. Ballan, un témoignage
sur Ali SOILIH. Il vient de sortir un gros livre sur la vie de ce
personnage, ancien élève du CEAT, devenu Président des Comores puis
assassiné. Malgré une présentation parfois indigeste, je pense que cet
ouvrage peut intéresser un certain nombre d'anciens, en particulier ceux
qui sont passés dans l'Archipel.»
‘A tous
ceux qui s’intéressent à l’histoire des Comores, ce livre apportera un
éclairage inédit sur une période sombre. Chacun a en tête les
soubresauts qui ont marqué cet archipel, dans les années 70 avec
l’indépendance des Comores. Deux figures principales ont acquis une
certaine notoriété : celle d’Ali Soilih, le jeune Président, présenté
souvent comme un petit Mao Tsé Toung, et Bob Denard, le mercenaire
présent dans tous les coups tordus de la « France-Afrique ».
Cet
ouvrage fondé sur un colossal travail de recherche historique, reposant
sur nombre de témoignages inédits, remet en cause la présentation
officielle de ces évènements telle qu’elle fut diffusée par la presse à
cette époque. Elle permet notamment de comprendre la logique de
développement qui était celle d’Ali Soilih et en quoi elle s’est
heurtée, à la fois aux intérêts des castes aristocratiques des Comores
et aux visées géostratégiques du gouvernement français.
Le
livre apporte des révélations sur les circonstances exactes de la mort
d’Ali Soilih et énonce une hypothèse hardie mais plausible à propos de
son attitude finale de résignation devant l’inéluctable.
Prenant clairement parti pour l’un des camps, l’auteur ne cache pas sa
sympathie pour l’idéologie révolutionnaire. Il en résulte un ton parfois
dogmatique et un discours qui peut paraître daté. Ce qui n’a pas empêché
une vision très positive des efforts menés par les techniciens
métropolitains, du BDPA notamment, en faveur du développement de
l’agriculture comorienne. Au final, il s’agit d’un travail de fond peu
orienté grand public, mais qui montre qu’un regard engagé reposant sur
des bases documentaires peut efficacement contrebalancer une
interprétation des faits communément admise et insuffisamment vérifiée
par les
médias.
P.
A. Lambert
L’IMPOSTURE
– Edition Djahazi - 690 pages - Prix : 25 € + 2E poste = 27E
Commande : Marie Casimir – BP 08 – 06531
PEYMEINADE – CEDEX - France
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 26 / 26 sept 2008
De l’Ecole
Coranique
Trop souvent chassé de l’espace islamique, l’esprit critique (= capable
d’énoncer les aspects négatifs et positifs d’une théorie ou d’un
comportement) et auto-critique (= appliqué à soi-même) ne pouvait pas
s’appliquer à l’enseignement dispensé aux enfants ; c’est pourquoi nous
n’avons trouvé que deux auteurs comoriens assez courageux pour jeter un
regard analytique et sans concession sur l’école coranique. Ali Swalih,
lui, est allé encore plus loin et a envisagé une refonte de
l’enseignement élémentaire à destination des enfants comoriens.
D’une part, il est élogieux pour l’aspect matériel d’un système qui
permet tout de même d’apprendre à graphier la langue arabe, à moindre
frais, puisqu’il ne requiert que des dépenses minimes (roseau, tablette,
suie, appentis, livrets modèles). Mais d’autre part, il se rend bien
compte que cet enseignement veut préparer les individus non pas à la vie
réelle, concrète et immédiate, dans laquelle ils vont entrer, mais
plutôt à l’au-delà (kiyama) que les chefs religieux prétendent
connaître. En développant surtout chez l’enfant, la peur, l’obéissance
et la mémorisation (P.O.M.), cette éducation risque même de le détourner
de la vie de la cité…
L’exercice de la Mémoire n’est pas mauvaise, mais quand la
mémorisation devient une valeur en soi, tout nouveau ‘savoir’ sera
mémorisé, automatiquement. La mémoire, alors, ne servira qu’à habituer
l’enfant à répéter indéfiniment les mêmes discours et les mêmes
comportements, même s’ils sont inadaptés aux situations nouvelles. Il
pourra apprendre par coeur toutes les propositions, sans même
s’apercevoir qu’elles sont contradictoires, parce qu’il n’aura pas été
pourvu d’un outil essentiel : l’esprit critique.
La
Peur propagée et le terrorisme intellectuel pratiqué par les
répétiteurs coraniques (armés des visions d’horreur contenues dans le
Livre et destinées à frapper l’imagination enfantine) sont de nature à
inhiber l’intelligence de l’enfant, à le traumatiser et à le handicaper
dans les tâches qu’il aura à affronter.
On
veut surtout créer en lui le réflexe de l’Obéissance envers ses
parents, envers les adultes, envers l’ordre qu’ils ont établi, envers
les pouvoirs en place, envers l’idéologie dominante. C’est bien aussi à
l’école coranique que prennent racine la pratique et la théorie de la
séparation des sexes, la misogynie (haine et mépris de la femme) et tous
les préjugés envers les non-conformes et envers les non-musulmans. Tout
questionnement en est banni --
«Ne posez pas de questions sur des choses qui vous nuiraient si elles
vous étaient
montrées.’
[Coran s.5 v.101]
--
d’autant plus rigoureusement que le répétiteur n’a aucune culture, même
s’il se croit savant. Or nul esprit de recherche scientifique ne peut
vivre sans questionnement permanent et expérimentation technique…
C’est pourquoi Ali souhaite mettre fin à ce qui n’est qu’un
conditionnement, souvent obtenu par la violence et l’humiliation. à une
forme dogmatique d’enseignement, qui néglige trop l’essentiel de l’être
humain, c’est-à-dire son intelligence ou capacité de s’adapter aux
réalités du monde et de résoudre les questions posées par la vie réelle.
Il a un projet éducatif différent…
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 25 / 12 sept 2008
L’Émergence de
l’Individu Citoyen
L’apparition de la pensée libre et critique, donc l’émergence du
citoyen, tourneraient forcément à la confusion des régimes autoritaires
et patriarkystes (construits autour et au bénéfice du père tout
puissant). Pour museler la pensée critique, les dictateurs ont souvent
évoqué le danger que représente la montée de l’individu a-social,
cupide, exploiteur des peuples travailleurs.
Et
ils n’avaient pas tort sur ce point précis ; mais il faut distinguer
nettement les deux types d’individu : le cumulard et le
partageux, le capitaliste qui ne pense qu’à s’enrichir personnellement
et le citoyen dont le souci est l’harmonie dans la cité et l’entente
entre les humains. De même, il n’y a rien de commun entre la démocratie
bourgeoise que prétend répandre l’impérialisme américain de 2.008 et la
démocratie populaire que préconisait le Guide de la Révolution. La
première est une mascarade qui ne peut recevoir l’assentiment des
peuples. Elle n’est qu’une mise en scène grossière qui doit servir aux
insatiables à faire main basse sur toutes les richesses du monde, et
pour en déposséder les peuples.
Mais l’individu citoyen, c’est tout autre chose ! Il se veut libre mais
aussi solidaire, dynamique mais responsable, égal en droits et en
devoirs à tous les autres citoyens. La société avancée est celle où
l’individu se voit reconnaître le droit d’être lui-même et de
communiquer sa manière de penser ; dès lors, la contradiction peut vivre
et contraindre le peuple à réfléchir et à choisir, pour chaque question
posée, la solution la mieux adaptée. La pensée critique, libre de
s’exprimer, sera également en mesure de s’investir dans les domaines
scientifique et technique, dans les domaines politique, social et moral,
pour le plus grand bénéfice de la communauté nationale tout entière…
C’est dans cette direction qu’entend se diriger Ali Swalih en 1976 ; le
Comorien accompli qu’il envisage pour l’avenir n’a rien à voir avec
celui qui pérore en place publique et même avec celui dont il emploie
les services dans la phase présente de la Révolution.
Les
intellectuels techniciens qui l’entourent acceptent d’œuvrer pour leur
pays, mais ne tarderaient pas à se disputer la préséance et à
revendiquer des avantages particuliers, sans la surveillance des autres
instances ; de même, les militaires seraient tentés par un putsch, si
les Commando Mwassi n’étaient pas entièrement dévoués à Ali ; les
militants du Comité National Populaire se prennent pour de hautes
personnalités et sont tentés par le régionalisme tribal…Mais tous sont
des produits de la vieille société.
L’Humain nouveau serait forgé par une éducation nouvelle ; cela
requérait une refonte du secteur de l’enseignement, donc une réflexion
générale sur les fins, sur les contenus et sur les méthodes (p.64). Ali
y pense dès 1971 et formule (anonymement) son analyse, dans la revue de
l’A.S.E.C. Ses préférences vont au développement de la pensée critique,
technique et professionnelle. Dans cette perspective, quel rôle et
quelle place faut-il accorder à l’école coranique ?
LB.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 24 / 12 sept 2008
Le Mois de
Carême
Les
musulmans observent massivement cette obligation religieuse, devenue
traditionnelle et familiale, qui les relie à leur enfance. Mais tout
acte accompli automatiquement, par habitude et contrainte implicite,
perd progressivement de sa valeur et se vide de contenu. Il faudrait
donc, semble-t-il, se demander pourquoi cette épreuve a été instaurée,
dans quelles conditions et dans quel but ?
Les
caravaniers du désert d’Arabie menaient une vie très dure et devaient
pouvoir faire face à toute éventualité : une tempête de sable, un
conflit inter-tribal, une fuite éperdue, pouvaient les détourner de leur
parcours et les exposer à la mort, faute de vivres et surtout d’eau. Un
jeûne effectif d’une ou plusieurs journées pouvait, alors, s’imposer à
eux. Dès lors, il était logique et intelligent de les préparer à une
telle situation, de les entraîner à résister à pareille épreuve. Ce
jeûne avait ainsi une utilité pratique et un sens économique ; il
améliorait l’endurance des caravaniers, transporteurs de marchandises
entre l’Asie et l’Europe. C’était donc une recommandation réfléchie et
intelligente, répondant à une nécessité réelle du moment.
Mais quels sont les enjeux actuels ? En observant
scrupuleusement le carême du mois de ramadani,
les Comoriens contribuent-ils à l’édification de Komoro ? Améliorent-ils
leur rendement professionnel, quelle que soit leur spécialité ?
Luttent-ils pour l’unification des tribus comoriennes ? C’est pourtant
la double tâche qui se présente au Guide de la Nation, en 1975. Et lui,
il compte surtout sur le travail et sur les travailleurs…
Car, l’édification d’un pays requiert d’abord la mise au
travail de la nation et un effort accru pour accroître la production,
pour réaliser l’auto-suffisance alimentaire, pour dégager un capital qui
sera investi dans la construction d’une agro-industrie locale. Le
développement économique permet seul de satisfaire les besoins
essentiels de chaque citoyen. C’est bien ce qu’avait compris un autre
combattant pour l’indépendance : Habib Bourguiba apparut, un jour de
ramadani,
à la télévision, avec un verre de jus de fruit à la main. Et il expliqua
aux Tunisiens stupéfaits : ‘Le Coran a prévu
qu’on pouvait surseoir au jeûne, en cas de guerre. Or, nous sommes en
guerre contre le sous-développement !’
Autre difficulté : l’inégalité de l’épreuve, selon la classe à laquelle
on appartient. Pour le pauvre et l’exploité, il a l’habitude des
privations et espère des compensations dans l’au-delà. Mais il a
beaucoup de mal à acheter tout ce qui est prévu pour la Fête de Rupture.
Pour le riche, au contraire, il est facile de
transformer l’épreuve en fête nocturne, car d’une part, il en a les
moyens financiers, d’autre part il fait travailler les autres, plus
qu’il ne travaille lui-même…
Autre difficulté : dans les sociétés islamiques (comme en Chine et en
Inde), l’individu citoyen n’est pas encore apparu ; ou plutôt ces
sociétés ne l’ont pas laissé apparaître ; c’est même pourquoi elles ont
pris un tel retard sur le plan intellectuel, scientifique, technique (et
même moral, en un sens). Les chefs politico-religieux islamistes
considèrent que le carême est une obligation absolue qu’ils imposent à
tous, par la force. Le citoyen n’a pas le choix, faute de liberté. Mais
une action qui n’est pas libre n’a qu’une faible valeur. Que vaut
véritablement le carême imposé ? Le musulman du peuple n’en est pas
conscient et contribue au contraire, à faire régner l’ordre et la
solidarité mécanique (opposée à la solidarité choisie) ; c’est dire que,
comme la femme, il est l’agent efficace de sa propre servitude….
Le mois de carême aurait, au contraire, pleine valeur,
s’il était une affaire personnelle et vécue dans la discrétion. Lors
d’un mois de ramadani,
le prince S.Housseïne S.Ali qui faisait le jeûne me servit du thé, en
plein milieu de la journée ! Quelle élégance ! C’était à Dzahadjou du
Mbadjini (Ngazidja)…
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 23 / 30 août 2008
La ‘Lettre’ et l’’Esprit’
Il y a deux manières de considérer une
doctrine, une religion, et les textes qui leur servent de fondement
théorique : ou bien on demeure ‘au pied de la lettre’ ou bien on
cherche à en saisir l’inspiration directrice et la signification
profonde.
Dans le premier cas, on se comporte en ‘lettriste’ ; dans le second, on
se pose en ‘spiritiste’. Et cela est vrai pour n’importe quel texte,
n’importe quelle religion, n’importe quelle doctrine politique. Donc,
cela se vérifie pour le Coran et pour l’islam. Donc, cela va se poser
pour la doctrine ‘Fikira Mchindji’, la Théorie Fondamentale d’Ali
Swalih.
Or, aujourd’hui, nombreux sont les Comoriens qui ne tarissent pas
d’éloges sur le Guide de la Révolution ! A les entendre, ce sont tous
des partisans d’Ali et de ses idées… Naturellement, si celui-ci
annonçait son retour aux affaires, il y aurait une fuite éperdue et une
‘levée de boucliers’ contre lui. Il faudrait donc pouvoir distinguer
entre tous ces ‘swahilistes’ de la langue sans os. Il y a même des
swahilistes qui se croient tels mais qui n’ont rien compris à
l’inspiration, à l’esprit de la refondation de Komoro… Quelle
différence, donc, entre la lettre et l’esprit de la Révolution d’Ali
Swalih ? Pour que cela soit bien clair, on devra raisonner à la lumière
de l’action concrète du Guide.
Mais, pour être simple, considérons par exemple la tombe d’Ali,
située dans le village de Chouwani (Hambou Ng). La tentation sera forte,
pour les parents et les partisans du Guide, dans les années qui
viennent, d’en faire un tombeau magnifique, susceptible de rivaliser
avec le mausolée de S.Mohamed Cheikh à Mroni (Ng) ou celui d’Ahmed
Abdallah à Domoni (Nz)…
C’est précisément, là, un piège dans lequel ne tombera pas un
‘spiritiste’ parce qu’il aura compris l’esprit de la Révolution
Socialiste et de l’action d’Ali. La tombe du Guide doit absolument
rester modeste, pour bien illustrer la proximité du fondateur d’avec son
peuple et sa volonté inflexible de se mettre au service de ses
compatriotes, notamment des exclus et de la classe opprimée. Dans ces
conditions, construire un grand tombeau pour Ali reviendrait à trahir
l’esprit de sa Révolution et donc à abandonner le peuple comorien, d’une
certaine façon.
Il devient maintenant possible de distinguer clairement les vrais
swahilistes des faux : ceux qui agiront concrètement au service de la
promotion du peuple et des petites gens seront les vrais ; tous ceux qui
cherchent seulement à se servir d’Ali et de son message, pour parvenir
au pouvoir, sont les faux. On en rencontre déjà beaucoup !
En 1996, le parti ‘Maécha Bora’ a éclaté, précisément sur cette question
de la participation au gouvernement de Mohamed-Taki A. Qui des
participants ou des refuseurs étaient les plus proches de l’esprit
d’Ali ?
Tout cela pour remarquer que, finalement, le thème central n’est pas le
personnage d’Ali Swalih mais le service du peuple. C’est pourquoi
Ali s’est refusé à tout culte de la personnalité, à l’image de ce
qu’avait fait le fondateur de la nation arabe.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 22 / 23 août 2008
Les Deux Révolutions
Ali Swalih restera à jamais le symbole de la Révolution
Socialiste. Mais ce que ses encadreurs et techniciens du B.D.P.A.
(bureau du développement de la production agricole) avaient prévu,
c’était autre chose ! Eux, ils connaissaient bien les problèmes agraires
et proposaient des moyens de les résoudre, sans toucher aux structures
sociales et politiques en place autant que possible. Ainsi, Maurice
Perrier était un proche de J.Foccart, le défenseur des conceptions et
intérêts des gouvernements et de la classe dirigeante français en
Afrique. C’est tout dire !
L’objectif politique de ces techniciens et ingénieurs
français était donc, apparemment, de favoriser l’émergence d’une
catégorie de paysans avancés, capables de moderniser le pays, en sorte
qu’il soit viable… Cette catégorie plus compétente aurait naturellement
dynamisé la bourgeoisie commerçante et contraint la catégorie féodale à
se soumettre ou à se démettre. Ces trois catégories auraient constitué
la nouvelle classe dirigeante, proche des milieux bourgeois français…
Ali Swalih est repéré, par eux, comme un élément
dynamique et compétent, précisément celui qui pourrait remplir ce rôle
de réformer la société comorienne en douceur (p.32). Effectivement, le
Guide va s’acquitter de cette tâche mais, ce qui n’était pas prévu,
c’est qu’il irait plus loin que visé et qu’il s’occuperait de
promouvoir, non seulement la bourgeoisie agricole locale, mais aussi les
‘laissés-pour-compte’ et les exclus de l’ordre féodalo-bourgeois en
place.
Et c’est ainsi qu’Ali a, en fait, réalisé deux
révolutions pour le prix d’une ! Son souci étant de construire la nation
comorienne, il ne pouvait ni ne voulait en exclure personne. Or, il
s’était aperçu, sur le terrain du Nioumakélé, que les intérêts de la
catégorie des propriétaires fonciers entraient en conflit avec l’intérêt
général du peuple et des villageois (voir page 43).
En dynamitant l’ordre socio-politique en place (fondé sur
l’opposition des deux classes), il casse surtout les vieux pans de mur
de la forteresse féodale et notamment son idéologie inégalitaire.
Naturellement, il entend libérer le peuple producteur, en lui proposant
la Théorie Fondamentale du Développement (Fikira Mchindji). Mais, du
même coup, il libère la catégorie bourgeoise qui, jusqu’à 1975, n’avait
pas osé s’affranchir de l’idéologie féodale et fixiste.
En 1975, la bourgeoisie commerçante comorienne ne se sent
pas assez forte pour développer son idéologie propre. Donc, elle reste
abritée derrière l’islam féodal, c'est-à-dire l’interprétation féodale,
patriarcale et gérontocratique de l’islam. Ali Swalih va donc proposer
une autre interprétation et conception de l’islam. Par là, il décomplexe
la bourgeoisie locale qui se montre plus entreprenante (1989 marque un
tournant historique à cet égard, avec l’émergence des ‘perroquets
bleus’)
Ali transmet donc un double héritage ; preuve en est la
cassure ou l’éclatement qui a eu lieu, en 1996 (je crois), au sein du
parti ‘Maécha Bora’, quand un groupe de militants ‘swahilistes’ a voulu
passer au pouvoir, tandis qu’un autre groupe s’y refusait. Dans ces
circonstances, qui était fidèle à l’esprit de la Révolution socialiste
et qui ne l’était pas, voilà ce qu’il faut déterminer !
Mais pour répondre à cette question, on doit d’abord
étudier et distinguer deux notions : l’esprit et la lettre d’une
théorie ou d’une doctrine.
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 21 / 18 août 2008
De la Spécificité (Ouhoussousuya)
Dans une société statique dont les dirigeants souhaitent qu’elle demeure
inchangée, quelles que soient les circonstances, Il est normal que tout
soit fait pour encadrer étroitement les pensées et les con-former. Il
faut donc cultiver chez l’enfant, l’affectivité, le conformisme, et dans
la société l’apparente unanimité, de manière à s’opposer à l’émergence
de l’intelligence et de l’individu citoyen.
En
1975, ce programme est toujours en vigueur ; l’enfant attend tout de ses
parents et dépend de leur bénédiction (radi) ;
ensuite, il passe entre les mains du répétiteur coranique et n’a aucun
intérêt à poser des questions. Au contraire, il se tait et ingurgite. De
là, il accède à l’école primaire où il apprend tout par cœur, même si le
contenu des cours dit le contraire de ce qu’a affirmé l’enseignement
précédent. C’est la même chose à l’école secondaire.
Et
ensuite, au village, il lui faut encore se conformer aux normes
coutumières, même quand, ayant voyagé et beaucoup observé, il a pu
réfléchir par lui-même. Arrivé à un certain âge, l’adulte ne sait plus
exactement quoi penser. Mais le principal est d’avoir l’air de penser ce
qu’il faut penser… Donc, quand il rentre au pays, il se contente
d’acquiescer et de se glisser dans la kandzou du notable oppresseur… Peu
importe la confusion générale qui règne dans sa tête !
Ali, quant à lui, a refusé de se couler dans ce moule ; pour lui, rien
ne vaut l’intelligence ou capacité de résoudre les questions qui se
posent concrètement au pays. Et pour cela, il faut comprendre le monde
dans sa vérité et dans les lois de son fonctionnement. C’est
l’agriculture qui ne ment jamais : c’est l’importance de la récolte qui
dit au cultivateur s’il a employé la bonne méthode.
Il
en ira de même pour la Révolution ; il faut arriver au pouvoir, mettre
en œuvre une politique au service du peuple et obtenir des résultats. Un
échec n’est pas grave, si on est capable d’en déterminer les causes, de
corriger son action et de surmonter l’obstacle.
C’est dans ces conditions qu’il est amené à lutter
contre les ‘perroquets verts’, ceux qui apprennent par cœur le Coran
mais n’en comprennent pas le sens profond, parce qu’ils sont paralysés
par la peur que font régner les fidéistes, héritiers d’Al-Ghazali. Et
ensuite, il se défie presque tout autant des ‘perroquets rouges’, ceux
qui ont appris par cœur les ‘versets’ de Marx et de Mao.
En
effet, ce qui importe, c’est de trouver les clés du développement et de
l’indépendance réelle. Pour cela, il faut d’abord connaître parfaitement
le pays et le peuple dont on a la charge. C’est le seul moyen d’avoir
prise sur les réalités. Il faut aussi élaborer une doctrine originale
(ce sera Fikira Mchindji) et un programme précis, correspondant au
caractère unique de son pays. En effet, chaque pays a une culture propre
et l’expérience d’un autre pays n’est pas transposable, sans de
nombreuses et importantes adaptations, si l’on veut du moins atteindre
l’objectif poursuivi. C’est ce qu’Ali a appelé la spécificité de chaque
cas. La situation de Komoro étant spécifique (spéciale et particulière)
appelle des mesures spécifiques.
Par
exemple, Ali connaît, grâce aux travaux de l’I.R.A.T. (institut de
recherche en agriculture tropicale), tous les terroirs de l’archipel et
sait quels produits seront adaptés aux qualités spécifiques de chaque
sol ou même parcelle…
Il
aurait pu se contenter de travailler à l’avènement des ‘perroquets
bleus’, mais…
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 20 / 16 août 2008
La Refondation de l’Espace
Considérons le relief des îles qui constituent Komoro ; on pourra le
ramener à la figure simple d’un triangle. Et là, on constatera que le
pouvoir, depuis 500 ans, s’est toujours situé à la base du triangle,
donc en bas, donc au bord de la mer, dans les villes portuaires, comme
Mitsamihouli, Msamoudou, Foumboni, Ntsi’ngoni…
Cela suit le modèle swahili où le pouvoir, la culture, la civilisation
sont sur les côtes et dominent paradoxalement le haut, l’arrière-pays, la
forêt et la montagne. C’est le modèle telluriste, opposé au modèle
uraniste de Madagascar, notamment.
Mais il ne suffit pas d’être une ville côtière pour incarner le
pouvoir ; ainsi, la capitale historique Ntsi’ngoni, détruite en 1796, a
perdu son haut statut, au bénéfice de Nzaoudzé et Mtsapéré ;
aujourd’hui, nous allons en ville ‘mjini’ à Mamoudzou et pour rentrer à
Sada, c’est ‘lijou’. Et pourtant, Sada aussi est au bord de la mer !
Tout cela pour dire que l’espace comorien est précisément marqué, sur le
plan socio-politique, et que l’individu est immédiatement situé sur une
échelle hiérarchique implicite, en fonction du lieu où son placenta (dzao,
saha) a été enterré (autre indice telluriste). C’est l’idéologie mila na
ntsi ou oukabaïla qui règne encore…
Par
exemple, dans le Mbadjini, une grille de 1976 donne les indications
suivantes pour le partage du zébu, en fonction du mila : 1/ Foumbouni ;
2/ Dembéni ; 3/ Mohoro ; 4/ Nkourani ya Sima ; 5/ Malé ; 6/
Ntsinimwachongo ; 7/ Nioumadzaha-Mvoumbari ; 8/ Nioumamilima ; 9/
Hodziwani.
Cette conception (politiquement, socialement, culturellement,
idéologiquement) hiérarchisée de l’espace provient, directement, de la
période féodale de l’Histoire…
Un
champion de l’égalité, comme Ali Swalih, placé devant la tâche de
construire la nation comorienne, a l’idée (probablement géniale) de
redessiner la carte de Komoro, après en avoir effacé la grille féodale
et bourgeoise. Et il créé alors une nouvelle conception de l’espace
géographique et socio-politique :
la
nouvelle unité administrative (mais aussi politique, économique, sociale
et culturelle) s’appelle moudiriya et rassemble entre 3.000 et 6.000
habitants de 1975, considérés comme des individus citoyens, égaux en
droit et en devoirs. Et ces futurs chefs-lieux surgissent dans l’espace
neutralisé et vont forcément éclipser, en quelques années, les anciennes
capitales qui appartiennent encore à la classe dirigeante et symbolisent
l’inégalité et les statuts inférieurs.
Par
là encore, Ali se pose comme le véritable ami et libérateur du peuple et
des producteurs de richesses. Mais dans les têtes, la notion d’égalité
est à peine compréhensible. Les oppresseurs n’en veulent sûrement pas.
La majorité opprimée doute de ses moyens et s’interroge. Certains
opprimés ne conçoivent qu’un retournement de l’ordre et de l’édification
d’un monde où ils pourraient opprimer, à leur tour…
Il
faudrait au moins 10 ans de formation des enfants pour que les individus
citoyens comprennent que l’enjeu, c’est la sortie du système des deux
classes et de l’oppression…
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 19 / 10 août 2008
La Révolution Improbable
Un
intellectuel de mes amis a objecté que cette révolution socialiste, à
Komoro, était totalement ‘importée’ et ne correspondait aucunement à la
personnalité comorienne profonde. Et il est bien vrai que personne, en
1975, n’attendait une pareille remise en cause, dans un pays minuscule
et arriéré, essentiellement dépendant et sans réserve énergétique,
disposant de rares cadres et d’intellectuels à la structure mentale
conservatrice ou/et opportuniste, Le retard à l’indépendance de Komoro
(1975), par rapport aux autres pays africains (1960), ne peut que
renforcer cette réalité et cette objection…
Dans ces conditions, effectivement, une révolution aussi profonde ne
pouvait et n’a pu surgir qu’à la confluence de deux facteurs
inattendus :
1/
l’arrivée sur le terrain et la présence active pendant 10 ans (1958-68)
d’une équipe d’ingénieurs et de techniciens agricoles de haut niveau qui
pose, sur la situation économique, un diagnostic sûr et énumère les
remèdes possibles.
2/
l’action d’un intellectuel libérateur, engagé dans le tissus agraire et
capable d’assimiler l’analyse du B.D.P.A., d’élaborer une synthèse
générale et un programme cohérent de développement pour le pays et de
conduire une action adaptée et déterminée.
Cela revient à dire qu’en principe, aucune Révolution vraiment
Socialiste n’aurait pu et dû procéder, en 1975, des Comoriens eux-mêmes
(y compris de la part des militants du Mo.Li.Na.Co., du Pa.So.Co. et de
l’A.S.E.C.), sans l’exceptionnelle porosité de l’esprit d’Ali Swalih aux
notions d’efficacité venues de France et sans son pouvoir conceptuel
original et indépendant.
Mais, comme il était probable, le décalage entre le niveau général de
compréhension du peuple en 1975 et celui qui était requis par la
Révolution socialiste s’est avéré énorme et a bien servi la classe
dominante et exploitante.
En
revanche, l’objection sur le caractère ‘importé’ de la Révolution ne
paraît guère recevable, dans la mesure où toutes les influences qui se
sont exercées sur l’archipel sont venues de l’extérieur :
1/
c’est le premier peuplement bantou qui a proposé et imposé la structure
matricentrée (et le principe coutumier) de la société ; 2/
l’instauration des sultanats et la grille islamique des conceptions sont
les produits de l’installation des Swahili de Kilwa ; 3/ la colonisation
européenne et française est à l’origine des structures économique,
politique, administrative, juridique, actuelles…
D’ailleurs, l’introduction d’influences à partir de l’extérieur n’est
pas tout. Ce qui est aussi important, c’est ce que les récepteurs (les
habitants du pays) en font. Un exemple paradoxal a été fourni par la
savant hispano-arabe et musulman Ibn Rouch/Averroès dont l’héritage a
été rejeté par les musulmans mais recueilli et exploité par les
Européens, pour leur plus grand profit…
Se
trouve ainsi posée la question de l’influence qu’a exercé cette courte
période sur le fonctionnement de la société comorienne actuelle, 30
années plus tard.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 18 / 23 juil 2008
Le Rôle de la
Violence
L’Histoire comorienne a été marquée par deux grands accès de violence
correspondant à la mise en place de deux ordres socio-politiques
nouveaux :
1/
celui qui a permis à la classe féodale de se constituer propriétaire
‘légale’ de l’ensemble du domaine foncier et détentrice du pouvoir
suprême, dans le cadre des sultanats institués autour de 1550 ; les
anciens chefs Fani et Bédja et les clans qu’ils représentaient ont,
alors, été subjugués et dépossédés.
2/
celui qui a vu l’avènement de la puissance coloniale française à Komoro,
entre 1843 et 1891 ; la bourgeoisie industrielle qui visait surtout
Madagascar n’a pas hésité à employer sa marine de guerre et à bombarder
les villes fortifiées, pour réduire la résistance intermittente des
sultans de l’archipel et pour offrir à une poignée d’entrepreneurs des
domaines immenses, enlevés aux autochtones.
Dans les deux cas, il fallait à la nouvelle classe dirigeante et
exploitante, une idéologie qui vienne justifier et consolider son
pouvoir et proclamer sa supériorité intellectuelle et morale sur les
dominés. Ce fut le religion islamique (mais quel islam ?) et l’ordre
démocratique (mais quelle démocratie ?)
Ces
deux idéologies ont poursuivi leur cheminement souterrain, avec assez de
vigueur pour opprimer le peuple et le persuader de son infériorité
prétendument congénitale. La violence et le système de contraintes
propres à chaque régime ont ainsi continué à peser sur les gens, sans
même qu’ils en aient conscience.
Qu’en serait-il, dans ces conditions, de la Révolution Socialiste, cette
3ème étape de l’Histoire de Komoro ? Emule de R.Dumont, Ali
Swalih répugne, en principe, à verser le sang. Mais, analyste lucide des
événements de l’Histoire, il sait que jamais la classe exploitante
n’acceptera de bon gré de céder le pouvoir. L’affrontement étant
inévitable (notamment autour de la question de la propriété de l’outil
foncier), Ali décide de s’y préparer, de manière à en sortir victorieux.
Et, dans la deuxième phase de la Révolution, celle de la suppression des
privilèges et du rééquilibrage des droits politiques, il utilise l’arme
de la crainte en laissant les petits Comités de village et les Commandos
Mwassi faire régner la ‘peur’.
L’ennui est qu’à cette période, les
petites gens pour lesquelles la Révolution prétend travailler, sont
souvent les premières victimes des vexations et de la violence des
Mwassi ! Cela paraît illogique et incohérent et ça l’est effectivement.
Ali sait bien que ces jeunes et ces cogneurs – souvent d’anciens Mranda
– n’ont eu ni formation ni connaissances politiques. Mais pour le
moment, il n’a pas d’autre avant-garde et leur utilité n’est que de
casser l’ordre en place. Il les laisse improviser, sous le prétexte
qu’ils vont apprendre par la pratique et ajuster leur action. Ils ne
sont là que pour faire appliquer des directives (dont ils ne comprennent
souvent pas le sens profond)…
Le
fonctionnement des communes moudiriya, prévu pour août 1978, doit mettre
fin à ce règne désordonné et arbitraire de la violence, quand les
Comités de base et les Commandos Mwassi seront dissous, au profit
d’instances régulières contrôlées par le pouvoir des travailleurs.
Mais le choc principal, dans l’irruption de la Révolution Socialiste à
Komoro, il réside dans l’entrée brutale et inattendu du pays dans
l’Histoire et dans la vie réelles. Le nouveau-né qui vient au monde
pousse un cri au contact de l’air extérieur, après avoir vécu aussi
longtemps protégé dans l’utérus de sa mère. Cette protection et cet
aveuglement sont dispensés au peuple par une société de conciliation,
dissimulation, tromperie, anesthésie, verbalisme fleuri et vide. Les
dominants sont habitués à duper et mépriser le peuple et celui-ci à
flatter ses maîtres et à se croire incapable de prendre en mains son
destin…
Or,
voici que le nouveau régime va demander des comptes aux méprisants et
les tient pour responsables de la misère et de l’abêtissement dans
lequel vit le peuple ! La violence est là.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 17 / 21 juil 2008
Le Véritable
Juge
Une
des phrases clés prononcées par Ali Swalih est la célèbre formule
‘Yé Taréhi, ndo Hakim !’ = Le véritable juge, c’est l’Histoire !’
que
l’on peut rapprocher de l’expression employée par F.Castro :
‘L’Histoire
m’acquittera !’
33
ans après son indépendance, la République Comorienne n’a toujours pas
d’enseignement officiel de son Histoire, sur lequel la nation et la
jeunesse pourraient s’appuyer. L’élaboration de cette synthèse n’est
certes pas facile. Mais c’est aussi et surtout que la constitution de
l’Histoire nationale implique un examen en profondeur du passé et des
faits réels survenus dans le pays. Il faut, pour cela, que les
dirigeants du pays soient prêts à procéder à une véritable psychanalyse
collective, un peu comme celle effectuée par la commission ‘Vérité et
Réconciliation’ mise en place par Mandela et Toutou, en Afrique du sud.
La
classe dirigeante de Komoro (c'est-à-dire ses deux catégories, l’une
féodale, l’autre bourgeoise et liée au régime colonial) s’est toujours
intéressée à l’Histoire mais, pour l’essentiel, à l’Histoire des
sultanats (chroniques nobiliaires et royales), à l’Histoire religieuse
et à l’Histoire coloniale. Les grandes familles ne manquaient pas de
produire leur généalogie sur laquelle elles croyaient pouvoir fonder
leurs droits éternels à diriger la société. C’était toujours une
Histoire statique qui permettaient aux ‘nobles’ de se dire ‘arabes’
et/ou descendants du Prophète ou de ses compagnons. Ils parvenaient
d’ailleurs à abuser le peuple superstitieux et les étrangers de passage.
Il était entendu, pour eux, que les autres Comoriens n’avaient aucune
Histoire et aucun droit à faire valoir. Le pouvoir appartenait aux
‘Arabes’, une fois pour toutes et à jamais.
L’ennui est que ces ‘nobles’ ne parlaient plus l’arabe, depuis
longtemps, et vivaient en dehors de l’Histoire dynamique, celle qui
transforme les nations, les sociétés et les individus. Après les Grecs,
les Arabes ont d’ailleurs perdu leur rôle moteur dans l’Histoire et
oublié leur esprit novateur d’autrefois.
Ali
Swalih a une autre conception de l’Histoire ; elle est un matériau
précieux qui permet l’examen et la correction des erreurs, pour celui
qui recherche le bonheur de son peuple. Il faut d’abord lui rendre sa
place dans la fabrique de l’Histoire et traquer la vérité, si l’on veut
avoir prise sur la vie quotidienne. Il faut s’intéresser à la vie réelle
du peuple et réfléchir sans cesse à la manière d’améliorer sa condition.
C’est dans cette perspective et quand les obstacles se multiplient sur
son chemin qu’il emploie l’expression connue. Il estime que, quelles que
soient les impressions du moment, le temps viendra où l’on se demandera
ce qu’il a voulu faire et où l’on reconnaîtra ses mérites.
Il
fait confiance à l’Histoire et aux historiens pour lui rendre justice,
en dernier ressort. Il explique d’ailleurs que le jugement de l‘Histoire
préfigure l’avenir lointain et donne une idée de ce que pourrait être le
jugement de ‘Dieu’, un dieu qui serait le défenseur et non l’oppresseur
des peuples…
Les
historiens ne font que commencer à travailler et chacun peut apporter sa
contribution à la connaissance de cette période de la Révolution
Socialiste à Komoro.
Lou Bellétan
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 16 / 19 juil 2008
La Mystique du
Travail
En
réhabilitant la classe des producteurs et des travailleurs manuels,
hommes et femmes des campagnes notamment, Ali n’a pas seulement
réintégré dans la société et dans l’Histoire tous ceux que la classe
féodale avait marginalisés et discrédités. Il n’a pas seulement fait
œuvre de justice sociale ! Il a du même coup valorisé la notion de
travail productif. Le travail accumulé va, en effet, constituer un
capital que la communauté, au travers d’un Etat mis à son service, va
pouvoir utiliser pour investir dans le développement économique, social
et culturel du pays.
Entre 1884 et 1975, les grandes entreprises coloniales installées à
Komoro ont dégagé des profits considérables mais ne les ont pas investis
dans l’archipel ; elles se sont contentées de distribuer des salaires
très faibles et ni elles ni l’administration n’ont construit les
infrastructures du pays. D’ailleurs, pour ces instances, les Comoriens
sont plutôt paresseux et se désintéressent du développement.
Ce jugement rapide ne tient pas compte de
deux réalités de base :
1/
le colonisé n’aurait pu être stimulé dans ses efforts que s’il avait
constaté des améliorations sensibles dans ses conditions de vie ; 2/ il
était soumis à d’autres obligations (sociales, religieuses, coutumières)
qui échappaient à l’attention du colonisateur mais qui le requéraient
souvent et même la nuit… C’est pourquoi, il se montrait parfois
somnolent, dans la journée et pendant son travail officiel (Ali ne
l’ignore pas qui fut assez hostile à l’activité des confréries
religieuses : elles faisaient sauter ses adeptes une bonne partie de la
nuit, les rendant inaptes à tout travail efficace du lendemain !)
Le
Guide entend bien libérer le travailleur et le travail, dans la
perspective du développement auto-centré du pays. Il fustige les piliers
de mosquée et requiert la participation de tous, hommes et femmes, à la
construction des moudiriya. Il n’est pas question, pour les soi-disant
nobles de s’exempter de cet effort et d’envoyer leur prétendus
subalternes les représenter au travail ! Le travail intellectuel
lui-même devient suspect, s’il n’est pas mis au service de la production
effective. Car les idéologues féodalo-bourgeois et les charlatans ne
travaillent qu’à tromper le peuple et à le maintenir dans la misère et
la sujétion. Seuls les techniciens peuvent et doivent servir le peuple…
Le
Chef de l’Etat, lui-même, donne d’ailleurs l’exemple à suivre : non
seulement, il ne rechigne pas à porter un sac de riz, avec les dockers,
mais encore il travaille jour et nuit, s’accordant de courtes plages de
sommeil ; il dort peu et projette un emploi du temps type que
respecterait le Comorien idéal : 6 h de travail productif et une ou deux
heures de formation intellectuelle et civique.
Désormais, le travail est mis au service de l’économie, l’économie n’a
qu’un but et qu’un intérêt : la redistribution directe (sous forme de
rétribution monétaire) et indirecte (sous forme de services d’intérêt
public) du produit total au peuple.
Dès
lors, le travailleur manuel, essentiellement cultivateur dans la
première phase, n’est pas seulement réhabilité ; il est placé au centre
du dispositif politique que va constituer la commune auto-gérée (moudiriya)
car il va être le moteur du développement et du passage à
l’agro-industrie projetée. Il sera l’agent et le bénéficiaire du modèle
de socialisme rural qu’a conçu le Guide.
C’est pourquoi, dans ses discours, il s’adresse à chacun dans sa double
dimension : de producteur (plan technique) et de citoyen (plan civique)
[v. p.476]
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 15 / 12 juil 2008
Les Classes
Socio-Politiques :
Dans un pays donné, il n’y a que deux classes sociales : 1/ l’une,
minoritaire, détient le pouvoir et les divers leviers de
l’enrichissement durable ; elle vit dans l’aisance et fixe les valeurs
et l’idéologie dominantes. 2/ l’autre, majoritaire, n’a que sa force de
travail à offrir et ne fait que survivre dans des conditions difficiles.
Mais dans la vie concrète, la séparation de ces deux classes est
masquée, en sorte qu’on ne voit pas clairement la limite entre les deux.
Pour y voir clair, il faut considérer et distinguer l’appartenance
objective et l’appartenance subjective de chaque catégorie. Par exemple,
Ali place dans la classe dominante et exploitante les catégories alliées
de la Bourgeoisie : a/ les grands-coutumiards ; b/ les charlatans ; c/
les nobles de naissance ; d/ les fonctionnaires à double revenu ; e/ les
commerçants à double profit (p.136). Ce sont là des catégories qui ne
sont pas toutes et objectivement des membres de la classe
exploitante ; il y a même des nobles et des bureauticiens pauvres ! Mais
leur structure mentale font qu’ils soutiennent l’ordre établi, refusent
de travailler pour le peuple et vivent sur son dos. Ils appartiennent
donc subjectivement (par choix et manière de penser) à la classe
bourgeoise qui tire ses profits du travail sous-payé des salariés sans
terre et du commerce de l’import-export … C’est naturellement
l’idéologie Milanantsi / Oukabaïla et l’islam féodal qui assurent le
lien entre ces catégories et la bourgeoisie des villes. Les chefs
religieux et notamment les charifs entrent dans cette catégorie des
nobles qui «se sont donnés la peine de naître parmi les «wazalé ndro’…
De
même, Ali recense 3 catégories qui sont les alliés du Travailleur Manuel
et de la classe dominée et exploitée ; et ce sont, d’après lui, les
jeunes, les femmes et les techniciens. Mais ces 3 groupes, rejetés à la
périphérie de la société politique comorienne, ne seront conscients de
leur appartenance de classe que s’ils bénéficient de l’apport décisif de
la théorie fondamentale du socialisme (Fikira Mchindji). En effet, sans
elle, les jeunes ne feront qu’aspirer au rôle de notable qu’on leur
propose pour un avenir encore lointain, les femmes resteront
impuissantes et résignées, les techniciens continueront à se sentir
inutiles, dans une société arriérée et misérable qui ne les reconnaît
guère...
Car
le rôle de l’idéologie est important ; le peuple est, en effet, dressé
depuis l’enfance à obéir et à supporter l’ordre prétendument voulu et
établi par ‘Dieu’ : cela commence dans la famille, puis à l’école
coranique, puis dans le village, puis dans l’espace régional, enfin dans
l’espace national ; il est toujours une force d’appoint pour des causes
qui ne lui profitent guère ; la directive est claire :
«Obéissez à Dieu, / au Prophète et à ceux d’entre vous qui détiennent
l’autorité. »
[Coran S.4 v.59]
Il
faut donc qu’un intellectuel libérateur lui rappelle une vérité simple :
«Dieu ne modifie rien en un peuple, avant que celui-ci ne change ce qui
est en lui.»
[Coran S.13 v.11]
C’est en cela que l’islam (comme les autres religions) est le théâtre
d’une lutte interne qui échappait et échappe encore largement à la
classe exploitée… Pour Ali, tant qu’il y a deux classes opposées, il y a
deux nations ; Une telle société est simplement la négation de la Nation
Comorienne.
K.N.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 14 / 11 juil 2008
La Langue et l’Os
Peut-être parce qu’il est polyglotte (= qui peut parler plusieurs
langues) et a des bases solides, Ali Swalih s’avère très tôt un orateur
de talent, notamment dans les langues comoriennes, quand, à la tête de
la S.O.D.E.C. (1964-67), il s’adresse aux cultivateurs de l’archipel.
Comme chef du principal parti d’opposition (Umma) au pouvoir ‘vert’, il
prononce en public des discours remarqués, de 1972 à 1975. A cette
occasion, il avance parfois des idées, audacieuses pour certains. Mais,
au pays où ‘la langue n’a pas d’os’, personne n’y fait très attention.
Il est entendu, pour tout le monde, que le verbe n’engage aucunement
l’action ; en général, aux Comores, le verbe et le vœu remplacent
l’action et en tiennent lieu. C’est d’ailleurs pourquoi on se satisfait
facilement de bonnes paroles et on reporte sur ‘Dieu’ la responsabilité
de sa propre passivité ; c’est que ‘Dieu’ n’a pas voulu…
Pour le monde traditionnel, le verbe sert plutôt à cacher l’action
répréhensible. Tout ce qui ne doit pas exister, commence par ne pas
exister dans la parole. Le verbe permet ainsi de nier le monde et
d’éviter de s’attaquer aux maux de la société féodalo-bourgeoise. Mieux
vaut faire croire au peuple qu’il vit dans le seul et le meilleur monde
possible et qu’il est assuré d’atteindre le bonheur, après sa mort
toutefois…
Mais là encore, Ali rompt avec les usages. Il ne parle pas pour briller
mais pense ce qu’il dit et dit ce qu’il pense. En fait, il s’exprime
assez peu sur ses intentions. C’est uniquement à son accession au
pouvoir, le 2 janvier 1976, que l’on commence à comprendre comment il
fonctionne. Car, pour lui, au contraire de tous les politiciens
ordinaires, il n’est pas question de séparer le verbe et l’action. Dans
sa conception, la théorie et la pratique sont engrenés et donc,
étroitement interdépendants. La théorie n’a de valeur, à ses yeux, que
si elle enclenche l’action concrète. En retour direct, la pratique
expérimentale doit être, aussitôt après, examinée et critiquée ; dans
ces conditions, elle permettra d’affiner et d’ajuster la théorie
première. Ainsi, théorie et pratique se relaient sans cesse chez lui.
Ali
recommande, par eemple, de laisser s’écouler le moins de temps possible
entre l’annonce et l’action. Lui-même n’annonce aucune décision qu’il ne
soit capable et en mesure de faire advenir dans les jours qui suivent.
C’est ainsi qu’il procède pour les grandes étapes de sa gouvernance : la
Révolution des structures étatiques (oufwakouzi wa madaraka wa Mkolo),
la Révolution Politique de l’égalité des droits et des devoirs (oufwakouzi
wa oussawa wa siyassa), la Révolution économique et sociale (oufwakouzi
wa oussawa wa maécha)… Rien n’est caché au peuple et aux ennemis du
peuple… C’est ainsi que l’on gagne du crédit et de la considération.
C’est aussi pourquoi, quand le moment est venu pour lui de s’effacer,
Ali demeure lucide et probablement optimiste, si l’on se réfère à sa
phrase :
« L’échec d’aujourd’hui prépare les succès de
demain. »
Avec lui, la langue a pris de l’os et l’Etat Comorien de l’autorité…
L.B.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 13 / 9 juillet 2008
Fête Nationale et
Indépendance
Au
cours d’un bref séjour à Paris (du 1er au 7 juillet), j’ai eu
l’occasion de parler du Père de la Révolution Socialiste, le 5 juillet,
dans le gymnase d’Aubervilliers (devant un petit nombre de personnes) et
les 5 et 7 juillet, au micro de deux radios associatives, celle des
Mwali (animateur Kamal Ben Saïd) et Douniya Web (animateurs Djamal
Msa-Ali et Aboubacari). Je n’ai malheureusement pas pu bénéficier du
concours d’un organisateur et trouver une grande salle pour le thème.
Parmi les nombreux sujets abordés à Aubervilliers, l’un des plus
intéressants a porté sur l’indépendance et les militants qui l’ont
arrachée pour leur pays. L’un des intervenants a fait l’éloge (mérité)
de ceux qui ont combattu, les armes à la main, pour l’obtenir et a
mentionné le F.L.N. d’Algérie, le Frélimo de Samora Matchel, le MoLiNaCo…
En comparaison, l’attitude d’Ali paraît bien pâle et énigmatique. Voici
un militant qui cache son jeu pendant 7 ans et qui, en 1973, semble même
à la traîne des politiciens professionnels qui confient au Président
Ahmed Abdallah la tâche de se rendre à Paris pour y négocier l’accession
des Comores à l’indépendance…
Mais, quand on creuse un peu, tout se retourne. Le F.L.N. a finalement
été le théâtre d’affrontements internes sans fin et a largement trahi le
peuple algérien, laissé dans le dénuement. L’héroïque Samora Matchel et
ses hommes ont été entraînés dans une guerre cruelle qui a duré des
années et a laissé un pays exsangue. Le MoLiNaCo n’a jamais pris une
importance digne de son rôle précurseur…
En
fait, si Ali ne se hâte pas de réclamer l’indépendance, c’est qu’il
considère deux questions centrales : 1/ qu’est-ce que l’indépendance
véritable ? Car celle que Pompidou offre à Ahmed Abdallah est une
fiction ; Komoro doit rester sous tutelle française et bénéficier d’une
perfusion financière permanente. Pour Ali qui sait ce qu’un mot veut
dire, être indépendant signifie SUBVENIR A SES BESOINS PAR SES PROPRES
MOYENS. Et de plus, pour Ali, il ne s’agit pas de changer de maître !
C’est pour cette raison qu’il élabore une Théorie puissante, un
Programme global et détaillé, qu’il cultive une Volonté de fer et qu’il
renforce ses Capacités (en suivant divers stages de formation en
agriculture, économie, finances, diététique…). Il se prépare à la
fonction d’un Chef d’Etat qui veut et doit apporter à son peuple une
réelle amélioration de ses conditions de vie.
2/
Comment parvenir à la fonction suprême, alors que les forces
conservatrices et bourgeoise emploient tous les moyens (et notamment les
élections truquées) pour s’y maintenir ? C’est ainsi que l’homme
politique Ali Swalih est généralement considéré comme un caméléon ; il
se fond effectivement dans le paysage et nul ne sait où il se situe
exactement. Les super-révolutionnaires sur le papier de l’ASEC 1975 sont
les premiers à s’égarer et à rater le train de la Révolution, simplement
par orgueil et aveuglement. Ils vont ainsi puissamment seconder les
forces d’opposition au Guide et favoriser l’arrivée au pouvoir de la
ploutocratie armée dont ils seront victimes en 1985.
En
1975, les Comoriens sont, dans leur grande majorité, dépendantistes
parce que l’idéologie Milanantsi ou Oukabaïla (prolongée par l’idéologie
coloniale) les a formés dans cette attitude, depuis longtemps. Mais les
politiciens des villes leur ont montré l’indépendance comme un point
d’arrivée, Ils comptent surtout s’approprier les terres des sociétés
coloniales et s’enrichir rapidement, aux dépens des villageois. Ali,
lui, sait que l’indépendance n’est qu’un point de départ et que le
combat pour la construction et le développement de Komoro sera ardu…
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 12 / juin 2008
De la
Conscience Nationale
Ali
a d’abord construit la conscience nationale en lui-même ; à l’internat
du lycée Gallieni, il avait pour camarades des Maorè, des
Anjouannais, des Mwali et des Ngazidja. Et, pendant les vacances, il ne
manquait pas d’aller leur rendre visite dans leur île. Ensuite, comme
Directeur de la Sodec (1964-67), il a parcouru chaque île, connu ses
reliefs, sa végétation, ses terroirs et ses habitants cultivateurs,
étudié leurs techniques et leurs traditions culturelles. A partir de
1967, il veille à fonder son action politique sur l’équilibre et la
justice sociale ; c’est pour cela qu’il se rapproche des Mwali et des
Maorè que le Président S.Mohamed Cheikh a, semble-t-il, un peu
négligés ; il compte même Younoussa Bamana parmi ses amis intimes et le
défend lorsque celui-ci est arrêté en 1973.
Mais, en 1975, la nation est encore une idée neuve pour les Comoriens,
habitués à militer pour leur famille, leur clan, leur quartier, leur
village ; le mot nation vient du latin natus = né ; la nation est donc
l’ensemble des humains appartenant à une même zone géographique où ils
sont nés, et ayant en commun une même expérience, souvent une même
langue, une même culture et un même niveau technique et idéologique .
Car l’être humain est à la fois une nature et une culture ; sa nature
même comprend une aptitude à ‘cultiver’ tout ce qui l’entoure, par le
verbe et par l’action sur le milieu.
En
ce sens, la nation comorienne existe potentiellement et statiquement
mais elle n’a pas été cultivée et renforcée par une action dynamique,
cohérente et globale. Car, de même qu’un individu doit souvent
renouveler sa carte d’identité, une nation doit travailler sur son
identité, en développer les points forts et en réduire et contrôler les
points faibles. L’identité nationale est une notion dynamique et l’on ne
peut se contenter de l’attitude qui consister à rester indéfiniment ce
que l’on a été, notamment quand on a développé des traits négatifs… Ceci
est valable pour toutes les nations…
C’est à la construction d’une identité nationale dynamique et adaptée
aux temps présents que va s’atteler le Guide de la Nation. Il le fait
d’abord en considérant qu’une nation ne peut pas être composée de deux
classes antagonistes car, alors, comme l’avait prédit Aristote, il y
aura une cassure dans la nation. Le développement du pays devra donc
concerner l’ensemble des habitants et non seulement une partie de la
population. Ensuite, chaque jeune bachelier, garçon ou fille, est
affecté dans une île dont il n’est pas originaire et qu’il apprend ainsi
à servir et découvrir. La toute nouvelle Armée Nationale est mise en
demeure de produire ses subsistances pour ne pas vivre aux dépens du
peuple. Enfin, les langues du peuple, maintenant écrites, deviennent
celles de l’administration, en sorte que les beaux parleurs en arabe et
en français ne peuvent plus tromper les populations.
Mais la nation ne sera constituée qu’au terme d’une formation des
enfants et des adultes ; un travail sur les langues du peuple est mené
pendant la campagne d’alphabétisation ; la création artistique et
littéraire (musique, théâtre) est encouragée ; la réflexion sur
l’Histoire est à la base de la pensée d’Ali Swalih qui n’a, cependant,
pas le temps d’établir un Comité National chargé de composer et rédiger
l’Histoire de Komoro…
Mais le Guide ne développe pas un nationalisme borné et fermé. Son
nationalisme est logiquement compatible avec un internationalisme de
principe…
Nari’oundré Komoro na Mkomoro
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 11 / 23 juin 2008
De la Bourgeoisie
Nationale
A
partir de 1.500 JC, les seigneurs swahili qui sont venus s’installer
dans l’archipel découpent le territoire des îles en sultanats et
s’approprient le domaine foncier. Les indigènes (sauf ceux qui se sont
alliés avec les seigneurs féodaux) se trouvent subordonnés ou
marginalisés. Les nouveaux maîtres remplacent les bédja et contrôlent
des domaines plus vastes que les anciens chefs de communauté.
Bientôt, ils occupent, dans l’espace géographique et dans l’espace
socio-politique, une place qui leur garantit un enrichissement rapide ;
en effet, ils constituent l’intermédiaire obligatoire sur les deux axes
d’échange de produits : de l’intérieur productif vers l’extérieur qui
demande des produits locaux ; en sens inverse, de la mer et des ports où
arrivent des produits rares vers l’intérieur où les paysans les
demandent. Les droits de péage sont prélevés par les seigneurs des
villes côtières qui fixent les prix d’entrée et de sortie. Ils jouent
donc le rôle d’importateur et d’exportateur.
Dans ces conditions, les grands féodaux propriétaires du foncier sont
prédestinés à se transformer en une bourgeoisie commerçante. Cela se
confirme rapidement au 18ème siècle, lorsque les colons
français et créoles se lancent dans la production industrielle du café.
A ce moment là, les féodaux comoriens se spécialisent dans le commerce
des êtres humains, des prisonniers bantous que les chrétiens et les
musulmans ne considèrent pas comme des humains (sous prétexte qu’ils
n’ont pas de livre de référence) et dont ils confisquent à leur profit
la force de travail.
La
fourniture de produits sur le marché mondial se poursuivra avec le
sucre, la vanille et le girofle, à l’instigation des Sociétés coloniales
et surtout de la S.C.B. qui unifie l’archipel et brassant les
populations, notamment à Mw et à May.
Ali
a bien remarqué l’existence de cette bourgeoisie nationale mais il
estime qu’elle n’est pas en mesure d’accumuler un capital utile et de
l’investir dans le démarrage d’une agro-industrie qui contribuerait au
développement du pays. Ce n’est pas une bourgeoisie industrielle et
dynamique mais une couche parasitaire et uniquement commerçante. Sans
doute, pousse-t-elle à l’indépendance mais c’est de manière partielle et
intéressée. Elle lorgne surtout sur les grands domaines de la SCB dont
elle veut s’emparer pour y faire produire les produits d’exportation…
Elle compte donc refermer «la parenthèse coloniale» et reprendre le haut
du pavé, «avec l’aide de Dieu»…
Faire croire que cette bourgeoisie nationale,
essentiellement occupée à s’enrichir aux dépens du peuple, est capable
et désireuse de construire un pays indépendant, est une nouvelle
supercherie (ouhadaïa).
C’est pourquoi Ali va décevoir cette catégorie sociale qui comptait
beaucoup sur l’indépendance nominale du pays : non seulement, il ne
précipite pas le démantèlement des grands domaines coloniaux, mais
encore il annonce la nationalisation de tout le domaine foncier de
l’archipel (et immédiatement des 3 îles qu’il administre).
Mais pourquoi cela ?
Quel est son projet ?
***
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 10 / 22 juin 2008
Aux Femmes
Comoriennes
un
des scandales provoqués par Ali Swalih a été le ‘mélange des genres’ :
entre 1976 et 1978, garçons et filles, femmes et hommes, ont été mis en
demeure de construire ensemble les nouvelles communes auto-gérées
moudiriya. Cette intégration des citoyens dans la cité était pour les
conservateurs une innovation blâmable.
Les
questions se posent donc ainsi : la séparation statutaire des espaces,
des travaux, des esprits, est-elle légitime (comme l’affirment les
conservateurs) ou non (comme le prétend Ali) ? Considérons l’Histoire :
au début, il y a eu une séparation fonctionnelle qui s’est instaurée
naturellement : les femmes, ralenties par le soin à donner aux enfants,
restaient dans un espace plus fixe ; les hommes, requis par les soins de
la chasse, devaient se déplacer ensemble et s’éloigner des campements.
Beaucoup plus tard, lorsque les sociétés se sont organisées, sur la base
de l’agriculture et des cités, le patriarcat s’est établi (-- 6.000
J.C.) et, avec elle, la société de classes et d’oppression. Dans cette
structure patriarcale (où le patriarche a pouvoir de vie et de mort sur
tous les membres de son clan), la femme est devenue une mineure. Un
statut spécial et discriminatoire (c'est-à-dire un code fixant de
manière arbitraire les droits diminués et les devoirs augmentés d’une
catégorie de citoyens) a été édicté pour elle et contre elle.
On
peut comparer ce type de société avec le modèle qui a existé en Afrique
du sud où un statut différent et inférieur était réservé aux habitants
noirs…
On
peut aussi penser au statut de dhimmi dans l’espace islamique et au
statut (non officiel et illégal) de Français d’origine maghrebine
actuellement…
Quand arrivent les réformateurs Lao-Tzou, Bouddha, Jésus, Mahomet, Marx,
les patriarcaux et les hiérarchistes sont menacés mais ne tardent pas à
reprendre la main et à détourner l’esprit du message de ces
théoriciens-praticiens.
Il
est vrai qu’à Komoro (dont la structure sociologique d’origine bantou
est matri-centrée), la femme occupe une place enviable et une situation
protégée. Néanmoins, et alors même qu’elle exerce une influence réelle,
elle n’a cependant pas le droit de prendre la parole sur la place
publique de la cité (mdji).
Ali
qui a pour tâche et mission de construire un pays moderne ne connaît et
ne veut connaître qu’un seul statut, celui de l’individu citoyen libre,
solidaire, dynamique, égal en droits et en devoirs, responsable de ses
actes. Il n’y a plus, dans ces conditions de statuts particuliers :
noble, descendant de Mahomet, descendant de prisonniers (waroumwa),
musulman/non musulman, humain masculin/féminin, homosexuel, enfant
adultérin (mwana haramou)…
Ali
Swalih, à l’instar de H.Bourguiba, s’avère ainsi être le libérateur des
femmes, comme des travailleurs de la campagne, des villes et de la mer,
comme des jeunes et des adolescents, mais il leur assigne aussi des
devoirs envers la Nation.
Narioundré Komoro
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 9 / 20 juin 2008
Aux Chefs
Politico-Religieux
De
nombreux Comoriens ont cru et croient encore que la religion peut
constituer le ciment de la nation. L’islam paraît, en effet, pouvoir
unifier les populations de l’archipel. Si tel était le cas, cependant,
ce serait précisément à la manière du ciment qui, en se refroidissant,
enserre et emprisonne les pieds de celui qui a eu l’imprudence de rester
sur place. Mouhammad Abdallah, certes, a employé l’islam à rassembler
les populations de la péninsule arabique et a réussi à fédérer les
tribus et les cités, au point d’être considéré comme le père de la
nation arabe. Mais la doctrine islamique est apparue en Arabie et est
‘parfaitement’ adaptée aux populations de cette région, précédemment
divisées et au service des Empires byzantin chrétien à l’ouest, persan
zoroastrien à l’est.
A
Komoro, l’islam a été importé et, bien que les Comoriens en aient fait
une chose à eux, l’ait adapté autant qu’adopté, c’est une doctrine qui
les tourne vers le monde arabe et les détourne de la construction de
leur fonds propre (lire F.Fanon, à ce sujet).
Mais surtout, ils n’ont pas aperçu que la religion régnant chez eux
(comme c’est le cas ailleurs dans le monde) n’est pas n’importe
laquelle. Ce n’est pas l’islam humaniste (cher à Ali Swalih), c’est
l’islam féodal, celui dont la classe dominante s’est emparée pour le
faire servir à sa domination. Car il structure le champ politique de
manière systématiquement inégalitaire et hiérarchiste ; il multiplie les
statuts particuliers pour ne pas reconnaître la pleine citoyenneté aux
membre du corps socio-politique. Ali rejette cet islam là et dénonce
l’imposture (= ouhadaïa) consistant à faire croire que ces chefs
politico-religieux pourront construire la nation comorienne dont ils
continuent à exclure la majorité (les femmes, les descendants de
prisonniers waroumwa, les wana haramou, les techniciens, les jeunes, les
enfants, les homosexuels etc…) pour empêcher l’émergence de l’individu
citoyen, libre, solidaire, dynamique, égal, responsable dont le pays a
besoin…
Ali
avait une autre raison pour récuser les théologiens (qui prétendent
parler de ‘Dieu’ alors qu’ils ne savent pas grand’chose de l’humain,
matière pourtant plus simple, en principe). Et c’est précisément leur
très bas niveau de culture. Car il avait été frappé par l’immense retard
intellectuel, scientifique, technique et même moral, accumulé par les
élites de l’espace islamisé. Il lui suffisait, pour cela, de recenser
les 100 ou 200 dernières inventions ou découvertes effectuées par
l’humanité, au cours des 500 dernières années… Aucune ou presque n’a été
le fait d’un musulman. Comment expliquer que les musulmans, à la tête du
progrès des sciences et des techniques autour des années 1.250 J.C.,
soient devenus les derniers de la classe, depuis lors.
La
tragédie s’est jouée vers cette époque, lorsque les partisans du grand
intellectuel (malheureusement oppresseur) Al-Ghazali (1.050-1.111) ont
repris la condamnation du maître envers Ibn Arabi et Ibn Sina :
«Socrate, Platon, Aristote, nous devons tous les considérer comme des
incroyants, ainsi que les philosophes soit-disant musulmans – tels Ibn
Farabi et Ibn Sina - qui ont adopté leur système. »
Dès
lors, le fidéisme (=suprématie absolue de la foi aveugle) pouvait
l’emporter dans les masses et bannir le libre esprit philosophique et
critique de tous les champs d’activité, à commencer par le champ
politique ; les dictatures et les ‘poignards volants’ allaient désormais
présider à la vie en société, et cela au grand profit des autorités et
potentats de tous poils (de barbe, notamment). Ali - qui était
l’intelligence même - ne pouvait s’accommoder d’un islam féodal. Il
aurait certes favorisé l’émergence d’un islam humaniste ‘en affinité’
avec le socialisme auto-gestionnaire et rural qu’il était en train
d’établir…
Narioundré Komoro na Mkomoro
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 8 / 9 juin 2008
Aux Partisans
du 'Mariage Fastueux' de Ngazidja
Après la disparition d’Ali Swalih, le système d’organisation
communautaire propre à Ngazidja (a’anda na mila) a repris toute son
importance. Féodalisé à partir de 1550, il avait franchi l’étape
coloniale et pris un caractère bourgeois que permettait l’introduction
de la monnaie. S.Mohamed Cheikh l’avait supprimé, mais seulement sur le
papier, par un décret demeuré sans effet.
Ce
système, si fort et structuré, poursuit une belle carrière à Ngazidja et
même en France où, cependant, il ne fait que préparer les festivités
qui auront lieu dans l’île, pendant la saison sèche.
La
question sera donc double ou même triple, au cours de nos débats :
1/
Pourquoi les éléments les plus conservateurs de la société comorienne
tiennent-ils tant à faire fonctionner ce système ? Quel avantage y
trouvent-ils ? Comment le système a’anda s’est-il articulé avec le
pouvoir de ploutocratie armée qui a prévalu de 1978 à 1989 ? Quels sont
ses effets et méfaits dans les domaines politique, économique, social et
culturel. Sur le plan artistique, la période des sultanats a accouché de
réussites incontestables, avec l’architecture, l’art décoratif,
l’éloquence poétique et lyrique, la littérature orale et même écrite…
Malheureusement, l’ordre féodal puis l’ordre colonial n’ont pas su
protéger ces trésors culturels. C’est l’occasion de rendre hommage à
Fatima Mohamed-Chahalane et aux membres de son collectif pour leur
combat actuel de réhabilitation des richesses monumentales comoriennes.
2/
Pourquoi les villageois du peuple sont-ils si attachés à ce système ?
Quels avantages y trouvent-ils ? Et comment sont-ils aussi victimes
inconscientes de ce système rétrospectif ?
3/
Pourquoi le fondateur de Komoro a-t-il voulu mettre fin à ce système ?
Il avait vu que la construction du pays indépendant se heurtait à deux
obstacles majeurs : l’occupation de Maorè et la domination politique
d’une classe encore largement féodale dans ses conceptions. Il a dénoncé
la supercherie (ouhadaïa) qui consistait pour les notables à faire
croire qu’ils seraient qualifiés pour construire la Nation comorienne et
conduire la bataille du développement économique, social et culturel…
Il
faudra aborder et traiter ces trois questions pour pouvoir comprendre
l’ensemble du dossier. Nous devrons donc dresser un tableau de trois
gradations du système (a’anda, a’anda na mila, mila na ntsi), avec son
volet positif et son volet négatif. Nous le ferons ensemble. Et nous en
profiterons pour présenter la parabole de ‘La Chemise Déchirée’…
Narioundré Komoro
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 7 / 3 juin 2008
Aux Lecteurs
du livre ‘L’Imposture’ (‘Mila na Ntsi Ugangui’)
Certaines personnes disent qu’elles vont acheter le livre pour leurs
enfants ou leurs petits-enfants. Cela signifie assez clairement qu’ils
n’ont pas, quant à eux, l’intention de le lire. Ils estiment seulement
qu’en offrant cet ouvrage, ils transmettront de l’intelligence à leurs
descendants. Ils n’ont pas tort mais il faut aussi considérer que l’on
transmet d’abord l’exemple d’une vie et d’une pratique quotidienne.
Or,
précisément, le livre est conçu pour apporter un changement dans l’être
et le comportement de son lecteur. Pour cela, il faut non seulement lire
un livre important mais encore en assimiler la substance riche, comme on
le fait avec des aliments. Le livre ainsi nourrit la pensée. Ali Swalih
était un grand lecteur. Il ‘dévorait’ les livres et, chaque fois, il en
retirait un profit. Pour cela, il pratiquait une lecture attentive et
critique, celle qui permet d’analyser le texte et d’en distinguer les
concepts les plus riches, les plus nutritifs (= nourrissants).
C’est ainsi qu’il a lu un grand nombre de livres dont ‘le Coran’, le
‘Manifeste du Parti Communiste’, ‘La République’, ‘Que Faire’, ‘l’Etat
et la Révolution’, ‘A propos de la Contradiction’, ‘les Damnés de la
Terre’, ‘l’Afrique Noire Est Mal Partie’… Ces ouvrages lui ont permis
d’élaborer sa théorie politique appelée ‘Fikira Mchindji’…
Mais revenons au livre ‘L’Imposture’ (= ouhadaïa) ; il est assez épais
pour impressionner et faire peur aux lecteurx. C’est pourquoi je leur
donnerai un Conseil de Lecture :
/1/
si vous êtes un travailleur manuel et connaissez mieux le comorien que
le français, vous pouvez commencer par les textes comoriens (les pages
rouges 115 à 280). Elles sont faciles à lire, claires et contiennent
l’essentiel de la pensée du Guide de la Révolution Socialiste.
/2/
Si vous voulez avoir une idée de la personnalité d’Ali Swalih, c’est
tout aussi facile parce que les articles sont très courts (p.499 à 644).
Par exemple, vous avez entendu dire qu’Ali avait été un dictateur. Vous
cherchez à la lettre D et vous trouvez ‘Le Dictateur’ (p.540).
/3/
Si vous voulez connaître l’enfance d’Ali, son adolescence, ses talents
sportifs, et pourquoi il s’est engagé dans la carrière agricole,
commencez par le début et voyez les pages 4 à 24.
/4/
Si vous avez connu Ali Swalih et participé à la Révolution, vous pouvez
commencer directement à page 645. Vous aurez tout le temps de lire le
reste.
/5/
Si vous vous intéressez à la situation politique qui a précédé
l’indépendance et aux conditions de la proclamation unilatérale de
l’indépendance, vous pouvez aller directement aux pages 24 à 70.
/6/
Si c’est la Révolution Socialiste qui vous intéresse, alors il faut lire
les pages (83 à 113) consacrées à la gouvernance d’Ali Swalih.
/7/
Vous trouverez aux pages 283 à 312 les obstacles rencontrés par le Chef
de l’Etat Comorien entre 1976 et 1978.
/8/
Si vous êtes un spécialiste versé dans la science politique, peut-être
serez vous intéressé par les pages 425 à 500.
/9/
Enfin, les pages bleues (311 à 423) recensent la date des événements,
survenus entre 1974 et 1978 et contiennent l’essentiel des discours du
Mwongozi.
Voilà de quoi satisfaire tous les publics,
semble-t-il. N.K.
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 6 / 1 juin 2008
Aux Amis d’Ali
Swalih
Hier, samedi 31 mai, je me suis rendu à la salle proche de la rue
Vernier à Nice, où une section de l’Association des Amis d’Ali Swalih
commémorait la disparition du Guide, assassiné le 29 mai 1978. Tout a
été organisé avec soin, par les militants, selon les normes du tahlil.
Cependant, j’ai observé quelques points qui pourront être améliorés,
dans l’avenir. 1/ Pour commémorer (= célébrer ensemble) le souvenir du
Guide du Peuple, il faudrait d’abord montrer que sa pensée est vivante
et agissante et donc l’étudier. Ce serait la meilleure manière de lui
rendre hommage et justice. 2/ A cette réunion, il n’y avait aucune
femme ! Il est vrai que la coutume et la religion l’exigent. Mais Ali
a-t-il lutté pour maintenir la coutume féodale et l’islam dans sa
version féodale ? A-t-on oublié que garçons et filles, hommes et femmes
ont été appelés en 1976, pour construire ensemble les moudiriya ? 3/ On
a arboré le drapeau national comorien. Fort bien ! Mais, le drapeau
national de 1976 était très différent et portait une symbolique (des
signes à comprendre) précise et forte (voir la couverture du livre). 4/
la salle de Nice comporte une scène très éloignée du public, en sorte
que les responsables dominent les citoyens. Mais rappelons-nous qu’Ali
se mettait au niveau du peuple et travaillait avec lui (voir p.114)
Tout cela pour expliquer que, même quand on est un partisan d’Ali
Swalih, on a beaucoup à apprendre. Nous devons rester modeste et étudier
sa théorie et surtout sa pratique. Souvenons-nous que le Guide a voulu
construire Komoro mais aussi MKomoro. Et là, il faudrait se demander,
avant chaque action :
«Est-ce que je contribue à construire Komoro quand
1/
j’envoie de l’argent à mes parents dans mon village ?
2/
j’accomplis la cérémonie houtriya dahoni de ma nièce à Ngazidja ?
3/
j’observe le mois de jeûne pendant ramadani ?
4/
je demande à ma fiancée de quitter l’école
5/
j’achète de l’or et fais fabriquer le collier hara ouna, par un
bijoutier ?
6/
j’accomplis fidèlement les cinq prières de la journée ?
7/
je lis le livre d’un auteur comorien ?
8/
j’accomplis mon pèlerinage à La Mecque ?
9/
je chasse de Ngazidja (ou de Ndzouani) les gens que je suspecte de
séparatisme ?
10/
je me rends à Mwali ou à Maorè en période de congé ?
11/
je participe financièrement à la construction d’un dispensaire dans mon
village ?
Et
à chaque question, je réfléchirais pour savoir comment répondre : Oui /
Non / Peut-être. Et là, j’aurais des surprises car souvent on
déconstruit ce qu’on croit
construire.
Narioundré Komoro
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 5 / 27 mai 2008
Aux
Intellectuels Libérateurs
Les peuples ne seraient pas exploités si, dans chaque
pays, la classe dirigeante minoritaire ne trompait la classe dominée et
ne la maintenait dans l’ignorance, l’immobilité et l’impuissance. A
Komoro en 1975, la classe dominante comportait, à côté de la grande
Société coloniale (S.C.B.-S.A.G.C.), un éventail de personnalités :
grands et moyens propriétaires fonciers, maîtres de l’import-export,
chefs coutumiers, chefs religieux, astrologues et magiciens divers,
politiciens professionnels…
Comment situer les intellectuels, sur cet éventail ? Et
d’abord, qu’est-ce qu’un intellectuel ? Une personne qui, de par sa
profession ou grâce à la liberté dont il jouit, emploie la plus grande
partie de son temps à lire, écrire ou compter. Les artistes font partie
de cette catégorie, à partit du moment où ils réfléchissent sur leur art
et peuvent en vivre. / Un intellectuel peut ne pas être intelligent,
même dans son domaine d’expression. Un paysan peut faire preuve
d’intelligence dans sa technique agricole. L’intelligence peut
apparaître dans les mille domaines de l’activité humaine. Je peux me
montrer intelligent et habile dans la rédaction d’une lettre et assez
stupide et maladroit dans la réparation d’une chaussure… Ce sont les
résultats obtenus qui démontrent le degré d’intelligence d’un peuple.
Mais la minorité dirigeante n’a aucun intérêt à ce que le
peuple comprenne les causes profondes de l’oppression qu’il subit.
Occupé à survivre dans des conditions difficiles, les populations ne
pouvaient consacrer du temps à la réflexion et donc ne pouvaient prendre
conscience de leur situation. Seuls les intellectuels auraient pu les
aider dans cette prise de conscience, avant laquelle il n’y a pas de
lutte pour sa libération.
Or à Komoro en 1975, les intellectuels étaient peu
nombreux (peut-être 10 % de la population) et d’un niveau assez
quelconque. Nous savons d’ailleurs que dans chaque pays, les
intellectuels se répartissent en trois groupes : 1/ les oppresseurs
(environ 15 %) qui mettent leur talent au service de la classe
dirigeante, inspirent et justifient leur pouvoir ; 2/ les opportunistes
(environ 80 %) qui poursuivent une carrière personnelle et aspirent à
intégrer la classe dominante ceux-ci n’ont pas d’opinion arrêtée, dans
la mesure où ils doivent faire preuve de souplesse et de servilité ; 3/
les libérateurs (environ 5 %) qui, eux, souffrent de voir la misère du
peuple et veulent lui venir en aide. Il va de soi que ces derniers sont
détestés du pouvoir et des intellectuels oppresseurs ; les opportunistes
les évitent pour ne pas être entraînés dans la répression.
Ali Swalih est évidemment un libérateur mais cela
n’apparaît pas toujours nettement, avant 1976. A cela bien des raisons,
dont la principale est qu’il faut fréquenter les corrompus si on veut
n’être pas écarté à jamais des allées du pouvoir
Djahazi :
COMMUNIQUÉ n° 4 / 27 mai 2008
Aux
TRADUCTEURS : la transmission des concepts
Le
Guide de la Révolution Socialiste a placé au centre de l’Etat Comorien
les langues comoriennes, devenues les langues nationales, officielles et
opératoires. C’est dire que les documents administratifs ont commencé à
être rédigés en langues du peuple. Ce choix suffisait à indiquer que la
nouvelle société serait populaire et que les utilisateurs de l’arabe et
du français cesseraient d’occuper abusivement le haut du pavé.
C’est pourquoi nous appelons au dévouement de traducteurs. Ma pratique
des langues comoriennes ne me permet pas de transmettre directement au
peuple l’héritage dont on a essayé de le priver. Or, ce sont les langues
comoriennes que les travailleurs, les femmes et les jeunes connaissent
le mieux… Mais, pour accomplir cette tâche de traduction dans les deux
sens comorien-français et français-comorien, il faut se rendre compte
des difficultés que l’on va rencontrer.
La
première erreur serait, pour les traducteurs, de croire qu’ils
connaissent et utilisent parfaitement la langue française, si difficile.
Les Français du peuple, eux-mêmes, ne connaissent pas le sens exact des
mots couramment employés et la classe dirigeante joue là-dessus pour les
tromper. Ainsi, à lire la presse écrite et à entendre la presse parlée,
on croirait que nous vivons en ‘démocratie’…
Donc, allons voir le mot démocratie dans un bon dictionnaire ; il vient
des mots grecs demos = peuple et kratein = commander ; cela donne donc
‘gouvernement par le peuple et pour le peuple’. Or, par le vote, le
grand nombre des citoyens ne fait que remettre tous les pouvoirs à un
homme qui mène ensuite la politique qui convient aux principaux
dirigeants de l’économie française et mondiale. Certes, nous disposons
de la liberté d’expression (mais non pas la liberté d’accès aux média
importants) et d’autres libertés chèrement acquises ; mais en vérité,
nous vivons en ploutocratie (ploutos = les riches).
En
résumé, parler correctement une langue, c’est pouvoir à chaque instant
fournir une définition rigoureuse du mot qu’on vient d’employer. Et
ensuite, on doit garder le même sens à ce mot (à moins de préciser qu’il
a aussi une autre signification, ce qui est permis). Ainsi, Ali Swalih
a employé les vocables ‘démocratie populaire’ et ‘démocratie
bourgeoise’ : que voulait-il dire ?
La
deuxième erreur serait de croire, pour les Comoriens, qu’ils connaissent
et parlent parfaitement la ou les langues comoriennes. Disposent-ils
d’un dictionnaire qui leur donne une définition claire et stable de
chaque mot et qui enrichisse le trésor culturel linguistique du peuple ?
C’est d’ailleurs là un chantier auquel les linguistes des quatre îles
auraient dû s’attaquer depuis longtemps. Cela aurait aussi permis
d’enrichir le comorien de tous les mots qu’Ali Swalih a employés,
popularisés, parfois même créés (par exemple hou-lolana).
La
tâche des traducteurs est donc difficile mais elle est d’intérêt
national. Il leur faudra aussi comprendre la ‘Théorie Fondamentale’ du
Guide de la Révolution, comme l’instrument qui doit servir à construire
Komoro et MKomoro. Ils devront comprendre la doctrine mais aussi
connaître chacune des pièces constituant l’ensemble (car, comme dans un
moteur, tout y est articulé et solidaire). Il me faudrait leur offrir
‘L’Imposture’ (Milanantsi-Ugangui) mais, pour l’instant, je n’en ai pas
les moyens…
A
certains moments de l’exercice, les traducteurs seront amenés à ajouter
un terme ou deux et cela spontanément, en fonction de leur compréhension
du sujet. Cependant, il se peut que le mot ajouté ne corresponde plus à
la pensée et à l’intention d’Ali. Dans ce cas là, je leur proposerai de
revenir vers moi pour que nous vérifiions ensemble si une erreur a été
commise. A ce moment là, il nous sera facile de la corriger et d’éviter
de la reproduire.
Courage donc aux traducteurs ! La traduction est un moment essentiel
parce que d’elle dépend l’avenir du peuple et de Komoro.
Narioundré Komoro Öwamoja
Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 3 / 24 mai 2008
Aux ORGANISATEURS et ANIMATEURS
Je reprends ici le courrier d’octobre
2.007 adressé aux étudiants d’Arc-en-Ciel St Denis. Je recherche les
organisateurs qui pourront trouver une salle et héberger notre
rencontre-débat, à Paris/région, à Lyon et à Marseille. Cela implique
l’annonce du jour, de l’heure et du lieu, la préparation de l’espace,
l’organisation des échanges, l’intervention du public, la présence de
matériels utiles… Conformément à la pratique d’Ali Swalih, nous
commencerons la séance à l’heure indiquée. Je demanderai,
personnellement, que soit observée une minute de silence à la mémoire
des Comoriens disparus dans le lagon de Mayotte, dans un espace où ils
sont pourchassés en tant qu’immigrants clandestins chez eux.
La séance sera ouverte à toutes les langues
et je serais reconnaissant aux linguistes de traduire déjà ces
communiqués sur la Toile/web, en chi-ndzouani et en chi-ngazidja, pour
qu’ils soient compris par le grand nombre. Pendant le débat, les
traducteurs se relaieront et pourront porter à ma connaissance le
contenu des interventions en langues comoriennes.
Pour l’espace de la salle, je propose la
disposition
Tableau // ovale des Animateurs
// Public
Je ferai partie des Animateurs mais
emploierai le tableau quand nécessaire. Les Animateurs (par exemple, 4
partisans d’Ali, 4 opposants et 4 ‘jeunes’ (moins de 40 ans) auront
préparé ou prépareront des QUESTIONS ou OPINIONS sur le papier. Dans
l’idéal d’Ali Swalih, il faudrait respecter les proportions naturelles :
autant d’HF que d’HM et des Maorè, des Ndzouani, des Mwali et des
Ngazidja en fonction de la démographie.
En début de séance, les Animateurs pourront
aller à la chasse aux opinions et questions formulées (en français ou en
comorien) par le public sur des morceaux de papier pliés qui seront
placés dans une urne KARIKWELI . Ils seront ouverts, dépouillés
et transcrits sur cahier par les Animateurs.
Pour des raisons pratiques, le débat aura
lieu entre les Animateurs de l’ovale. Mais le public et notamment les
AUTEURS, CHERCHEURS, ACTEURS de l’Histoire (je pense à des
personnalités qui furent proches d’Ali comme Salim Himidi, Mikidache
Abdourahim, Sultan Chouzour ) pourront intervenir à tout moment.
Le thème central portera sur
l’INDĖPENDANCE et la RĖVOLUTION à KOMORO.
La parole sera libre et expérimentale. Il
ne faudra pas craindre de se tromper parce que c’est un processus
naturel dans la démarche de la recherche. Ce qui est essentiellement et
à quoi il ne faut jamais se dérober c’est le QUESTIONNEMENT
parce c’est lui qui oblige l’intelligence à travailler. Donc, point de
timidité chez les Animateurs, je les en prie.
J’attends l’offre des organisateurs de
rencontre-débats / Merci à eux de me contacter.
Narioundré Komoro
Öwamoja
Djahazi >
COMMUNIQUÉ n° 2 / 20 MAI 2008
Avis de
Parution
Nous avons reçu léo jeudi 22 mai les exemplaires du livre IFB
(L'Imposture), consacré à la vie d'Ali Swalih et à la période 1974-1978,
correspondant à l'accession de Komoro à l'indépendance et à la
Révolution socialiste qui y a été menée. L'ouvrage a pris plusieurs
années de recherche et a été achevé de rédaction le 28 février 2.006.
Des difficultés ont surgi quand il a été question de faire imprimer les
livres. Finalement, il paraît tout de même, pour le 30ème anniversaire
de la disparition du Mwongozi. // Il a assez belle allure (15 cm x 23
cm, 700 p, 1 kg), je crois.
Nous devrons payer aux imprimeurs, dans les mois qui viennent, la somme
considérable de 10.672E et à l'infographiste qui a réalisé la mise en
page la somme de 1.055E / C'est pourquoi nous ne pouvons offrir ce
livre aux nombreux informateurs qui nous ont aidés. Mais, pour que le
grand nombre des travailleurs puisse acheter et lire ce document, nous
avons veillé à en réduire le prix à 25 ou 27E (pour 700 pages et frais
d'envoi compris).
La lecture en est facilitée par le système des pages rouges (pour le
texte comorien) et des pages bleues (pour les dates, événements et
discours d'Ali).
Pour diminuer le travail de main d'oeuvre et les frais postaux, nous
demandons aux acheteurs de ce livre de SE REGROUPER par 3, autour d'un
destinataire de confiance qui m'enverra son adresse et son n° de
téléphone fixe et un CHEQUE GLOBAL de 75E, rédigé au bénéfice
de
MARIE CASIMIR B.P.08 06531 Peymeinade cedex /
Le
destinataire recevra son colissimo de 3 livres dans les deux jours (en
France métropolitaine seulement). Pour une commande d’un seul livre,
ajouter 2E pour les frais postaux et rédiger un chèque de 27E
adresse du site des éditions Djahazi : sur Google, tapez
«communiqués djahazi»
ou
http://djahazi.comores-online.com
ou
courriel :
lou.belletan@hotmail.fr
Djahazi > COMMUNIQUÉ n°1 / 17 mai 2008
Avis aux Comoriens
de la Région parisienne
// Je vais recevoir le livre consacré à la
Révolution Comorienne (1975-78) d' Ali Swalih et intitulé 'L'Imposture
féodalo-bourgeoise' (traduction du terme 'Milanantsi-Ugangui'). Cet
ouvrage comporte 6 grandes parties : 1/ la vie d'Ali Swalih jusqu'en
1975 / 2/ son exercice du pouvoir jusqu'à sa mort (1975-78) / 3/ Les 4
livrets écrits en comorien Madouhoul, Raassoul Mali, Mlimadji,
Milanantsi-Ugangui /
4/ la chronologies des événements survenus
de 1974 à 1978 y compris les discours d’orientation du Guide / 5/ une
réflexion sur sa Théorie Politique Fikiri Mchindji /6 / Ses Conceptions
et sa Personnalité.
L'ouvrage compte environ 700 pages et sera
vendu au prix de 25E (frais d’expédition en France inclus)
Le Guide de la Révolution entendait libérer les exclus de l'Histoire
Comorienne, c'est à dire 1/ les travailleurs manuels 2/ les femmes 3/
les jeunes, enfants et adolescents. C'est pourquoi je viendrai présenter
la pensée d'Ali à ces trois catégories de la classe dominée, si elles
m'appellent, lors de mon passage dans la région parisienne, à Lyon et
Marseille // Je répondrai également à l'invitation des étudiants et des
radios locales.
Cependant, il est essentiel que mes explications et réponses soient
comprises par les intéressés. Pour cette raison, j'aurai besoin de
traducteurs sérieux. Je fais appel à tous ceux, étudiants et
animateurs, qui voudront m'aider et assurer ce travail difficile de la
traduction.
Les réunions et rencontres respecteront la liberté d'expression ; je
demanderai la présence rapprochée autour de moi de 9 à 15 animateurs
avec qui se fera le débat : par exemple 3 partisans et sympathisants
d'Ali ; 3 adversaires ou victimes de la Révolution ; 3 participants de
moins de 40 ans n'ayant pas connu la période 1975-78. //
Narioundré Komoro
|