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ÉVÉNEMENT :
Une Rencontre-débat sur le thème
L'INDEPENDANCE et la REVOLUTION SOCIALISTE, SELON ALI SWALIH
a eu lieu à Marseille le dimanche 15 juin au Centre Social des Rosiers Marseille 14ème ardt
 

LES COMMUNIQUES SUITE A LA SORTIE DE L'OUVRAGE SUR ALI SWALIH
L'Imposture Féodalo-Bourgeoise
(La Révolution Comorienne 1975-78)
Ali Swalihi - La théorie Fondamentale - Le Produit - Le Capital - Le Cultivateur

mise à jour 03/02/2010

ATTENTION CORRECTIF IMPORTANT:
"Si vous tapez 'ali swalih'  par google, vous tomberez sur mon interview sur World4Com :
http://www.world4com.com/pages/lirevideo.php?id=99
C'est un long monologue enregistré par le journaliste Kassim Saïd.  Il n'est pas mauvais MAIS  j'y ai commis une ERREUR que je tiens à corriger !
ALI SWALIH a fait ses études secondaires, de 1947 à 1953, AU LYCEE GALLIENI de Tananarive et non au lycée Le Myre de Villers

 

 

 

 

Djahazi 04   Communiqué n° 55  /  fevrier 2.010
Le CLERGÉ  et le PEUPLE

Les musulmans sounnites  mettent souvent en exergue le caractère décentralisé et ‘démocratique’ de leur organisation, par opposition avec les religions islamique chiite et chrétienne catholique que dirige un appareil clérical ou clergé de chefs politico-religieux ordonnés de manière hiérarchique.

Ce  type d’organisation est effectivement original et paraît comporter trois conséquences majeures :

1/  Le fait qu’il n’y ait pas de hiérarchie entre les chefs politico-religieux pourrait permettre en effet, une grande activité de recherche et favoriser la liberté de penser et d’exprimer. Mais dans la pratique, on remarque que se constitue bientôt, dans chaque pays, une hiérarchie officieuse et que les désaccords constructifs n’y sont pas aussi nombreux et féconds qu’on pourrait s’y attendre. L’esprit de recherche n’y est pas plus actif qu’ailleurs et même, l’est peut-être moins. L’avantage initial n’y donc pas autant exploité qu’il pourrait l’être, en sorte qu’il est, finalement et souvent, perdu.

2/  L’absence de hiérarchie permet aussi à des éléments incontrôlés et sans grande formation critique de répandre des interprétations aberrantes et de prononcer des avis juridiques (fatwa) irréfléchis et parfois menaçants. L’ennui est aggravé par le fait que ces autorités auto-proclamées trouveront toujours des agents d’exécution (ou ‘poignards volants’) prêts à faire entrer par la violence leurs décisions arbitraires dans la pratique. Dans ces conditions, le niveau intellectuel du peuple demeure très bas, pour le plus grand bénéfice de ceux qui les trompent et exploitent leur ignorance.

3/ L’existence d’un clergé clairement identifié a cet avantage de faire apparaître un peuple (laïos en grec) clairement identifiable. Le passage de 1 à 2  permet à chaque instance de se distinguer et, en principe, de se situer. Progressivement, chaque section développe, en effet, sa conscience propre et s’ouvre à une dialectique de la contradiction et de la conciliation qui favorise le débat et l’examen.  Cela est vrai, moins potentiellement, en Iran et en Europe.

On peut se demander comment, dans ces conditions, le sounnisme réussit à se maintenir, depuis un millénaire, alors qu’il ne dispose pas d’un corps spécialisé en théologie ni d’intellectuels professionnellement versés dans l’étude des sciences religieuses et dans l’encadrement de la population ?

L’explication se trouve contenue dans une institution normative, l’école coranique. Cette éducation qui prend en tenailles tous les enfants depuis l’âge de  x ans, a précisément pour fonction de construire et fortifier, à l’intérieur même de la personnalité en formation, un féroce surmoi qui s’opposera toujours au développement de l’esprit critique et au libre déploiement de l’intelligence. C’est donc à l’intérieur du psychisme que l’éducation coranique construit le Clergé, distinct et bientôt oppresseur du Peuple. Ce dernier ne peut plus s’affranchir du servage et de la terreur que fait régner l’instance dictatoriale. Le maître et l’esclave sont enchaînés l’un à l’autre, pour l’éternité.

Le fait que l’école coranique emploie parfois des méthodes douces, dans la formation des filles notamment, ne change rien à son action et à sa fonction. C’est sur cette institution que s’appuient et s’appuieront  toujours les pouvoir politiques, que ce soit celui qui règne ou celui qui veut le renverser. Parce que les pouvoirs politico-religieux ont besoins de supplétifs obéissants qui ne distinguent surtout pas le domaine religieux du domaine politique.

La réforme de l’enseignement de l’arabe fait partie pour Ali Swalih de cet effort par lequel il entend rendre au peuple la maîtrise de son avenir.

L.B.
 

 

 

Djahazi 04   COMMUNIQUE  n° 54 / janvier   2.010
POUR FAIRE le PORTRAIT d’une REVOLUTION SOCIALISTE

Prévoir une salle  où les sièges seront disposés en ovale. Le premier cercle pourra être occupé par ceux qui veulent s’exprimer mais on pourra prendre la parole de n’importe où. Les jeunes, les femmes, les travailleurs pourront s’asseoir où ils voudront. L’important ne sera pas les participants et les intervenants mais le thème étudié, à savoir la révolution démocratique à Komoro. Naturellement, nul ne sera exclu de l’entrée dans la salle, par quelque artifice que ce soit…

Pour l’organisateur (collectif) : prendre d’abord une feuille de papier et y tracer au stylo une figure ; cela pourra être un rectangle ou un carré ou un cercle, l’important n’étant pas la forme de la figure mais ce que l’on mettra dedans !

Y faire ensuite entrer le projet que l’on caresse ; on le jettera sur le papier, en mots, en dessin ou en schéma, mais en veillant bien à ce qu’il ne dépasse pas, ne serait-ce que d’une plume d’oiseau, le trait qui limite la figure. Car il faut savoir délimiter nettement la tâche du jour et ne pas diluer le thème étudié dans une soupe verbale non identifiable…

Comme le thème portera sur Ali Swalih, et comme cette personnalité est aussi riche et vaste qu’un continent, on devra tracer encore une figure à l’intérieur de la première. Cela signifie qu’on ne pourra aborder qu’un thème ou un aspect de la Révolution que le Mwongazi a conçue et réalisée partiellement au moins. Dès lors, on pourra approfondir une question et on aura progressé de manière méthodique.

Par exemple, on pourra débattre    sur un seul (ou deux mais bien coordonnés) des thèmes suivants :

1/ ‘Ali Swalih  Tel Que Je l’ai Connu’  (ici, la parole sera à ceux qui ont participé à la période, y compris les adversaires et les ennemis de la Rev Soc)
2/ ‘Les Concepts et les Termes Utilisés par le Guide’
3/ ‘Ali et la Construction de la Nation’
4/  ‘Ali et le Communisme’
5/ ‘Ali  A-t-il Rompu avec l’Islam ?’
6/  ‘Ali et la Question Linguistique.’
7/ ‘Ali et la Violence.’
8/ ‘Ali l’Homme des Français.’
9/  ‘Ali dans ses Relations avec S.Mohamed Cheikh, S. Ibrahim, Ahmed Abdallah.’
10/  ‘Ali prend Mouhammad Abdallah comme Modèle.’
11/ ‘Les Moudiriya dans le Projet d’Ali.
12/ ‘Ali et l’Analyse Intra-Coranique.’
13/ ‘Ali et sa Théorie Fondamentale (‘Fikira Mchindji’).’
14/ ‘L’Enfance d’un futur Chef’.
15/ ‘Ali et Bob Denard’
16/  ‘Ali face à la Mort.’

Mais chacun peut proposer d’autres thèmes…

Là, nous aurons un débat intéressant et qui permettra au peuple, aux petites gens (qui pourront s’exprimer en langue comorienne, cela va de soi), de récupérer quelque chose de leur héritage, même si «ce n’est pas une maison ou un zébu» ( !?)…

Prévert Jacques me pardonnera cette parodie, puisqu’elle vise à éclairer.

L.B.

 

 

 

DJAHAZI   communiqué  n° 53 / 19 dec 2.009
GROS  PLAN   sur   ALI  SWALIH

Les organisateurs avaient eu le mérite de rassembler une documentation de valeur, avec deux films sur le Guide de la Révolution Socialiste à Komoro et un de ses discours.

J’avais espéré la présence de plusieurs témoins qui ont connu et estimé le ‘Formateur’. Mais Nassor Halifa s’est trompé d’horaire et n’a pu être parmi nous. Heureusement, Jean Masini qui avait été étudiant à l’IEDES et révisait ses cours en compagnie d’Ali a pu intervenir à plusieurs reprises. Nous avons bénéficié aussi du témoignage précieux de S.Hassane M.Jaffar, un des principaux responsables de la Radio pendant la Révolution. D’autres témoins étaient plus jeunes et ont évoqué des souvenirs.

Je me suis efforcé, de mon côté, et à partir de mon travail de recherche, de réagir aux remarques et questions formulés dans le public.  Je note ici quelques uns des thèmes que nous avons abordés ensemble :

1/  ‘Si S.Ibrahim  avait vécu ?’  X  Il est possible que l’Histoire ait été différente, dans la mesure où sans changer fondamentalement de programme, Ali aurait probablement tenu compte de l’avis du Prince.  C’est à débattre.

2/ Sur la Théorie Fondamentale comme héritage : un intervenant a fait remarquer que ce n’était ni une maison ni un zébu et donc que le peuple n’en aurait que faire…

3/ En 1975-76, à la suite du départ des enseignants français, les élèves avaient perdu un an, ce qui montre qu’Ali ‘n’avait pas le souci de l’intérêt des jeunes’.

4/  en 6ème ,  l’enseignement avait été assuré par des jeunes lycéens de 1ère et Terminale ‘sans qualification’.

5/ Ali Swalih était ‘un homme seul’, sans assise dans le personnel politique comorien en 1975.  X

Ici, j’ai montré que dès 1958, Ali avait travaillé dans l’agriculture et au contact direct des véritables producteurs du pays. Son mouvement Mranda était constitué de ruraux dynamiques et influents. Par son implantation dans le peuple, il avait au contraire une influence croissante. C’est d’ailleurs pourquoi il fut élu député comorien en 1967 et nommé ministre par S.Ibrahim en 1970.

6/ Ali n’a pas été un combattant d’élite pour l’indépendance. X  Ici, je dirais que cela est vrai mais dans une petite mesure, seulement. Certes, le Mo.Li.Na.Co. puis le Pa.So.Co. ont milité pour l’indépendance dès 1961-63-67  et justice doit leur être rendue, à cet égard. Mais Ali, lui, cachait encore son jeu, parce qu’il calculait déjà comment arriver au pouvoir et ce qu’il qu’il ferait du pouvoir.  Car lui,  savait ce qu’indépendance veut dire.

Les Comoriens voyaient l’indépendance comme un point d’arrivée, le bonheur à portée de la main et sans effort,  tandis qu’Ali savait que ce n’était qu’un point de départ Il lui faudrait rapidement construire un Etat, une nation, une économie, une société, une culture, surtout une éthique et finalement, un mystique de l’effort et du travail productif.  La lutte pour l’indépendance était nécessaire mais non suffisante, ainsi que l’a prouvé le cas algérien…

7/ comment Ali a été condamné à mort, clandestinement, et exécuté :    X      voir p.309

8/  Ali  aurait dû nommer son successeur :  X  Mais  qui aurait-il dû nommer ?  Salim Himidi ? Sultan Choudhour ? Ali Twahir Kéké ?  Et pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?

Tout complément d’information peut être envoyé à       lou.belletan@hotmail.fr

L.B. 
 

 

 

Djahazi 04   COMMUNIQUE  n° 52 / 17 dec 2.009
JEUNESSE  et  REVOLUTION  à  KOMORO  (1976-78)

L’étudiant Mohamed Saïd et le professeur Mme Fara Rajaona de l’Université Paris VII Tolbiac ont bien voulu faire appel à moi pour que j’aborde avec eux le thème de la jeunesse, dans le cadre des jeudis de l’océan indien.

J’ai donc fourni un fil conducteur portant sur 6 points principaux  que j’ai traités brièvement :

1/  Visibilité de la Jeunesse Comorienne de 1960 à 1975

= dynamisme et mixité dans les associations culturelles (théâtre, alphabétisation, musique)

2/  Statut Socio-Politique des Jeunes dans la société traditionnelle
= J.M. agents d’exécution de la gérontocratie féodale
= J.F. monnaie d’échange et d’alliance entre chefs de clans

3/ Les Jeunes à l’Heure du Choix  (janvier 1976)

= militants ou attentistes opportunistes
= ruraux, JF,  pour Rev Soc, lycéens partagés, étudiants plutôt contre

4/  L’Action des Jeunes Militants, pendant la Rev Soc

= dans les Comités de base  relais de la campagne idéologique TF/FM
= pour le peuple : service national, alphabétisation des adultes, construction des moudiriya, animation artistique et culturelle.

5/  Les Jeunes au service du Plan de Développement (1978-82)

= une école primaire par village, un collège avec filières pré-professionnelles par bavou,
= (in)formation par les émissions radio (24h dans les bavou, milanantsi-ugangui)
= formation professionnelles dans les pays amis

6/  L’Emergence de l’Individu Citoyen en perspective.

= formation d’un Comorien accompli  par un nouveau cursus scolaire
= élévation du niveau intellectuel, scientifique et technique

J’ai donc cherché à montrer l’importance du rôle joué par les Jeunes (jeunes ruraux et citadins, masculins et féminins, lycéens et étudiants, de 14 à 28 ans), dans la société traditionnelle féodale (Mila na ntsi et Oukabaïla), dans les associations culturelles (loi française de 1901), dans l’élan vers l’indépendance (de 1968 à 1975), pendant la Révolution, dans l‘analyse et le projet du Mwongazi Ali Swalih.

L’exposé a suscité de nombreuses réactions, expressions d’opinion, questions d’approfondissement : sur la violence pendant la Révolution, sur la critique intra-coranique à laquelle le Guide a procédé, sur le rôle de Michel Debré dans le soutien au séparatisme maorè, sur la méthode de travail du rédacteur de ‘L’Imposture’, sur l’influence de la période de la Révolution sur l’état d’esprit des Comoriens de 2.009…

La période 1976-78 a vu se dérouler un certain nombre de violences. Ali ne s’y est pas opposé, considérant que c’était inévitable, dans la phase de destruction des structures en place et dans la mesure où il fallait faire peur à la classe dominante qui ne manquerait pas de se dresser comme un seul homme contre la nationalisation  imminente de l’outil foncier. Mais il avait prévu la fin de cette période de révolution politique, au moment proche où il serait possible de confier le pouvoir et le fonctionnement des moudiriya aux travailleurs et producteurs auto-gestionnaires.

L.B.

 

 

 

Djahazi 04   Communiqué n° 51 / avril 2.009
ISLAM HUMANISTE    contre      ISLAM FEODAL

A la suite de l’offensive, en 1886-87, des forces militaires françaises, déjà implantées à Maorè, et de l’effondrement consécutif du système féodal (politique et militaire) des Sultans, le soufisme confrérique  a pris et occupé la place libérée par le hiérarchisme et le mépris de la classe nobiliaire envers le peuple.

Ce mouvement a, immédiatement, rencontré beaucoup de succès auprès des gens humbles parce que  d’une part, il permettait au peuple comorien de se replier en bon ordre de résistance, autour d’une identité culturelle différente,  d’autre part, il paraissait jeter un pont entre les deux classes antagonistes, laissant espérer une possible réconciliation à venir entre les divers segments de la société.

A Wani de Ndzou’ani, par exemple, le cheikh SWALIH  était déjà réputé pour son désintéressement et sa sainteté. Or, voici qu’il ne se contente plus de partager ses prières,  ses vœux et son savoir avec ses disciples de la confrérie chadouli ! Il propose et se propose aussi de mettre en commun avec eux ses propres biens et terrains familiaux…

Là, le Sultan ‘Mawana’ Abdallah s’insurge ! Lu_i aussi participe aux séances et exercices de la confrérie chadouli, maintenant qu’il a perdu l’essentiel de son pouvoir et bien qu’il soit pratiquement aveugle, à nouveau, après l’opération réussie à Maurice en 1879. C’est même lui qui dirige les danses et le chœur des litanies dans la zawiya de Msamoudou…

Mais comment le Sultan le plus prestigieux, le plus puissant qu’ait connu Komoro, pourrait-il accepter de partager ses richesses, ses privilèges et ses prérogatives avec des roturiers et des manants qu’il méprise ? Comme ses frères et parents de la Famille Royale, il s’est longtemps opposé à l’abolition de l’esclavage qu’exigeaient pourtant ses alliés britanniques en octobre 1882 et qu’attendent ses ‘protecteurs’ français en novembre 1888.

Le 26 janvier 1889, il est obligé de signer un décret portant abolition de l’esclavage. Ses parents et la classe nobiliaire s’insurgent aussitôt contre lui, d’autant que cette mesure ‘impensable’ menace de les priver de revenus importants…

Devant l’initiative ‘folle’ du grand cheikh de Wani, ‘Mawana’ prend aussitôt l’attache du prestigieux S.Mohamed b. Ahmed qui a introduit la voie dans l’archipel. Il lui fait part des agissements du dangereux novateur. Et que répond l’honorable ‘Al Maarouf’ (= l’Illustre) qui réside dans le quartier princier de Badjanani à Mroni de Ngazidja ?  Il donne entièrement raison à l’autocrate de Msamoudou et l’encourage à démettre le saint homme de ses fonctions !  Il faut dire que le maître de la voie chadouli est originaire du matriclan royal Matswa-Piroussa. S’il ne participe pas directement au système féodal milanantsi, il ne l’a jamais condamné ni combattu.

A Ndzou’ani, Abdallah III a désormais les mains libres. Avec l’aval et le soutien du maître des chadouli, il peut maintenant faire emprisonner le cheikh Swalih ! C’est là une parfaite illustration des deux islam aux prises dans l’île entre 1888 et 1891. La guerre civile qui suit la mort de Mawana (2 février 1891) manifeste ce combat implicite des deux inspirations concurrentes.

La question se trouve donc clairement posée. Quel est cet islam qui œuvre au service de la classe dirigeante et contre le peuple majoritaire, sinon l’islam féodal et bourgeois ? L’autre attitude, représentée en 1888 par le cheikh Swalih, est bien l’islam humaniste, attentif au bonheur des petites gens et des défavorisés.

Cette opposition entre un aspect de Wani et un aspect de Msamoudou s’est reproduite, curieusement, 90 ans plus tard, à l’occasion de la Révolution Socialiste…  La théorie socio-politique d’Ali Swalih  (‘Fikira Mchindji’) dénonce nettement l’idéologie féodale et bourgeoise, dite ‘Mila na Ntsi’ à Ngazidja et ‘Oukabaïla’ à Ndzou’ani.

Certains chefs politico-religieux prétendent, cependant, que le système  a’anda est condamnable, parce qu’il contrevient à certaines recommandations du Coran.  Est-ce à dire que l’islam et le a’anda  n’entretiennent pas des relations étroites ? Ils voudraient le faire croire…

L.B. (source : Ahmed Abderrahamane 1921 > Panégyriquede S.Mohamed Ahmed dit ‘Al-Maarouf’)
 

 

 

Djahazi 04  COMMUNIQUÉ n° 50 /  25 avril  2009
En quoi Ali Swalih a-t-il Echoué ?


Les ennemis et les adversaires de la Révolution Socialiste ont, naturellement, considéré que la chute d’Ali Swalih, le 13 mai 1978, était la conséquence logique d’une trajectoire essentiellement illégitime dans ses visées  et qui attentait à l’ordre  établi  dit ‘Mila na ntsi’ ou ‘Oukabaïla’.

Les partisans de la Révolution n’ont pas abjuré (= renié, rejeté) l’idéal ‘Fikira Mchindji’, visant à construire Komoro, mais ont été traumatisés par la chute du régime qu’ils considèrent encore comme un échec regrettable. La majorité d’entre eux, d’ailleurs, s’est progressivement ralliée, en pratique, à l’idéologie féodalo-bourgeoise, au cours des 30 dernières années…

Nous avons, nous-même, cru que la chute d’Ali venait en conséquence de plusieurs erreurs et constituait un échec. Il nous a fallu plusieurs années de recherche et la découverte d’éléments nouveaux pour parvenir à une conclusion différente et paradoxale que nous expliquons en page 645. L’hypothèse à laquelle nous sommes arrivés, sur ces bases nouvelles, c’est qu’il faut donner à la chute et à la mort d’Ali Swalih une toute autre valeur que celle d‘un échec.

Néanmoins, il y a bien eu (et il y a encore) un échec d’Ali Swalih. Ce n’est pas sa chute (qu’il faudrait, en fait, caractériser comme un simple repli stratégique). Cela réside plutôt dans son optimisme philosophique qui le persuadait de ce qu’un jour proche, après sa disparition, un homme de sa trempe surgirait et ramasserait le flambeau de la Révolution.

Or, ce n’est pas ce qui s’est passé. D’une part, parce que la clique hiérarchiste, adossée aux mercenaires de R.Denard, a fait régner une terreur réactionnaire  pendant plus de 10 ans ; d’autre part, parce que la campagne de dénigrement, malheureusement relayée par les perroquets rouges, a jeté la nouvelle génération dans le trouble et dans le doute. C’était bien là son but.

Enfin, les anciens partisans du Guide se sont divisés et éparpillés. Ils n’ont pas eu le loisir de réfléchir à l’expérience vécue, d’approfondir le thème de la Révolution et d’en tirer des conclusions pour l’action. Fondamentalement, les difficultés quotidiennes, vécues par les Comoriens, les ont empêchés de s’organiser de manière cohérente. Au contraire, leur vision politique s’est de plus en plus rétrécie à leur île, à leur ville, à leur quartier, à leur famille, à leur petit ego.

L’occupation persistante de Mayotte a entretenu et déchaîné les réflexes séparatistes et chacun a considéré, plus ou moins consciemment, que les Maorè représentaient un modèle d’opportunisme auquel il fallait se rallier. L’idéologie bourgeoise les y encourageait d’ailleurs, et nous avons vu de nombreux cadres comoriens du nord aller contribuer, au sein de l’appareil d’Etat français, à l’occupation d’un quart de leur territoire par la puissance néo-coloniale ! 

Dans ces conditions et comme le craignait Ali Swalih, nous avons assisté au cours des 30 dernières années, à une véritable régression de la personnalité comorienne et à son alignement sur un mode de vie féodal, alimenté et soutenu par les fonds financiers que les Comoriens de France envoient dans leur village…

L’historien anglais A.Toynbee 1939  avait bien caractérisé les sociétés  en deux groupes :
         1/  «Dans une société où le mimétisme [habitude d’imiter et de prendre pour modèle] est axé vers le passé / et les ancêtres défunts, /  [les indicateurs sociaux]
demeurent statiques.»
          2/  «Dans les sociétés en progrès, le mimétisme est dirigé en avant, vers les personnalités créatrices, les pionniers. // La société entre dans une phase dynamique.»

Dans quel groupe faudrait-il situer la société comorienne de l’an 2.009 ?

Dans quel groupe se situait la société comorienne entre 1975 et 1978 ?

Il ne faut pas nier pour autant que, dans plusieurs domaines, des progrès réels ont été accomplis depuis 1978. Mais la distinction opérée par A.Toynbee demeure pertinente.

L.B.

Il y aurait bien d’autres questions à aborder, au sujet de ce tournant de l’Histoire de Komoro, que constitué la Révolution Socialiste, conduite par Ali Swalih.

Il faudrait évoquer, par exemple, le Maître de la Méthode, le Relieur, les Quatre Ruptures, l’Ecole Communautaire, l’Art de la Didactique, le Service National, les Collèges Ruraux, les Conditions de la Mort d’Ali,  etc.  Tout cela est abordé dans l’ouvrage.

Un an après la sortie du livre d’Ali Swalih et sur le Guide, il est temps de laisser la parole aux lecteurs de « L’Imposture Féodalo-Bourgeoise»

 

 

 

Djahazi 04   COMMUNIQUÉ n° 49 / 17 avril  2009
Réflexions sur la Polygynie


Un bon exemple du caractère patriarcal (féodal) et bourgeois de l’islam comorien réside dans la possibilité, pour un homme riche de posséder plusieurs (= poly) femmes (gunê), tandis qu’un homme pauvre n’en peut avoir aucune et qu’une femme riche ne peut avoir qu’un seul mari. On voit, immédiatement, que se trouvent combinés un élément statutaire (H.M. humain masculin > H.F. humain féminin, selon l’ordre patriarcal) et un élément financier (appartenance à une des deux classes socio-politiques).

Mais d’où vient cette tradition de la polygynie, alors que, par nature, il naît autant d’hommes que de femmes. C’est évidemment le résultat des guerres meurtrières entre tribus ; les hommes de la tribu ou de la cité victorieuse n’hésitaient pas à mettre à mort la totalité des hommes de la tribu ou de la cité vaincue et de considérer les femmes vaincues comme faisant partie de leur butin…

De même, les sociétés tributaires n’hésitaient pas à faire don de jeunes filles, en hommage au Roi puissant dont elles dépendaient. Cette situation procède donc de violence et d’exploitation d’un peuple par un autre. Mahomet lui-même possédait plusieurs concubines, donc de femmes captives réduites à l’esclavage.

La polygynie (comme le statut d’esclave)  procède donc, directement, des situations de guerre et ne devrait pas exister, en situation de paix. Mais le Coran a été énoncé, pendant une situation  de guerre, et a recensé une pratique que les gens de pouvoir ont ensuite perpétuée parce qu’elle leur était profitable et qu’ils ne voulaient pas y renoncer.

Qu’en est-il donc à l’intérieur d’une société donnée, par exemple la comorienne ? La polygynie légale consacre une double inégalité et une double ou triple injustice :

la relation entre H.M. et H.F. se trouve faussée en droit  puisque H.M. ne consacre qu’une moitié (ou un tiers ou un quart) de son temps et de ses ressources à ce foyer, tandis que H.F. doit consacrer à son mari et à son foyer la totalité de son temps. Et les enfants de ce foyer se trouvent également défavorisés par ce partage. En outre, dans l’espace de la Cité, la relation entre H.M. vieux et riche et H.M. jeune et pauvre est tout aussi faussée, au bénéfice du premier qui s’adjuge les plus jeunes filles et en prive le second. Et pourtant, celui-ci défend bec et ongles le système qui le désavantage, parce que son cerveau a été formaté depuis l’enfance ; il est donc aveugle aux réalités vécues (voir le concept d’aliénation p.508)

La situation d’inégalité a été forgée par la combinaison de deux éléments : le système bantou coutumier et l’islam d’origine arabe. En effet, à partir de 1500 et de l’arrivée de grands féodaux swahili en provenance de Toungui, au Mozambique, l’ordre relativement égalitaire des habitants a été féodalisé par les nouveaux venus qui ont imposé un nouveau modèle socio-politique inégalitaire : les sultanats.

Dans ce cadre nouveau, les individus sont immédiatement situés sur une échelle hiérarchique qui consacre l’inégalité héréditaire des humains comme un phénomène naturel et culturellement conforme à la nature. Cela est considéré comme l’ordre voulu par le Dieu patriarcal et gérontocratique des Sémites. De même, la séparation des genres dans l’espace est considérée comme légale et légitime, alors qu’il ne procède que de la coutume et de la misogynie (détestation des femmes) patriarcale.

Ali Swalih, comme champion de l’égalité, se heurte donc à l’incompréhension, tant des oppresseurs que des opprimés. Tout deux présentent, en effet, une structure mentale hiérarchiste, profondément enracinée dans le monde antérieur à l’apparition de l’islam. C’est d’ailleurs pourquoi les musulmans n’ont pas encore compris le concept d’égalité des citoyens et la notion de droits de l’humain. Et pourquoi ils demeurent incapables de rendre justice à la femme, dont la contribution au développement équilibré leur serait pourtant très utile…

 

 

 

L.B.

Djahazi 04   COMMUNIQUÉ n° 48 / mars  2009
Une République Comorienne Laïque  !?


Ali dresse un tableau comparatif des avantages offerts par un pays, d’une part sous une Constitution laïque et d’autre part sous une Constitution religieuse. Il a opté pour une Loi Fondamentale laïque. Pourquoi donc ?            (voir p. 405, 452, 583)
 

CHAMP APPLICATION

MODELE LAÏQUE     a)

MODELE RELIGIEUX     b)

Vision générale 1
Vie humaine 2
Vie au-delà 3
Domaine socio-politique 4

Registre relativiste 1/a
Valorisée 2/a
Incertaine, incompréhensible 3/a
Religieux et politique séparés 4/a

Registre absolutiste 1/b
Dévalorisée 2/b
Dominante, directrice 3/b
Religieux et politique indissociés 4/b

Extension 5

Communauté humaine générale  5/a Communauté religieuse  référence 5/b

STATUT
Egalité en droit 6
Citoyen 7
Femme 8
Enfant 9
Convictions 10


+  (mais encore théorique ?) 6/a
Hors classe sociale (en théorie) 7/a
Pleine citoyenneté 8/a
Hors circonstances 9/a
Hors convictions 10/a


-  /  hiérarchie généralisée 6/a
Hiérarchie culturelle héréditaire 7/a
Citoyenneté réduite au sexe 8/a
Exclusion de l’enfant ‘naturel’ 9/a
Inégalité selon convictions 10/a

LIBERTES
Homme  11
Femme 12
Enfant  13
Homosexuel  14
Individu   15
 


Choix relatif en politique 11/a
Droit au travail 12/a
Influence familiale 13/a
Vers la reconnaissance juridique 14/a
Liberté d’expression politique et  religieuse, de choisir et changer 15/a


Sujétion à régime autoritaire 11/b
Activités confinées au foyer 12/b
Obéissance rigoureuse 13/b
Discrimination, insécurité 14/b
Absence de liberté et de choix 15/b
Exposition du dissident  aux PV

Responsabilités 16
Solidarités   17
Emploi du temps 18

Individuelle, pleine 16/a
Librement choisie 17/a
Temps sacré / temps profane 18/a

Collective  atténués ou aggravée 16/b
Mécaniquement obligatoire 17/b
Temps religieux continu 18/b

Relations des Genres  19

 

Mixité sexuelle 19/a
Mariage hors communauté possible
 

Répartition sexuelle des activités 19/b
Séparation des espaces > discriminations

Education  20
Intelligence 21
Lettre et Esprit  22
Caractère du Droit  23
Techniques  24
Sciences, Recherche 25
Structure Mentale 26
Expression Artistique 27
 

Dirigée mais ouverte à critique 20/a
Stimulée  > pensée vivante 21/a
Effort vers compréhension 22/a
Evolutif, dynamique 23/a
Innovante, adaptative 24/a
Programmatique, critique 25/a
Ouverte, souple 26/a
Audacieuse, irrespectueuse 27/a
 

Conditionnée, dogmatique 20/b
Obéissante, conformiste, figée 21/b
Formalisme rigide,’ lettrisme’ 22/b
Statique, immuable 23/b
Fixiste, régressiste 24/b
Etroitement encadrée, limitée 25/b
Limitée à cadres appris 26/b
Interdit sur images/musique profane 27/b


Le modèle laïque, théoriquement supérieur, était loin d’être pleinement mis en pratique en France, par exemple. Seul un socialisme authentique permettait de le faire vivre réellement.

L.B.

 

 

 

Djahazi 04   COMMUNIQUÉ n° 47 / 20  mars  2009
Mouhammad  comme Modèle

 

On ne peut qu’être frappé par la ressemblance des situations vécues par l’Arabe du clan des Qoraïch à La Mecque et par le Comorien qui a grandi à Ntsoudjini et à Madagascar… Nous traitons cette question sur le seul plan politique qui concerne directement Komoro.

L’un et l’autre se sont trouvés en position relativement marginale dans leur milieu (p.10)

Ils avaient un vif sentiment de frustration et étaient très sensibles à l’injustice (voir p.9)

Ils bénéficiaient d’une capacité intellectuelle au-dessus de la moyenne (p.447, 645) et donc exerçait une grande influence sur leurs proches.

Ils caressaient un projet grandiose, celui de créer une nation, à partir de tribus guerrières aux valeurs féodales  qui vendaient leurs services aux deux impérialismes en place (573).

Ils consacraient une partie de leur temps à la méditation et à la réflexion et savaient se distancier de l’action en cours (p.345).

Ils ont fait preuve d’une habileté et d’une ténacité peu communes (p.369-370) sans lesquelles ils n’auraient pu parvenir à leurs fins.

Ils ont rencontré une opposition féroce (p.283-310) et auraient pu échouer dans leur projet.

Ils se sont efforcés de faire apparaître une conscience nationale qui demeure fragile…

Ils ont passé plus de temps comme opposants au pouvoir établi qu’au pouvoir, comme chef d’Etat.

Ils ont mis en place des institutions nouvelles, de nature à favoriser une vie sociale et économique dont nul ne serait exclu…

Naturellement, on ne peut comparer le renom mondial de l’un avec la petite notoriété locale de l’autre. Mais cela tient, pour l’essentiel, à des raisons d’impérialisme religieux, repris par de nombreux pays. Si Mouhammad a finalement réussi à rassembler les Arabes autour d’un projet unique, il n’est pas certain qu’il ait conçu et encouragé l’élan d’un impérialisme arabe. Même s’il s’est posé, en sont temps, comme un rival des trois religions/idéologies dominantes : judaïsme, christianisme oriental, mazdéisme persan…

Mais Ali, de son côté, forge un socialisme nouveau qui se distingue du stalinisme, du maoïsme et du castrisme. Il s’avère un dirigeant guide pour l’Afrique qui, cependant, n’a pas connu réellement son parcours et son programme. A cet égard, la décennie de dénigrement de son bilan et de sa personnalité a porté ses fruits…

Ali avait certainement pris conscience de ce parallélisme de sa vie et de celle du prophète. La vie de Mouhammad Abdallah (Mahomet) a sans doute inspiré, pour une part, sa propre action. Mais Ali était bien un homme du 20ème siècle  il pouvait s’appuyer sur les acquis de la civilisation scientifique et technique, apparue depuis deux siècles seulement. En cela, il était très supérieur aux perroquets verts, aux perroquets rouges et même aux perroquets bleus qui dominent actuellement la scène mondiale…

 

S’il n’a pu réussir, néanmoins, à fonder Komoro, faute d’avoir disposé de suffisamment de temps, il faut se demander : ‘A quoi cela a-t-il tenu ? Ali a-t-il échoué (p.667) et, s’il y a eu échec, où faut-il le situer ?’  Nous avons tenté de répondre à ces questions (p.645-669).

             Et que voulait dire le Guide par sa formule : «Le véritable juge, c’est l’Histoire !» (p.395 ; voir aussi le communiqué n° 17)

L.B.

 

 

 

Djahazi 04  COMMUNIQUÉ n° 46 / 15  mars  2009

Quelle Politique Etrangère  pour Komoro ?

En deux ans et demi de pouvoir, de janvier 1976 à mai 1978, Ali Swalih a dessiné, par ses actes, ses analyses et ses directives, une carte ‘lisible’ de ses relations avec les divers pays du monde. En ce domaine, le Chef du nouvel Etat a dû improviser, puisque les affaires étrangères étaient du ressort exclusif de la puissance coloniale (p.231). On peut tenter de reconstituer son attitude vis-à-vis de chaque pays :

Afrique du sud : aucun compromis de fond n’était possible avec le pays de l’apartheid mais Ali était prêt à utiliser une tactique souple, à la Houphouët-Boigny

Arabie : la doctrine obscurantiste des wahabites de la famille Saoud, exportée dans tout l’espace islamique au moyen illimité de l’argent du pétrole, est le modèle de l’islam féodalo-bourgeois qui augurait mal des relations internationales dans le monde. Là encore, l’Histoire aura donné raison à Ali, puisque les semeurs de mort proviennent justement de ce terreau          . C’est là une nouvelle illustration de la tragédie en islam qui a vu les partisans d’Al-Ghazali faire disparaître les humanistes, partisans d’Al-Farabi et Ibn-Rouchd (p.432-435)…

Algérie : la guerre d’indépendance (1954-61) avait été héroïque et la République algérienne s’institua le protectrice des mouvements de libération. Mais très vite, elle se fit militariste et bureaucratique, patriarcale et misogyne (p.271). Les héros s’entretuèrent et le peuple (notamment les jeunes et les femmes) fut abandonné à la misère et aux islamistes fanatiques…

Burkina-Fasso : Thomas Sankara est celui qui est le plus proche d’Ali par ses qualités et ses idéaux (p.503). C’est d’ailleurs pourquoi il a été assassiné par la bande des quatre…

Chine : Le modèle de développement agraire à la chinoise  inspire la révolution comorienne ; on retrouve de nombreux termes lancés par le Président Mao mais ils sont adaptés aux réalités comoriennes et n’entraînent pas les mêmes violences (p.265, 521).

Côte d’Ivoire : peu de sympathie pour le Président Houphouët mais (voir Gabon) ;

Cuba : Ali se sent proche, certes, de ce pays et de sa révolution  mais, reprenant l’analyse de R.Dumont, il estime que leurs dirigeants du pays tendent à oublier les conditions réelles de la vie du peuple. Et le cadre militaire auquel est contrainte l’île, sous la menace permanente d’une intervention de la C.I.A., ne favorise pas la pratique d’une véritable démocratie égalitaire (p.267).

Etats-Unis : le pays du capitalisme forcené et de l’impérialisme interventionniste partout dans le monde, apparaît comme le modèle repoussoir. Il a d’ailleurs été édifié sur le génocide de plusieurs tribus autochtones et sur l’exploitation d’une main d’œuvre captive.

France : En maintenant son occupation du territoire comorien, la puissance coloniale devient ‘l’ennemi principal’ de Komoro (p.562-563) mais Ali vise la classe dirigeante et les gouvernements français, non pas le peuple français qui ne connaît pas le dossier…

Gabon : nulle proximité avec le corrompu O.Bongo mais des relations correctes, pour son poids auprès de l’Elysée, dans l’espoir de faire avancer le dossier ‘Mayotte’.

Madagascar : la tragédie de Majunga, en déc. 1976, (p.279) a ruiné la qualité des relations entre les deux pays et les deux Présidents nationalistes et anti-colonialistes.

Palestine : la solidarité avec ce pays fut une constante et un principe ; elle se fondait sur la proximité culturelle mais aussi et surtout, sur le refus de toute occupation et oppression…

Sénégal : Ali reçoit le Président Senghor (p.282) qui lui apporte le meilleur soutien diplomatique et juridique, et lui envoie des enseignants coopérants.

Seychelles : Ali est très proche du Président A.René et le lui fait savoir (p.416)

Somalie :   ce pays est un exemple de dépendance dans l’indépendance (p.227)

Tanzanie : l’étroite coopération nouée avec ce pays n’entraîne aucune subordination ni même influence. Ali a élaboré depuis longtemps sa théorie politique (Fikira Mchindji…

Tunisie : Ce pays frère envoie des coopérants et reçoit des stagiaires comoriens…

U.R.S.S. :  Ali entend conserver la pleine maîtrise de sa politique et se montre très réticent à toute ingérence soviétique dans son pays (p.269, 638)

Viêt-Nam : la lutte héroïque de ce peuple est un exemple stimulant pour toutes les nations (p.267)

Le Guide de la Révolution a défini (p.352) les bases théoriques et les objectifs pratiques de sa politique étrangère. Il l’a nommé le ‘Neutralisme Positif’, une attitude de non-alignement systématique et d’indépendance sourcilleuse (p.601). Mais cela impliquait pour les Comoriens, rigueur, dévouement, sobriété, efficacité, confiance en leurs moyens, autant de qualités incarnées par Ali mais à peu près inconnues en régime féodal puis colonial…
 

 

 

Djahazi 04 COMMUNIQUÉ n° 45 / mars  2009

La Stratégie Economique d’Ali Swalih
 

Elle reposait sur quatre angles, tel qu’il ressort du ‘Plan Quinquennal de Développement’ (Poula Mwendeleyo) :
1/ La production de biens n’a d’intérêt que si elle profite, directement ou indirectement, aux producteurs de ces biens. L’économie n’a de légitimité que si elle est mise au service du social et de la nation, donc de l’intérêt général. Tout progrès économique doit être ressenti, dans le domaine des services rendus au peuple : sécurité, nutrition, santé (préventive et curative), éducation (initiale et continue), formation professionnelle, habitat, emploi, niveau de vie…
2/ Le développement ne peut être assuré qu’à partir d’unités de production viables. C’est pourquoi les vastes domaines ex-coloniaux devaient être nationalisés mais non privatisés et morcelés pour complaire aux marchands de biens fonciers. Naturellement, la classe dirigeante comorienne et ses affidés se sont empressés de casser l’instrument de production. L’administration française en a fait de même, à Mayotte, en laissant les habitants se partager les dépouilles du domaine de Dzoumonié, au nord de l’île. Il devait pourtant servir à un grand projet de relance de la production sucrière. 
Par ailleurs, le travail sur les unités de production, doit être organisé et confié à des familles formées et encadrés par des techniciens agricoles de haut niveau, de manière à ce que la production augmente et puisse satisfaire les besoins.
3/ La diversification des cultures et des activités permet, seule, d’éviter la dépendance économique et politique ; il fallait donc trouver un nouvel équilibre entre cultures vivrières (qui assurent l’alimentation de la nation) et cultures commerciales, exportées directement ou indirectement (qui rapportent des devises au pays et lui permettent de s’équiper). 
Le développement du secteur primaire (agriculture) doit servir à lancer le démarrage du secteur  secondaire (agro-industrie ou transformation des produits du pays en jus de fruit, confection de confitures, fruits confits, fruits en boîte…).
4/ Les communes populaires (moudiriya) veillent à organiser la production et  font en sorte que soit réalisé le plein emploi, notamment des jeunes et de leur famille. Les travailleurs dont les femmes font naturellement partie, sont rétribués individuellement et à proportion de leurs efforts et de leur production… Du même coup, se trouve enrayé l’exode rural, toujours préjudiciable à l’aménagement du territoire.
Le rôle de l’Etat est important : dans l’orientation générale de la production, dans la stimulation du travail par l’ouverture de crédit aux unités de production, dans l’exportation des produits et l’importation des biens d’équipement, dans l’utilisation des dons et prêts en provenance de pays amis (mais non directeurs).
L’Etat n’étant qu’un instrument, il faut que les responsables de son fonctionnement soient irréprochables et, à tout moment, révocables. Ali avait prévu que le peuple aurait tout à fait le droit (et même le devoir) de contrôler l’emploi des fonds publics et de révoquer, non seulement les fonctionnaires défaillants,  mais jusqu’aux ministres et au Chef qui ne seraient plus dignes de sa confiance…
Il s’en suit que les comptes de la nation doivent être transparents et portés constamment à la connaissance du peuple qui pourra en discuter l’emploi et intervenir sur la répartition des fonds, selon la conjoncture, les besoins, les objectifs.
 

Contrairement à l’adage qui affirme que ‘le pouvoir corrompt’, Ali a montré que, dans son cas personnel, le pouvoir épurait et transformait pour le meilleur. Revoyons, à cet égard,  le film néo-réaliste italien ‘Le Général della Rovéré’ que réalisa R. Rossellini, en 1959…

L.B.

 

 

 

Djahazi 04 COMMUNIQUÉ n° 44 / 10 février 2009

Le Peuple a-t-il Compris Ali Swalih ?

 

Entre le grand lecteur et penseur, d’ailleurs porté vers l’action et l’expérimentation, qu’était Ali et un peuple aux prises avec les tâches quotidiennes de la vie rurale, maintenu dans l’ignorance par des chefs de clan aux visions bornées et ‘intéressées’, l’écart était forcément considérable…

Ceux qui ont suivi et soutenu le Guide, l’ont fait souvent par admiration pour un nationaliste sincère et pour une personnalité dynamique, sans toujours saisir le fond de sa pensée et de sa théorie.

Le Chef d’Etat socialiste devait donc accomplir une lourde tâche d’explication, ce qu’il fit par l’oralité et par l’écriture. Il employa la canal de la radio nationale pour sensibiliser le peuple aux travaux en cours, au plan poursuivi, aux étapes à atteindre, aux valeurs nouvelles à défendre. Cette action fut servie par ses qualités exceptionnelles d’orateur (v. pages bleues et p.476-485)

Mais le verbe socialiste n’a nul effet, s’il n’est suivi d’action en cohérence avec lui. C’est parce qu’il était ainsi soutenu que le verbe d’Ali est resté et restera dans les mémoires.

Le peuple baignant dans la tradition orale, c’est par ce canal que le Chef de l’Etat exerça le plus d’influence. C’est d’ailleurs lui qui poussa l’expression autonome des chanteurs (les ‘Joujoux’, ‘FolKomor’…), les auteurs et metteurs en scène de théâtre (Sultan Chouzour, Damir Ali,   ) les animateurs culturels des émissions Habari za Bavou et Milanantsi-Ugangui (v. p.198 à 279)

Mais Ali savait bien que seuls restent et demeurent les écrits ; c’est pourquoi il n’a pas manqué de faire transcrire ces livrets d’initiation économique et sociale que sont ‘Madouhoul’ (p.116), ‘Raassoul-Mali’ (p.144), ‘Mlimadji’ (p.166) et aussi les premières émissions du soir, diffusées une fois par semaine et intitulées ‘Milanantsi-Ugangui’…

D’ailleurs, les petits livrets trouvèrent tout de suite leur emploi dans la campagne d’alphabétisation des adultes (p.509), lancée en octobre 1977.

Et cependant, on ne peut dire que le peuple ait clairement compris les intentions exactes du Guide et le programme précis qu’il commençait à mettre en chantier. A cela, plusieurs raisons :
1/ la principale est citée en page 651 ;
2/ l’opposition féodalo-bourgeoise conserve le pouvoir intellectuel et conceptuel, construit et renforcé depuis 4 siècles, et peut donc tourner en dérision le message socialiste que sa nouveauté même  rend paradoxal. En sorte que, même pendant la Révolution, le peuple se trouve plongé dans la confusion et  ne sait plus à quel saint se vouer…
3/ Après la restauration de 1978, le pouvoir s’attache pendant 11 ans à dénigrer le ‘fou de Mroni’, et s’efforce de redorer son blason, à l’ombre de la corruption et des armes de la garde présidentielle mercenaire. La classe dirigeante en profite pour renforcer son pouvoir économique et se saisir des principaux leviers politiques.
4/  Il veille d’ailleurs à multiplier les particularités, de manière à pouvoir empêcher la montée d’un sentiment national qui pourrait se retourner contre lui.
5/  Les obstacles mis à l’éducation des citoyens ruraux est une bonne illustration de l’intérêt que trouve la classe dirigeante à retarder leur prise de conscience du caractère ‘classique’ de la société féodale et bourgeoise.
6/ La séparation rigoureuse des sexes, la célébration des fêtes et danses coutumières, le repli vers l’obéissance aux chefs politico-religieux   font partie du dispositif général visant à maintenir Komoro, hors des enjeux actuels et des progrès socio-politiques possibles et ouverts aux peuples exploités et méprisés.

Comprendre la pensée théorique et le comportement d’Ali Swalih requiert un réel effort.

L.B.

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 43 / 30 janv 2009

L’Occupation Silencieuse                                                   (p.362 / 383 /

 

Le dernier Chef de l’Etat Comorien qui ait posé le pied sur la partie occupée du territoire national, à savoir l’île Maorè/Mayotte, s’appelait … Ali Swalih ! C’était le vendredi 21 novembre 1975 (v. p. 338). La ‘marche rose’ était pacifique et le Guide fut menacé et humilié par les militants du Mouvement Mahorais. Mais il avait eu le courage de l’entreprendre, comme un prolongement logique du succès diplomatique éclatant, obtenu le 12 novembre : l’admission à l’O.N.U. de la République des Comores, comme 143ème Etat membre, dans sa consistance territoriale des quatre îles.

Seule la construction d’un Komoro indépendant permettait de soumettre l’occupant à une pression internationale constante et de fragiliser les gouvernements français successifs.

Depuis la chute d’Ali, malheureusement, la situation s’est énormément aggravée, par la faute principale. des autorités françaises sans doute, mais aussi des gouvernements comoriens successifs. Ahmed Abdallah n’avait pas su empêcher la mutilation, avant 1975. Mais, de 1978 à 1989, il a gardé sa liberté d’expression et n’a cessé, par ‘la guerre de la salive’, de réclamer le retour de Maorè dans le giron national. En retour, les organisations internationales lui avaient apporté un soutien constant et la position du Gouvernement Comorien demeurait crédible, malgré la présence de mercenaires, honnis en Afrique…

Ensuite, et depuis le Président Djohar jusqu’au régime actuel, la question de Mayotte fut repoussée à l’arrière des préoccupations et actions des autorités. S.Mohamed Djohar faillit même être renversé, pour avoir négligé de s’y intéresser suffisamment. Cependant, la question demeurait posée devant les instances nationales…

Les erreurs ou maladresses de Mohamed-Taki provoquèrent la sécession d’une faction de Ndzou’ani qui, par son action, renforça objectivement  le courant et l’influence des séparatistes maorè.

Le militaire Assoumani Azali, lui, s’efforça de rétablir les ponts entre les îles mais ce fut aussi pour se laisser circonvenir par le Ministre des Affaires Etrangères Villepin qui déclarait ,  le 16 octobre 2.002 :

«La position des autorités comoriennes évolue /. Ainsi la question de Mayotte n’est plus traitée aux Nations Unies. Les responsables des Comores ont accepté / de ne plus demander de débat ni de prendre de résolution sur ce sujet. »           

                                                                                                                          Il aurait mieux valu parler d’irresponsables !

Dès lors, l’opinion internationale, déconcertée, put penser que les autorités et le peuple comoriens s’accommodaient de la situation et de la mutilation. De vagues discussions franco-comorienne étaient encore censées évoquer le litige, mais c’était à huis clos et on y parlait, en fait, de questions différentes et, sans doute, de gros sous…

Nulle part depuis lors, on n’entendit ni ne lut, officiellement, le terme d’OCCUPATION illégale d’une partie importante du territoire comorien. Et lorsque les manifestants apparurent à May, en 2.008, ce ne fut pas pour réclamer le retour  de l’île au giron comorien mais pour demander l’expulsion du séparatiste Mohamed Bakar ! C’était bien mais ne portait pas sur l’essentiel…  Personne n’ose appeler un chat un chat, dans les discours officiels !

Finalement , la responsabilité des autorités politiques comoriennes sera lourde devant l’Histoire, ce juge ultime, pour

1/  avoir retiré de la tribune des Nations Unies le dossier central de l’occupation de Mayotte ;

2/  avoir marchandé leur silence contre des avantages matériels et financiers ;

3/ n’avoir pas compris la psychologie des autorités françaises ; elles ne sont pas sensibles au verbe fleuri, aux salamalecs et aux ronds de jambes. Les Maorè l’ont bien compris qui n’ont cessé de les harceler, pour obtenir des avantages et des ‘nourritures terrestres’ de plus en plus nombreux ;

4/ n’avoir jamais mené campagne cohérente auprès des Etats qui composent l’Union Européenne ;

4/ avoir, par cette passivité, favorisé objectivement toutes les velléités séparatistes puisque, maintenant,  certains Ngazidja se mettent aussi de la partie ;

5/ être à l’origine de la mort par noyade de centaines ou de milliers de Comoriens, dans les eaux territoriales de leur pays, alors qu’il faudrait au moins veiller à ce qu’ils soient équipeés d’un gilet de sauvetage, avant leur départ ;

La maladie comorienne demeure la faiblesse du sentiment national et de l’engagement au service de la construction de Komoro. Un Chef d’Etat de la trempe d’Ali Swalih se serait saisi du projet de consultation des Maorè pour haranguer toutes les nations du monde et attirer leur attention sur ce scandale persistant que constitue cette occupation trentenaire. Il est vrai que, lui vivant, l’occupation n’aurait pas pu durer aussi longtemps…

 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 42 / 10 janv 2009

L’Islam Humaniste

Si l’islam a été si bien accueilli et si vite embrassé par tant de populations et de peuples, entre 622 et 655 J.C., c’est sans doute qu’il leur apportait quelque chose de  précieux. Aux tribus arabes du Hedjaz, une vision plus large qui leur rappelait la période des royaumes du Yémen. Aux grandes cités d’Arabie d’abord, puis d’Egypte, de Perse, de Syrie et de Mésopotamie, l’assurance d’une protection, à l’abri de laquelle la vie intellectuelle et artistique pouvait s’épanouir. Aux sociétés de la cruauté,  des bornes et des limitations à l’oppression des faibles par les forts :
                                                             «Ne tuez pas vos enfants par crainte de la pauvreté. » [S.6 v.151]

Les versets déplorent, d’ailleurs souvent, la situation et les mœurs des Arabe du temps ; ils  dénoncent les vaniteux et les avares    ---                              
«Ils sont remplis d’ostentation et se refusent à  procurer aux hommes le nécessaire. »  [S.107 v.6-7]    ---  
les cupides    ---       «Vous aimez les richesses d’un amour sans bornes. »  [S.89 v.20]          ---
les injustes     ---     «Les femmes répudiées ont droit à une pension convenable. » [S.2 v.241]       --
et dispensent des recommandations raisonnables et bienveillantes qui doivent construire la cité islamique :
                                « Ne suivez pas les passions au détriment de l’équité. » [S.4 v.135]
« La voix ascendante ? C’est  nourrir, en un jour de famine, un proche parent orphelin. » [S.90 v.12-16]
« Soyez bons à l’égard de vos parents, de vos proches des orphelins, des pauvres. » [S.2 v.3]
         «Remettez aux femmes une part de ce que leurs parents et leur proches ont laissé. » [S.4 v.7]

Ali Swalih connaît bien le contenu du livre et en a clairement repéré l’inspiration humaniste ; l’ancien ministre Mikidache Abdourahim (v. p.532) se souvient :

 «Quand Ali entendait lire le Coran, il était en recueillement quasi-total. // Il y a un verset qui le touchait beaucoup, c’est celui qui concerne l’équilibre de l’univers. Et  il y en avait un autre, c’est  ‘Lequel  des bienfaits de D     ieu nierez-vous ?’  Chaque fois que je lisais ces versets, le le voyais en larmes ou presque… »

C’est cette inspiration qui retient l’attention d’Ali, et non les deux autres qui la dominent et défigurent l’islam. C’est elle qu’il veut promouvoir, de manière à
                                                        ‘remettre l’islam sur le droit chemin.’  [oct 1977].

C’est pourquoi il  ne s’est fixé qu’un objectif politique : améliorer la situation sociale du grand nombre des citoyens de son pays. Il voit dans un islam épuré et rénové la fondation sur laquelle il pourra édifier une convergence entre les gens de bonne volonté, quelles que soient leur appartenance et leur provenance de départ.
Il n’y a donc pas d’incompatibilité fatale entre socialisme et islam, contrairement à ce que prétendent les féodaux et les bourgeois opportunistes.
          «La foi sincère du révolutionnaire et la foi sincère du croyant sont indissociables. »  (p.355)
Mais les deux doctrines ne peuvent se rencontrer que si elles confluent dans l’humanisme, c'est-à-dire dans un ordre politique où l’individu citoyen est appelé à jouir de tous ses droits et à assumer tous ses devoirs.
Ali, prisonnier, passe ses derniers jours à relire le Coran. Il estime avoir fait tout son possible et tout son devoir, au service de son peuple. Il est prêt à affronter le jugement de l’Histoire qui lui paraît valoir répétition du Jugement dernier dont parle la religion…
                                                                                                                                                                           L.B.

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 41 / 31 dec 2008
L’Analyse Intra-Coranique

Le Livre de référence des musulmans n’a été fixé, dans sa composition actuelle, qu’en 935 J.C., soit 100 ans après la disparition de Mouhammad Abdallah. Les Moutazilites (rationalistes) l’ont déclaré créé et ont interdit qu’on le considère comme incréé. Les Ach’arites (fidéistes) qui leur ont succédé ont, au contraire, décrété qu’il était incréé et ont interdit qu’on le considère comme créé. On voit que les deux parties ont gravement nui aux peuples et à l’intelligence, en entravant  et en paralysant le libre jeu de l’esprit critique et examinateur et en instaurant la prohibition et donc la violence, là où devrait opérer la liberté de recherche et de réflexion…

Dans la situation fidéiste actuelle, les musulmans disent donc le Livre incréé, ce qui augmente leur terreur et la paralysie de leur esprit. En effet, si l’Enoncé (Qour’ani) est divin, alors, il est intouchable et inexaminable, en droit et en théorie. C’est aussi pourquoi les traductions ont été longtemps interdites…
             «L’écrit arabe est sacré. Avant de toucher le Coran, il faut d’abord se purifier, faire ses ablutions.» [Ousséni M. 1997]

Mais, dans ces conditions, comment pourrait-on résoudre la question des contradictions internes au texte ? Par exemple, si on accueille  ‘Nulle contrainte en religion’ (S.2 v.256),  comment peut-on mettre à mort  un compatriote qui a décidé de changer de religion ou de quitter sa religion, comme c’est le cas aujourd’hui en Arabie du clan Saoud, où l’apostasie est un crime majeur ?    On pourra toujours invoquer d’autres versets :
                                                ‘Ils ont cru tout d’abord  /  ils sont ensuite devenus incrédules. / Que Dieu les tue !’ (S.64 v.3-4)

Mais de ces deux versets contradictoires, lequel l’emportera, en droit ? On a eu, certes, recours à la théorie des versets abrogeants et des versets abrogés :
                                                                                        ‘Dieu abroge ce que lance le Démon.’ (S.22 v.53)

Mais alors, pourquoi ne pas avoir fait disparaître le verset abrogé ? Cela renforce, en tous cas, l’idée que le Livre n’est pas homogène, qu’il n’est pas animé par une seule inspiration…
En témoigne aussi, l’impasse qui nie les libertés et les responsabilités de l’humain :
                                                                           ‘Mais  vous ne le voudrez  que si Dieu le veut.’ [S.81 v.29]

Dans la pratique, en tous cas, il y a toujours eu des interprétations concurrentes du Livre sacré. La preuve en est, par exemple, que dans certains pays, on coupe la main du voleur (Arabie Saoudite, Soudan, Mauritanie…) et dans d’autres non. Les grandes écoles juridiques, également, n’ont pas exactement la même approche du contenu du Livre...

Cela montre bien, finalement, que les humains sont libres, donc responsables du fonctionnement de la société dans laquelle ils vivent.
On voit mieux, ainsi que, dans un pays où la société accepterait l’émergence de l’individu citoyen, la recherche exégétique pourrait se déployer, avec un grand profit pour les peuples. C’est, d’ailleurs, pourquoi on peut avoir de grands espoirs, en Europe, où les intellectuels sont libres de forger l’islam humaniste qu’Ali Swalih avait mis en chantier, dans la perspective de la construction d’un pays nouveau, Komoro.
                                                                                                                                                                          L.B.

 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 40 / 26 dec 2008

De l’Éducation Coranique      (voir communiqué n° 26)

Les Comoriens sont généralement très satisfaits de leur passage par l’école coranique ; cela prouve, en tous cas, l’efficacité de cet enseignement qui revient, en fait, à conditionner et à formater l’esprit des enfants, en sorte que, plus tard, les adultes se trouvent dans l’incapacité de conduire une analyse intra-coranique (= de porter un regard critique sur le contenu du Livre).

C’est aussi le premier lieu où on commence à séparer les genres (masculin et féminin), à proclamer l’infériorité de la femme, avant  d’organiser la ségrégation sexuelle. On peut alors, sur cette lancée, et sans difficulté, inculquer la soumission des esprits et leur obéissance à l’ordre socio-politique établi… Pour obtenir cette ‘obéissance entière et de tous les instants’, le répétiteur coranique (foundi wa choni), approuvé par les autorités et soutenu par les familles, recourt  non seulement aux visions terrifiantes   
« Des vêtements de feu seront taillés pour les incrédules. On versera sur leur tête de l’eau bouillante qui brûlera leurs entrailles et leur peau. Des fouets de fer sont préparés à leur intention. »  [S.22 v.19-21]    
       « Des Anges gigantesques et puissants  se tiendront autour de cette Fournaise. » [S.66 v.6]   
            mais encore aux coups et autres châtiments corporels               –
             « Le foundi procède par impression,  /   pression  /   et répression. » [Ousséni M.]      –  ,

au développement de la mémoire   et  aux réflexes conditionnés  (p.88) :
                  « La restitution des sourates se fait par cœur, / sans compréhension de l’arabe classique. » [Ousséni M. p.34]

Nul espace ne reste  à la recherche, à la curiosité :   ‘Voici le Livre. Il ne renferme aucun doute’ (S.2 v.2)

Et d’ailleurs, le ‘maître’ obtient les résultats attendus : les enfants grandissent dans la peur    
                                         « Je crains, si je désobéis à mon Seigneur, le châtiment d’un Jour terrible. »        

et obéissent, rigoureusement, mécaniquement et indistinctement, aux ordres reçus, répétant les formules qu’ils croient conjuratoires : avant de manger, après le nom du Prophète, après l’évocation d’un projet d’action, etc…
                                                                    Et la peur continuera de poursuivre l’adulte, pendant toute sa vie, d’autant plus que son ‘Dieu’ n’est pas seulement redoutable, Il est aussi imprévisible :
                                                                    ‘Il pardonne à qui il veut ;  Il punit qui il veut.’ (S.2 v.84)

Mais Ali Swalih est d’une autre étoffe ; il n’aime pas obéir, ignore la peur, utilise l’exercice de la mémoire, sans doute, mais compte, d’abord, sur l’intelligence. Si tout vient de Dieu, l’intelligence en procède aussi. Pourquoi donc préfèrerait-on développer l’apprentissage automatique, plutôt que la réflexion ? Si on veut se rapprocher de Dieu, comment pourrait-on mieux le faire qu’en cultivant son esprit ?  Même si cela paraît inutile à un fidéiste qui vit dans un monde clos :           ‘Voici la Vérité absolue !’

Pour s’adapter au monde en mouvement et pour travailler au bonheur du peuple et des peuples, il faut résoudre les questions qui se posent concrètement et recourir à une réflexion critique (= analytique). Cela implique d’actualiser ses connaissances et ses savoir-faire. Ce n’est pas l’école coranique qui pourrait le permettre. Essentiellement répétitive, elle est plutôt à l’origine du formidable retard intellectuel et moral, accumulé par les habitants des pays islamiques (p.546-547) …
               Le Guide conçoit donc une autre éducation pour laquelle les répétiteurs coraniques pourront être employés, mais essentiellement pour l’apprentissage de la langue et de l’écriture arabes. C’est pourquoi l’Etat socialiste a commencé par intégrer et rémunérer ces agents qu’il faudra ré-éduquer et former, dans une perspective nouvelle…
 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 39 / 16  dec 2008
De la CONDITION FEMININE


Si un mari jaloux décide d’enfermer sa jeune et jolie épouse et de la frapper, quand bon lui semblera, tout citoyen en sera choqué, les parents de la victime interviendront et les autorités,  saisies du litige, demanderont des comptes au tyran domestique…

Mais, si c’est un dieu qui s’adresse directement au jaloux et lui recommande ou même lui ordonne cette pratique
     
«celles dont vous craignez l’infidélité, reléguez les dans des chambres à part  et frappez-les.»   S.4 v.34  –

alors là, il aurait tort de s’en priver. Que pourra faire la victime, dans ces conditions, et quel secours pourra-t-elle attendre de la société civile, des juges (uniquement masculins) et des chefs politico-religieux ?
Et si on inculque, très tôt, de telles valeurs et pratiques à des enfants, par définition sans défense, on ne pourra pas s’étonner des conséquences catastrophiques d’une telle éducation, dite ‘coranique’ :

      « Quand on a appris, dés l’enfance, à mépriser les femmes, // » [Fadéla Mrabet 1964]
      «Les mères algériennes se font un devoir de battre leurs filles, pour les habituer à la soumission. » [G.Tillon 1996]
      «Traités en dieux dès leur berceau, / jamais contrecarrés en rien, ils arrivent à l’âge d’homme  démunis comme de      nouveaux-nés  / [au moment de leur] rencontre avec le réel. » [D.Fernandez]
      « Cette aliénation [de la femme] / cause à l’enfant des préjudices multiples et irréparables,  / paralyse toutes les évolutions, / diminue le potentiel actif de la nation, /  ralentit ou enraye le progrès. » [G.Tillon]

Seule donc, l’analyse intra-coranique à laquelle s’est livré Ali Swalih permet de surmonter la difficulté rencontrée et d’y voir clair  : on trouve, en effet, dans les livres dits ‘révélés’, de nombreuses traces de l’ordre patriarcal qui règne encore sur le monde et qui a été instauré vers – 6.000 J.C. environ, lors de la fondation des premières Cités-Etats,…
      « Dans les campagnes grecques, l’épouse soupçonnée d’adultère est obligatoirement  renvoyée / dans sa famille où,  au nom de l’honneur, son propre père  / doit la tuer. »  [G.Tillon 1966]

Cet ordre patriarcal et gérontocratique (grec geron = vieillard) n’a évidemment pas été créé par les réformateurs Moïse/Moussa, Zarathoustra, Jésus, Mahomet, Marx. Ils l’ont trouvé en place et il est normal que ces inspirations soient encore présentes dans l’esprit de ces prophètes.

La stricte séparation des espaces (et des activités), telle qu’elle prévaut en islam – un espace réservé aux humains masculins et un autre espace dévolu aux humains féminins – qui fait penser à la politique d’apartheid, en vogue naguère en Afrique du sud et aux sud des Etats-Unis, elle appartient également à cet ordre antique et n’a aucune légitimité…

Mouhammad Abdallah a réformé certains traits de sa société et a amélioré la condition de la femme :  
     
«En rendant obligatoire l’héritage des femmes [voir S.4 v.7], le Livre sacré portait un coup terrible à la tribu.» [GTillon]

Mais il n’a pas pu briser le cadre patriarcal et, après sa disparition, les champions de l’autorité et des abus de pouvoir, ont vite repris le dessus.
C’est pourquoi  Ali Swalih, utilisant la spécificité sociologique comorienne, peut réfléchir :
      «L’émancipation des femmes n’est complète que si elles disposent d’un revenu propre. Par exemple, dans l’agriculture, la femme aura sa parcelle, au lieu de travailler la terre de son mari. » [P.I.Q. p.37]

En situant l’individu citoyen au cœur de sa Loi Fondamentale, il écarte toute discrimination :
      «L’égalité des droits entre l’homme et la femme s’entend aussi bien sur le plan civil et civique que sur le plan effectif de l’emploi et des possibilités de promotion.»
En cela, il rejoint le Président africain qui a fait le plus pour la femme musulmane :
      «J’ai inscrit, en tête des priorités nationales, la réhabilitation de la femme. / Il faut agir sur les esprits, réformer les mentalités rétrogrades. »   [H.B.]

  L.B.

 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 38 / 11 dec 2008
De la DEMOCRATIE en ISLAM


Si un groupe humain ou une catégorie de la population (par exemple, des chefs politico-religieux) annonce détenir la vérité (‘Voici la Vérité absolue !’)  et connaître les volontés de ‘Dieu’ – (‘rien qui ne soit inscrit dans un livre explicite’) –  alors, il sera normal qu’il exerce le pouvoir politique, ‘pour le bien de tous’, et le conserve à jamais, sans y rien changer…
NORMAL que tout désaccord avec lui soit, dès lors, illégitime, illégal, criminel, interdit et puni ;

                     « La monarchie n’est autre chose que la domination violente et le gouvernement par la force. » [Ibn Khaldoun]
NORMAL que la liberté d’expression et donc la presse indépendante   soient hors la loi ;
NORMAL que les questions politiques soient réglées par l’assassinat et les attentats ;
                                                                                                    « Ce n’est pas vous qui les avez tués   mais Dieu ! »
NORMAL que la répression et la violence règnent dans le pays : «Combattez donc les suppôts de Satan !» 
NORMAL qu’abondent les statuts particuliers (femme, dhimmi, apostat, homosexuel, enfant adultérin), conçus pour diviser les citoyens et attenter à leurs droits   – «  et bâtard de surcroît !»  –   ;
NORMAL que l’humain masculin ait tous les droits et l’humain féminin quelques uns seulement ;
NORMAL que les mariages soient arrangés, en fonction des intérêt de classe et de clans ;
NORMAL que l’individu n’ait pas le droit d’émerger et doivent se conformer aux coutumes et aux ordres du pouvoir       –  « Une obéissance continuelle Lui est due. »   ;
NORMAL que le développement de l’intelligence et la recherche scientifique soient perçues comme un danger ;     « C’est au nom de la religion que les Rois ont étouffé leur intelligence. Tout cela a abouti à la mort de la recherche scientifique /  chez les musulmans, / à la paralysie de la pensée dans le domaine politique. » [Ali Abdurrazik 1925]
NORMAL que le niveau intellectuel, technique et moral  stagne, préparant les retards et les infériorités  propices aux agressions impérialistes et aux corruptions financières  ;
NORMAL que la jeunesse soit mieux préparée à l’au-delà qu’à la vie immédiate d’ici-bas  et  que la démocratie soit décrite comme incompatible avec l’islam (féodal)  ;
NORMAL que tout changement, toute novation, soient considérés comme des erreurs, sinon comme des crimes            –   « Depuis près de 9 siècles, la penses novatrice a été étouffée. »  [H.Boularès]    –   ;
NORMAL que le peuple vive sous la tyrannie, dans la misère, la maladie et l’ignorance…
En effet, ce cadre là est un carcan, la fin du politique (de politis = cité) ou art d’organiser la vie en société. Cet islam là, seuls des esprits conditionnés, formatés, terrorisés, peuvent le défendre et l’accepter. Non pas Ali Swalih qui compte sur l’intelligence, la justice et la beauté, et renoue avec Al-Farabi, Ibn Sina et Ibn Rouchd (= Averroès,  évoqué par Youssouf Chahine dans ‘Le Destin’).

Car la religion est chose humaine (‘
Nulle contrainte en religion), contrairement à ce que veulent faire croire les dirigeants et la classe oppressive. C’est ce qu’a expliqué Ali Swalih, par son action et par son combat pour qu’advienne, au sein de l’islam, une véritable DEMOCRATIE  (= pouvoir exercé par le peuple qui choisit librement, après information aussi objective que possible, la voie de développement conforme à l’intérêt général et qui s’y engage dans la pratique).

L’islam d’esprit humaniste, tel que le conçoit le Mwongozi, ne veut pas conquérir par la violence mais rapprocher les citoyens d’une part, les peuples d’autre part que les chefs politico-religieux et les tyrans de tous les pays oppriment et exploitent. C’est pourquoi il conçoit un islam qui converge avec le socialisme, comme le christianisme humaniste a convergé, un moment, avec le socialisme, en Amérique du centre et du sud.

Nous bénéficions en Europe de certains volets de la démocratie mais ne vivons, certes, pas en démocratie, comme la classe dirigeante cherche à nous le faire croire. Encore est-ce seulement sur le papier car, dans la réalité, tous les leviers (politique, économique, financier, juridique, policier,  militaire, médiatique, culturel) sont entre les mains des agents téléguidés par les dirigeants des trusts industriels et des groupes financiers, tous partisans et agents de la ploutocratie  (de ploutos = riches)…

 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 37 / 6  dec 2008
Autre question  posée le 7 novembre :
« Pourquoi   Ali Swalih a-t-il Cherché à Diaboliser
la Société des Notables ? »

‘Au pays des aveugles, le borgne est roi !’  Et nous sommes en 1975.

Comment les borgnes peuvent-ils continuer à régner ? En rendant les gens aveugles. Comment font-ils pour rendre les gens aveugles ? En leur crevant les yeux. Comment procèdent-ils pour crever les yeux du peuple (ou d’une partie du peuple) ? En lui donnant à manger, pendant la saison sèche. Ils lui permettent aussi, pendant cette période, de chanter, danser, rire et oublier…

Mais la saison sèche a une fin et le peuple qui avait fermé les yeux est obligé de les rouvrir. Et là, de quoi s’aperçoit-il ? Qu’il n’a pas de logement correct. Qu’il n’est pas correctement soigné, faute de dispensaires, de personnel infirmier, de médicaments, de nourriture équilibrée. D’ailleurs, ses enfants ne sont pas scolarisés ou quand ils le sont, ils doivent être envoyés dans des écoles payantes, car dans les écoles publiques, les enseignants ne sont pas rétribués et quittent les lieux…

Que reste-t-il au peuple, dans ces conditions ?  Il se tourne vers les marchands d’illusions qui lui vendent  des prières, des vœux (dou’a), des talismans (conjuratoires, propitiatoires, gratificatoires, expiatoires) et des sortilèges (bénéfiques et maléfiques)… Mais il peut aussi se rendre sur la place publique où les grands coutumiards s’écoutent parler. En quoi tout cela améliore-t-il son sort ?

Pendant ce temps, les politiciens professionnels se partagent les gros gâteaux et en donnent des morceaux aux notables des grandes villes qui sont les piliers du a’anda.

Alors, faut-il considérer que ces notables féodaux sont des démons ou des diables ? Ali dit, simplement, que le système a’anda de Ngazidja est nocif  pour la construction de Komoro. Et il en donne les raisons :

1/ Tout le système est mis au service de l’inégalité des citoyens et de l’exclusion des femmes. En plus, il resserre le lien social entre les Ngazidja et desserre la solidarité qui devrait régner entre tous les Comoriens (car les Maorè, les Mwali et les Ndzou’ani ne profitent pas des redistributions du système).

2/ Tout l’argent épargné par les travailleurs ngazidja, souvent expatriés, enrichit les marchands d’or arabes mais ne vient pas s’investir dans le pays, pour le développement économique et social.

3/ Il représente une tentation permanente, pour les bureauticiens de la capitale soumis aux pressions coutumières, de détourner des fonds publics vers le système de gaspillage saisonnier.

Cela ne signifie pas que le a’anda ne présente pas certains avantages. Ce qui est apparu au Guide de la Nation, chargé de construire Komoro, c’est que le système avait plus d’inconvénients que d’avantages. Les Comoriens s’en seraient rendus compte si la Révolution avait pu atteindre le stade du fonctionnement des communes populaires moudiriya. Car alors, la production agricole aurait permis au peuple de goûter les premiers fruits de ses efforts, et cela de manière équilibrée et sur toute l’année…

L.B.

 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 36 / 5  dec 2008
Autre question posée le 7 novembre :
ALI SWALIH était-il anti-musulman ?

Tout dépend de la définition que l’on fournit du mot ‘musulman’ ; au pied de la lettre, cela signifie ‘soumis à Dieu’. La difficulté est que ‘Dieu’ se trouve assez loin des humains et que, déjà sur cette question, le Coran comporte des versets contradictoires ; par exemple :

«Il  n’y a rien qui ne soit inscrit dans un Livre explicite.» [S.10 v.61]
«
Nul autre que Dieu ne connaît l'interprétation du Livre.» [S.3 v.7S.69 v.33]

Mais, ce qui intéresse surtout la classe dirigeante féodale et bourgeoise, aux Comores, c’est que le peuple soit et reste soumis (et obéissant) aux détenteurs du pouvoir. Lorsqu’ils faisaient commerce des humains, les seigneurs féodaux swahili le faisaient au nom de ‘Dieu’ et de leur religion. Pour eux, ‘Dieu’ et le ‘Coran’ étaient des instruments puissants, à leur service exclusif.

C’est pourquoi  Ali a opposé deux inspirations que l’on trouve dans le Coran ;
l’une qui sert (et dont se sert) la classe dirigeante et minoritaire :

«Obéissez à Dieu, au Prophète et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. » S.4 v.59

et l’autre qui sert (et dont peut  se servir) la nation entière et donc le peuple :

«Dieu ne modifie rien en un peuple, avant que celui-ci ne change ce qui est en lui.» [S.13 v.11]


Le second verset affirme, heureusement, que le peuple peut et doit prendre son avenir en mains et naturellement, cela ne convient aucunement à ceux qui veulent continuer à l’exploiter. Justement, Ali considère que tous les humains doivent être égaux, non seulement en droit mais aussi en pratique et cela, autant qu’il sera possible.

Il aspire  donc à un islam humaniste (dans lequel l’individu humain est respectable et respecté)  qui a peu de rapport avec l’islam féodal et esclavagiste qui a régné, pendant plus de 1.000 ans, sur les rives de l’océan indien… Ali Swalih est donc, clairement, anti-féodal !

C’est pourquoi il est un des rares Comoriens à avoir osé conduire une analyse critique intra-coranique (= qui examine le contenu du Coran lui-même). Ce n’est pas un hasard si le drapeau de la Révolution Socialiste ne comporte qu’un tiers de couleur verte ; cela signifie qu’Ali n’a repris et n’agrée qu’une partie de la religion islamique et du Livre.  La Loi Fondamentale (ou Constitution) de la République Comorienne de 1977 affirme, cependant à cet égard, dans son préambule
«son attachement aux valeurs authentiques de la religion islamique» (p.391).

Mais cela signifie aussi que, selon lui, certaines caractéristiques ne sont plus adaptées aux temps nouveaux et doivent être réformées : 1/ le faible niveau intellectuel et technique du monde islamique d’une part ; 2/ l’oppression continue du peuple par une classe dirigeante qui a usurpé le pouvoir, d’autre part.  Il est normal, dans ces conditions, que les deux tiers du drapeau soient recouverts par le rouge du socialisme authentique (qui doit s’appuyer sans cesse sur la science et sur le respect de l’individu citoyen).

Le Guide de la Révolution a donc été amené à opposer l’esprit humaniste à l’esprit féodal, l’islam égalitaire à l’islam hiérarchiste, la solidarité institutionnelle (donc le travail de tous) aux formules verbales vides de contenu et qui dissimulent la réalité de l’exploitation, les objectifs vitaux de la Nation aux visées extra-terrestres de la religion…

Mais si être musulman, c’est renoncer à l’exercice de son intelligence, à la liberté de recherche et d’expression différente, à l’égalité des droits fondamentaux entre les humains, au respect de la vie humaine, à la solidarité active avec les exploités, si donc c’est renoncer à l’humanisme, alors là, Ali Swalih n’était pas musulman !  Il a parié pour l’intelligence et pour la justice.

L.B.

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 35 /  30 nov  2008
Autre question posée le 7 novembre :
Le coup d’Etat de 1975 a-t-il freiné la constitution d’une élite capable de gérer le pays ? 

Le coup d’Etat du 3 août 1975 (voir p.70-80) était, surtout, porteur d’ambiguïtés et ne confirmait qu’une chose : le trouble général régnant dans les esprits, alors que nul n’attendait une épreuve de force avec la puissance colonisatrice, considérée comme tutélaire (= protectrice). En quoi a-t-il empêché les bacheliers de cette année là de s’inscrire dans les universités françaises ? C’est plus tard, et notamment en 1976, qu’allait se poser la question des bourses permettant aux étudiants de poursuivre leur cursus en France…

Mais la question en pose une autre  qui est : ‘Qu’est-ce qu’une élite ?’ Selon le dictionnaire, c’est ‘l’ensemble des éléments les meilleurs d’une communauté’. Nous avons ainsi désigné l’aristocratie et, dans le contexte comorien, les jeunes gens des familles appartenant à la classe dirigeante des notables féodaux et de la bourgeoisie commerçante, enseignante et bureauticienne. Or, l’idéologie ominante Milanantsi ne préparait nullement à la gestion rationnelle et intelligente ‘un Etat moderne, tourné vers le développement économique du pays.
             Ali a considéré, très tôt, que cette ‘élite’ là, ne saurait ni ne pourrait ni ne voudrait construire la nation comorienne. Parce qu’une nation ne peut reposer que sur des bases (relativement) égalitaires et sur des compétences techniques efficientes (et ce n’est pas au pangahari ou au bangwé qu’on va pouvoir les apprécier) …

En revanche, Ali a bien pensé bien à constituer une élite, non pas celle qui méprise le peuple mais des humains nouveaux, sensibles à sa Théorie Fondamentale, dévoués aux objectifs poursuivis, à la nécessité de se mettre au service du peuple et de se former techniquement pour constituer, bientôt les cadres, de la nouvelle nation… Et il les a envoyés dans les différents pays qui offraient de les accueillir, après cependant qu’ils aient fait la preuve de leur dévouement au peuple, sous la forme d’un service national !


L’expérience de ces 30 dernières années ne paraissent pas avoir donné tort au Mwongozi. La soi-disant ‘élite’ est là, constituée depuis longtemps de jeunes intellectuels de haut niveau, bardés de diplômes, compétents sur le plan technique, mais aux visions étroites, incapables de dépasser les intérêts de leur village d’origine, donc à la conscience nationale superficielle, indifférents aux souffrances du peuple, seulement soucieux de trouver une sinécure (= emploi rémunérateur), bien décidés d’ailleurs à faire allégeance aux notables du système coutumier féodalo-bourgeois (milanantsi/oukabaïla) et prêts à se vendre au plus offrant (souvent à l’administration de la puissance néo-coloniale), en tous cas, toujours susceptibles de relayer les dernières modes politiques (dont les privatisations et les principes de l’exploitation durable des peuples)…

Cette élite là, d’ailleurs, Ali Swalih n’en voulait pas. Il en a décrit les carences, avec précision (p.368). Mais il a fait plus : il a indiqué, dans le détail et dès 1970 (p.61), ce que devait être l’Intellectuel patriote, dans la perspective d’une indépendance considérée comme point de départ. Dans ses discours (en pages bleues), il marque bien la nécessité de se méfier de ces ‘élites’ qui, par exemple,  se servent de leur maîtrise des langues arabe et française pour tromper le peuple et échapper à son contrôle.

’Afrique toute entière, mais l’Europe aussi, sont passées sous la coupe de ces élites nationales qui, ralliées à l’idéologie du plus grand profit pour la minorité, ont pour rôle rétribué de vendre les richesses de leur pays et d’en déposséder les peuples. Les pays d’Amérique du sud et les pays arabes ne sont pas tombés dans le piège tendu, même si leurs peuples sont encore loin d’y avoir récupéré tous leurs droits.

L.B.
 

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 34 / 28  nov 2008
Autre question pertinente, présentée le 7 novembre :
«N’est-il pas contradictoire de prétendre qu’Ali Swalih voulait faire émerger un individu citoyen, alors qu’il a exercé, de 1976 à 1978, une véritable dictature, au travers de son Commando Mwassi ?»

Le Guide de la Révolution a, certes, incarné un pouvoir fort ; mais les circonstances dramatiques dans lesquelles se trouvait le pays exigeaient une direction ferme et avisée, exercée avec compétence et orientées vers des objectifs réalistes et réfléchis.   C’est  ainsi  que  le Gouvernement Provisoire de 1975, déjà  a    nimé  pa        r le Délégué à la Défense, obtient totale satisfaction, devant l’O.U.A. et devant l’O.N.U., sur la question de Mayotte. Lorsque les relations franco-comoriennes deviennent logiquement impossibles, Ali en tire toutes les conséquences et renonce à une forme d’administration qui ne correspond plus ni aux intérêts du peuple ni à l’objectif d’indépendance.

 

Il est vrai qu’Ali Swalih, lorsqu’il prend la direction du pays, le 2 janvier 1976, impose à la nation naissante une analyse inédite et une synthèse, fondées sur l’égalité en droit des citoyens. Mais les autres personnalités politiques, surprises par la situation imprévue et attachées au vieil ordre féodalo-bourgeois qu’elles servent et dont elles se servent,  ont-elles quelque chose à proposer,? A cet égard, Ali est plus un dicteur qu’un dictateur. Il est le seul à avoir un projet cohérent et un programme articulé. Il doit, cependant, réformer la structure mentale des cadres qui vont le servir et de la jeunesse sur laquelle il s’appuie. C’est justement ce à quoi il emploie ses séminaires de formation à la Théorie Fondamentale.

 

S’il est amené à durcir son régime et son action, c’est parce que le peuple comorien n’a jamais été éduqué que dans la peur et par la peur. L’enseignement coranique et l’ordre hiérarchiste féodal (milanantsi/oukabaïla) sont imposés aux individus qui ne peuvent s’y opposer sans danger et excommunication… Dans ce cadre là, les jeunes, les femmes, les simples travailleurs, n’ont pas droit à la parole.

 

Pour construire Komoro, Ali a donc prévu une période où il fa udra faire peur aux oppresseurs d’hier, aux opposants et à la classe dirigeante des propriétaires fonciers. Mais cet exercice de la violence ne doit être qu’une étape, correspondant au chaos dans lequel se trouve le pays. A partir de septembre 1978, le pouvoir doit être transféré aux instances moudiriyales et aux Comités Populaires de Moudiriya. C’est alors que les travailleurs s’empareront  des leviers politiques et conduiront leur propre développement, en commençant par les tâches de production dont les fruits vont leur revenir.

 

Sera dépassée la phase confuse où chaque Comité de village dictait sa loi, sans référence à des valeurs mal identifiées, sans grand souci de logique, sans effort pour convaincre plutôt que contraindre…

 

Mais surtout, Ali sait bien que faire apparaître un Mkomoro nouveau exige un long travail éducatif. L’individu citoyen n’émergera qu’à l’issue d’une formation humaniste, assurée par une école rénovée. C’est donc tout un processus qui en permettra l’émergence. C’est pourquoi la contradiction relevée n’est qu’apparente et qu’au contraire, il y a cohérence entre le temps exceptionnel de la fondation et le temps long de la formation de l’individu citoyen… 

L.B.

 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 33 /  22  nov 2008
Question formulée par un intervenant du 7 novembre :

« Pourquoi Ali Swalih était-il hostile à la ‘libre entreprise’ et favorable à ‘l’Etatisme’ ? » 

L’Etat est apparu dans les sociétés de classes, comme un instrument permettant à la classe dominante de diriger la société et de contraindre le peuple au travail, dont elle capte les fruits. L’émergence de la classe bourgeoise n’a pas changé ce jeu politique et, partout, la bourgeoisie s’est emparée de l’appareil d’Etat, souvent aux dépens de la catégorie féodale. Il n’y a donc pas d’opposition nécessaire entre ‘libre entreprise’ et ‘Etatisme’.

Les derniers développements de la crise mondiale mettent en évidence cette partie liée entre classe dominante et l’Etat qu’elle utilise à son profit. La classe dirigeante mondiale en cours de constitution ressuscite les appareils d’Etat quand elle en a besoin. Mais, il est vrai, depuis qu’elle est absolue maîtresse du jeu politique, elle a encouragé ses complices au pouvoir à casser leur Etat national, de manière à pouvoir s’emparer  des richesses de chaque pays, au moyen des privatisations (ou techniques d’appropriation du bien public). Les peuples se sont trouvés ainsi dépossédés de leurs biens potentiels et légitimes. Grâce aux ‘bienfaits’ de la libre entreprise et de ses actionnaires, l’Afrique est, chaque jour, pillée et vidée, sans nul profit pour les masses. La classe dirigeante africaine participe activement à ce pillage et en tire des profits, investis en Europe ou dans les paradis fiscaux...

Tels n’étaient pas les conceptions et objectifs d’ALI Swalih qui entend utiliser l’Etat pour défendre et promouvoir les intérêts de son peuple. Seul en effet, un Eta t bien guidé (par un militant honnête et dévoué) peut organiser le travail, stimuler la production et assurer la distribution harmonieuse des richesses produites.

Mais Ali n’est pas un partisan dogmatique de l’Etatisme. Il n’utilisera cet outil que dans la phase d’orientation et de construction du pays. Son objectif, en effet, est de passer au système de l’auto-gestion, dès que les communes populaires (moudiriya) pourront fonctionner. Dans la première phase de la Révolution, il veille d’ailleurs à la constitution de Sociétés mixtes, parce qu’il est conscient du manque de savoir-faire technique et professionnel des militants révolutionnaires. L’Etat conserve une participation importante dans  ces Sociétés, de manière à orienter la production et à bénéficier de la commercialisation des produits, notamment les exportations.

Sans doute l’Etat aurait-il conservé un rôle de conciliateur et de surveillant des équilibres généraux mais, dans la conception du Guide, influencé par R.Dumont, ce sont les communes moudiriya qui auraient joué le rôle principal, dans la vie quotidienne de la nation. D’ailleurs, les nouveaux agents de l’Etat étaient révocables et payés au niveau des travailleurs, comme les militaires. Le service du  peuple impliquaient qu’ils ne soient aucunement privilégiés, d’autant moins que leur revenus étaient de l’argent investi par le peuple pour des services rendus en échange : sécurité, justice, éducation, santé…

Dans le processus de la production agricole, la famille de cultivateur sera d’ailleurs rétribuée en fonction du volume de sa production mais elle sera aidée et encadrée par des techniciens agricoles et recevra matériels et semences…

L.B.

 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 32 / 23  nov 2008
« Qu’est-ce qui différencie Ali SWALIH des autres Présidents ? »


Imaginons un Chef d’Etat

qui, très tôt, aurait manifesté une envergure intellectuelle exceptionnelle, et n’aurait cessé de la renforcer, en lisant, méditant et assimilant les  meilleurs auteurs,

qui se serait attaché à construire en lui une conscience nationale solide, reposant sur R.E.S. (respect des personnes les plus humbles, équité dans le traitement de chacun, solidarité nécessaire entre tous les Comoriens),

qui aurait acquis une connaissance concrète et intime du milieu agricole qui constitue l’essentiel de l’économie de son pays et des populations de l’archipel,

qui aurait élaboré en système une théorie de philosophie politique (Fikira Mchindji) originale et adaptée au pays qu’il importait de créer (Komoro),

qui aurait réfléchi à tous les aspects (politique, économique, social, juridique et culturel) du développement indépendant d’un pays pluri-insulaire et qui serait arrivé aux affaires avec, déjà prêt, un programme d’action global et cohérent,

qui aurait appliqué un raisonnement logique et dialectique à toutes les situations, au point de pouvoir retourner n’importe quel handicap et obstacle en avantage et tremplin,

qui se serait entièrement dévoué à l’intérêt général, c’est à dire au peuple comorien et aux exclus du système féodal (les femmes, les travailleurs, les paysans, les handicapés, les descendants des prisonniers politico-économiques, les jeunes et les enfants),

qui aurait manifesté une volonté de fer et une capacité hors normes à passer de la théorie à la pratique, en respectant les étapes d’un plan cohérent,

qui se serait montré prêt à affronter tous les défis échéants, dans l’espoir d’atteindre le cap décisif du fonctionnement des moudiriya,

qui aurait réalisé des exploits visibles (les moudiriya et les collèges ruraux sont sortis de terre, en moins de 2 ans et demi), et conduit la Révolution Socialiste, alors même qu’il était aux  prises avec une  maladie particulièrement douloureuse (un cancer de la gorge) l’obligeant à recourir à de la morphine…

 

Alors,  considérant que ce Chef d’Etat a existé et a exercé le pouvoir, du 2 janvier 1976 au 13 mai 1978, la réponse à la question initiale se résout indirectement par la formulation d’une autre question :

« Connaissez-vous un autre Chef d’Etat qui ait approché ce modèle, non seulement à Komoro, mais encore en Afrique, mais encore dans l’Histoire (cela dit, sans vouloir céder et inciter au culte de la personnalité, auquel le Guide de la Révolution Socialiste s’est, clairement et toujours, refusé !) ? »

Peut-être y aurait-il eu Thomas Sankara (qui, d’ailleurs, connaissait Ali et avait demandé communication de son P.I.Q. ou plan intérimaire quinquennal), s'il n'avait été assassiné par la bande des Quatre…

L.B.

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 31 / 21 nov 2008
Rencontre Débat du 7 novembre 2008

Quels ont été les grands chantiers d'Ali Swalih ?

Je remercie les 30 à 35 citoyens qui ont participé à la rencontre organisée à la Faculté de St Denis Paris 8 ; ce jour là, j’ai tenté d’apporter des réponses et des éclairages aux questions et opinions qui ont été émises. Merci, également, à ceux qui ont écrit leur question, en sorte que j’ai pu en recenser 24. J’aborde justement, léo, une des questions posées :« QUELS ONT ETE  les GRANDS CHANTIERS d’ALI SWALIH ? »

Comme, en 1975, il s’agissait de créer le pays Komoro, de toutes pièces, Ali a dû ouvrir tous les chantiers à la fois (p.89), en veillant cependant à ce qu’ils soient articulés entre eux et à ce que soient respectées les étapes nécessaires à leur conduite :

1/ à l’étape de la Révolution Nationale (oufwakouzi wa madaraka wa mkolo) (p.100) correspondent  les chantiers suivants : a) formation d’un embryon d’armée ; b) mise en place d’une Constitution provisoire ; c) réforme fondamentale de l’Etat et programme de décentralisation administrative générale ;

2/ à l’étape de la Révolution Politique (oufwakouzi wa oussawa wa siyassa) (p.103-104) correspondent les chantiers suivants : 
a) énoncé d’une Théorie Fondamentale du Développement ;
b) lutte anti-féodale contre l’idéologie ‘Milanantsi/oukabaïla ;

c) adoption d’une Loi Fondamentale (ou Constitution) instituant une République démocratique, laïque et sociale ;
d) instauration du service national ;
e) réforme de l’appareil judiciaire et de l’information ;
f) campagne d’alphabétisation du peuple, en langues comoriennes ;  
g) opérations de rapatriement des sinistrés de Majunga.

3/ à l’étape de la Révolution Economique et Sociale (oufwakouzi wa oussawa wa maécha) (p.105) correspondent les chantiers suivants :
a) construction des infrastructures de communication ;
b) construction des collèges ruraux ;
c) élaboration d’un plan intérimaire quinquennal de développement (1978-82) ;
d) nationalisation du domaine foncier pour une mise en valeur agricole optimale (appuyée sur la cartographie I.R.A.T. de vocation des sols cultivables), avec pour objectif l’auto-suffisance alimentaire ;
e) nationalisation des circuits d’exportation et d’importation ;
f) achèvement de la construction collective des communes populaires moudiriya ;
g) construction d’une école au moins par village et refonte de la structure éducative (comprenant des filières techniques et pré-professionnelles)...

On peut ainsi juger de l’ampleur de vue du Guide de la Révolution, du souci qu’il a eu de se ménager des étapes et d’articuler entre eux les efforts à produire, dans chaque domaine d’activité. En moins de deux ans et demi d’exercice, il a réalisé des prouesses, servi par une jeunesse et des cadres qui ne se croyaient pas capables d’accomplir de tels exploits…

Une des leçons de l’Histoire et du parcours fulgurant d’Ali Swalih est précisément qu’à un groupe bien guidé et déterminé, rien n’est impossible…

C’est d’ailleurs pourquoi les peureux et autres capitulards, membres de la prétendue ‘élite’ bourgeoise, devraient être encouragés à transmettre leurs responsabilités à des éléments plus engagés et dévoués à l’intérêt national…

L.B.

 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 30 / 4 nov 2008

L’Importance du Foncier

 Dans un pays qui n’a pas su ou pu mettre en place un secteur industriel, c’est le domaine foncier qui représente la principale source de production : élevage, agriculture, pêche. Mais ces  activités économiques étaient, en 1975, mal servies par des agents peu qualifiés, qui de plus n’avaient évidemment pas le sens de l’intérêt général et donc national. Il fallait donc les trans-former et élever sensiblement leur niveau intellectuel, technique et civique.

C’est à quoi s’est attaché Ali Swalih. Il avait d’abord agi sur lui-même. Sa formation intellectuelle générale avait été reçue à Tananarive, sa formation technique en agriculture tropicale à Ambatou-bé et à Nogent-sur-Marne, sa formation politique un peu partout, en Europe et en Afrique, peut-être en Israël (dans un kiboutz), et surtout, dans les livres de réflexion et d’analyse… Il s’était fixé à lui-même des objectifs de formation et avait obtenu de suivre des stages professionnels.

Comme Directeur de la So.D.E.C. (1964-67), il avait fait passer aux cultivateurs des conseils sur les techniques agricoles, par écrit et en langue comorienne. Pendant la Révolution, il a lancé une campagne d’alphabétisation dont nul ne pouvait s’affranchir et qui a porté des fruits ; des femmes, par exemple, ont pu ouvrir des boutiques et gérer un fonds de commerce. Mais surtout, le Plan Quinquennal (1978-82) comportait une formation générale et professionnelle, en fonction des besoins de la nation. L’enseignement devait être adapté aux réalités du pays et donc ruralisé.

Tout l’effort initial pour accumuler du capital et ensuite pour pouvoir acheter les équipements nécessaires au pays devait donc porter sur la production agricole, sur la circulation interne (distribution et acheminement) et externe (exportation) des marchandises, sur la conservation et la protection des sols, sur la santé des travailleurs producteurs, sur leur compétence technique, sur un sens nouveau de leurs droits et de leurs devoirs, sur une mystique du travail…

Pour Ali, l’outil foncier devait cesser de servir les intérêts particuliers de telle ou telle catégorie de la population mais être mis au service de l’intérêt général et de la construction d’une véritable nation comorienne qui peut et doit être édifiée de manière méthodique. La maîtrise du domaine foncier permettait aussi d’aménager le territoire, de produire plus et mieux, de freiner l’exode rural, de fournir de l’emploi à tous les citoyens, de donner des ressources à la femme et à son foyer…

La construction des moudiriya, ces communes populaires auto-gérées, impliquait aussi que la terre comorienne appartienne à la nation entière. Sans cela, comment aurait-on pu commencer les chantiers ? Là encore, la conception d’un monde nouveau supposait que l’intérêt général l’emporte sur les intérêts particuliers. Ce serait à l’instance politique locale, mise en place, d’employer chaque terroir donné pour l’avantage du grand nombre...

C’est pourquoi la Révolution était d’abord une refonte du monde agraire, de ses valeurs, de ses pratiques, de sa hiérarchie historique. Mais les résistances à l’égalité, à l’efficacité, au discours rationnel, n’allait pas manquer. Ali devrait tenir compte du poids des routines et de l’emprise des instances idéologiques : tellurisme magique, astrologie, islam féodal…

L.B.

 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 29 / 24 oct 2008
La Rencontre-Débat du 7 novembre

Les étudiants de l’association ‘Arc-en-Ciel’ m’ont invité à venir animer une rencontre-débat contradictoire sur le thème de l’Indépendance et de la Révolution à Komoro 1975-78), le vendredi 7 nov prochain, à 18h à l’Université de la Seine St Denis (bâtiment C, salle CO22) (métro St Denis-Université?)

Les organisateurs, Ibrahim Barwane et Ismaël Mohamed Ali, n’ont pas encore arrêté le titre exact qui sera publié. Je leur ai proposé plusieurs intitulés :

Une République Socialiste authentique, dans l’espace africain ? Komoro 1976-78.

Une République démocratique et laïque, dans l’espace islamique ? Komoro 1976-78.

L’Indépendance réelle et la Révolution foncière et rurale, à Komoro 1976-78.
R.Dumont l’agronome et Ali Swalih l’ingénieur des travaux agricoles

La formule de la ‘conférence’ ne me convenant pas, j’ai indiqué ma préférence pour celle de l’échange et de la recherche collective par le moyen du questionnement continu. J’utiliserai un tableau pour expliciter certains raisonnements.

Je leur ai demandé, dans cet esprit, de faire rédiger par les étudiants comoriens un Cahier Spécial où seront portées et numérotées les questions que se posent, notamment, les jeunes garçons et filles sur cette période clé de l’Histoire de leur pays. Cet ensemble de questions sera traité collectivement ce jour là, devant le public.

A cet égard, j’ai suggéré aux organisateurs le déroulement suivant :

1/ à 17h 30 : distribution de documents et extraits du livre ‘L’Imposture’ (Mila na Ntsi) et vente des quelques livres que j’aurais pu apporter ;

2/ à 18h : début du traitement en commun des questions du Cahier Spécial ;

3/ à 19h 30 : la place et la parole aux ‘Acteurs de l’Histoire’ (c’est à dire les anciens qui ont vécu la période 1974-78) qui répondraient aux interrogations du public. Je pense aux grands informateurs, comme Abdallah Daoud, Aboudou Mohamed Youssouf, Ali Abdou El Ghaniou, Ali Mohamed-Elamine, Bourhane Rachidi, Dini Nassur, S.Hassane M.Jaffar, Kamal A.S, Mikidache A., Mohamed Djimbanao, Mzéé Swalih, Salim Himidi, Sultan Chouzour, Twaïb Dada…  Il y en a sans doute d’autres que j’oublie ou dont j’ignore s’ils sont dans la région parisienne et en France, en ce moment. Je pense qu’ils accepteront l’invitation des étudiants, si elle leur parvient à temps.

Les participants à cette rencontre du 7 novembre peuvent, d’ailleurs, eux-mêmes, déjà transmettre aux organisateurs leurs questions et opinions qui seront examinées, ce jour là. Qu’ils s’adressent donc directement à

 

Ibrahim Barwane          ibarwane@yahoo.fr
Ismaël Mohamed Ali   
washili@hotmail.com

Je vous remercie de votre attention et vous donne rendez vous le 7 nov à 17h 30.

Kari Ngama

 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 28 / 15 oct 2008

Les Sources Permanentes de l'Inégalité

 

A partir de 1.500 J.C., la soi-disant ‘aristocratie’ citadine a repoussé les anciens habitants dans l’intérieur des îles et s’est emparée des meilleures terres. Les ‘nobles’ achètent des prisonniers africains qu’ils font travailler sur les terres conquises, en leur déniant leur qualité et leurs droits statutaires d’êtres humains. A leur tour bousculés et privés de leur domaine foncier par les grandes firmes coloniales, à partir de 1891, ils espèrent bien reprendre toutes leurs prérogatives, quand  ce qu’ils appellent ‘la parenthèse coloniale’  sera refermée (1975).

 

En effet, l’organisation de la production et de la distribution des richesses passe toujours par ceux qui contrôlent les villes. Les travailleurs de l’intérieur du pays produisent des biens alimentaires qui assurent la vie des citadins ; mais ils ne sont pas rétribués (comme prisonniers politiques) ou très faiblement (comme villageois ‘libres’) et, dans ces conditions, ne peuvent guère accéder aux biens importés et aux services que peuvent s’offrir les citadins aisés. Il y a pourtant, déjà, dans les articles qu’ils fournissent aux villes, des produits exportés et donc de valeur (bois, plantes médicinales, peaux de zébus, poisson fumé, corde en fibres de cocotier et noix de coco, arachides)…

 

Les citadins ‘nobles’ sont le pivot de ce commerce ; car les produits importés passent encore entre leurs mains. Ainsi bénéficiaires dans les deux sens du commerce (vers l’extérieur et vers l’intérieur) ils ne cessent d’accumuler du capital. Mais ce capital ne sert jamais à améliorer le sort des populations, notamment de l’intérieur. Les ‘matsaha’ manquent de tout : vêtement, habitat, couverture, nourriture, médicament, éducation, voies de communication…

 

Lorsque Komoro entre dans le marché mondial du café, puis du sucre, puis de la vanille, le fossé de l’inégalité s’accroît encore ; car les produits demandés par les marches européens et américain sont  préparés sur les terres des planteurs créoles et des nobles comoriens. Et les travailleurs (‘engagés’ de force) eux-mêmes, deviennent objets de commerce entre Zanzibar et les Mascareignes. De 1735 à 1900, les Swahili ‘musulmans’ et les Européens ‘chrétiens’ s’entendent comme larrons en foire pour exploiter le travail de leurs prisonniers. Ils trouvent leur justification dans la possession et l’emploi de l’arme idéologique suprême : des livres ‘sacrés’ (Bible, Coran) qui, selon eux, les autorisent, légitimement et juridiquement, à violer tous les droits humains…

Ali a bien compris la supercherie et le mécanisme de l’exploitation. Et il trouve la parade absolue : c’est l’Etat qui, désormais, commercialisera les produits exportés et importés, en sorte que le capital dégagé et accumulé pourra être investi dans le développement économique et dans l’intérêt du peuple entier.

 

Dés lors, toute la dynamique change de visage : le libérateur souhaite employer cet outil (l’appareil d’Etat) pour développer toutes les régions du pays, construire des routes, créer des dispensaires ruraux, concevoir l’organisation d’un espace aménagé et décentralisé, stimuler la production alimentaire en fonction des qualités physico-chimiques de chaque terroir, favoriser les échanges entre les zones côtière et d’altitude, assurer le plein emploi et freiner l’exode rural, prévoir un nouvel équilibre des pouvoirs…

 

Mais ce vaste programme implique de poser la question centrale de la Propriété et de l’Usage du sol, du sous-sol, de la mer, de l’espace aérien.      

                                                                                                                                                                                 L.B.

 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 27 / 26 sept 2008

Notes de lecture

 

R.P. : ‘Nous avions signalé nos premiers contact avec l'historien des Comores, M. CASIMIR.  Son dernier livre, consacré à Ali SOILIH (C.E.A.T. 1962) dont il nous a adressé un exemplaire, nous est présenté par P. A. LAMBERT.’

 

«Je suis resté en relations avec M. Casimir, auteur de plusieurs livres sur les Comores et qui m'avait demandé, ainsi qu'à Ph. Ballan, un témoignage sur Ali SOILIH. Il vient de sortir un gros livre sur la vie de ce personnage, ancien élève du CEAT, devenu Président des Comores puis assassiné. Malgré une présentation parfois indigeste, je pense que cet ouvrage peut intéresser un certain nombre d'anciens, en particulier ceux qui sont passés dans l'Archipel.»

 

‘A tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des Comores, ce livre apportera un éclairage inédit sur une période sombre. Chacun a en tête les soubresauts qui ont marqué cet archipel, dans les années 70 avec l’indépendance des Comores. Deux figures principales ont acquis une certaine notoriété : celle d’Ali Soilih, le jeune Président, présenté souvent comme un petit Mao Tsé Toung, et Bob Denard, le mercenaire présent dans tous les coups tordus de la « France-Afrique ».

Cet ouvrage fondé sur un colossal travail de recherche historique, reposant sur nombre de témoignages inédits, remet en cause la présentation officielle de ces évènements telle qu’elle fut diffusée par la presse à cette époque. Elle permet notamment de comprendre la logique de développement qui était celle d’Ali Soilih et en quoi elle s’est heurtée, à la fois aux intérêts des castes aristocratiques des Comores et aux visées géostratégiques du gouvernement français.

Le livre apporte des révélations sur les circonstances exactes de la mort d’Ali Soilih et énonce une hypothèse hardie mais plausible à propos de son attitude finale de résignation devant l’inéluctable.

Prenant clairement parti pour l’un des camps, l’auteur ne cache pas sa sympathie pour l’idéologie révolutionnaire. Il en résulte un ton parfois dogmatique et un discours qui peut paraître daté. Ce qui n’a pas empêché une vision très positive des efforts menés par les techniciens métropolitains, du BDPA notamment, en faveur du développement de l’agriculture comorienne. Au final, il s’agit d’un travail de fond peu orienté grand public, mais qui montre qu’un regard engagé reposant sur des bases documentaires peut efficacement contrebalancer une interprétation des faits communément admise et insuffisamment vérifiée par les médias.                                                                                     

                                                                                                                       P. A. Lambert

L’IMPOSTURE –  Edition Djahazi - 690 pages - Prix : 25 € + 2E poste = 27E
Commande : Marie Casimir – BP 08 – 06531 PEYMEINADE – CEDEX - France

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 26 / 26 sept 2008

De l’Ecole Coranique

 

Trop souvent chassé de l’espace islamique, l’esprit critique (= capable d’énoncer les aspects négatifs et positifs d’une théorie ou d’un comportement) et auto-critique (= appliqué à soi-même) ne pouvait pas s’appliquer à l’enseignement dispensé aux enfants ; c’est pourquoi nous n’avons trouvé que deux auteurs comoriens assez courageux pour jeter un regard analytique et sans concession sur l’école coranique. Ali Swalih, lui, est allé encore plus loin et a envisagé une refonte de l’enseignement élémentaire à destination des enfants comoriens.

 

D’une part, il est élogieux pour l’aspect matériel d’un système qui permet tout de même d’apprendre à graphier la langue arabe, à moindre frais, puisqu’il ne requiert que des dépenses minimes (roseau, tablette, suie, appentis, livrets modèles). Mais d’autre part, il se rend bien compte que cet enseignement veut préparer les individus non pas à la vie réelle, concrète et immédiate, dans laquelle ils vont entrer, mais plutôt à l’au-delà (kiyama) que les chefs religieux prétendent connaître. En développant surtout chez l’enfant, la peur, l’obéissance et la mémorisation (P.O.M.), cette éducation risque même de le détourner de la vie de la cité…

 

L’exercice de la Mémoire n’est pas mauvaise, mais quand la mémorisation devient une valeur en soi, tout nouveau ‘savoir’ sera mémorisé, automatiquement. La mémoire, alors, ne servira qu’à habituer l’enfant à répéter indéfiniment les mêmes discours et les mêmes comportements, même s’ils sont inadaptés aux situations nouvelles. Il pourra apprendre par coeur toutes les propositions, sans même s’apercevoir qu’elles sont contradictoires, parce qu’il n’aura pas été pourvu d’un outil essentiel : l’esprit critique.

 

La Peur propagée et le terrorisme intellectuel pratiqué par les répétiteurs coraniques (armés des visions d’horreur contenues dans le Livre et destinées à frapper l’imagination enfantine) sont de nature à inhiber l’intelligence de l’enfant, à le traumatiser et à le handicaper dans les tâches qu’il aura à affronter.

 

On veut surtout créer en lui le réflexe de l’Obéissance envers ses parents, envers les adultes, envers l’ordre qu’ils ont établi, envers les pouvoirs en place, envers l’idéologie dominante. C’est bien aussi à l’école coranique que prennent racine la pratique et la théorie de la séparation des sexes, la misogynie (haine et mépris de la femme) et tous les préjugés envers les non-conformes et envers les non-musulmans. Tout questionnement en est banni  --

 

«Ne posez pas de questions sur des choses qui vous nuiraient si elles vous étaient montrées.’                                                                           [Coran s.5 v.101]

 

-- d’autant plus rigoureusement que le répétiteur n’a aucune culture, même s’il se croit savant. Or nul esprit de recherche scientifique ne peut vivre sans questionnement permanent et expérimentation technique…

 

C’est pourquoi Ali souhaite mettre fin à ce qui n’est qu’un conditionnement, souvent obtenu par la violence et l’humiliation. à une forme dogmatique d’enseignement, qui néglige trop l’essentiel de l’être humain, c’est-à-dire son intelligence ou capacité de s’adapter aux réalités du monde et de résoudre les questions posées par la vie réelle. Il a un projet éducatif différent…

L.B.

 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 25 / 12 sept 2008

L’Émergence de l’Individu Citoyen

 

L’apparition de la pensée libre et critique, donc l’émergence du citoyen, tourneraient forcément à la confusion des régimes autoritaires et patriarkystes (construits autour et au bénéfice du père tout puissant). Pour museler la pensée critique, les dictateurs  ont souvent évoqué le danger que représente la montée de l’individu a-social, cupide, exploiteur des peuples travailleurs.  

 

Et ils n’avaient pas tort sur ce point précis ; mais il faut distinguer nettement les deux types d’individu : le cumulard et le partageux, le capitaliste qui ne pense qu’à s’enrichir personnellement et le citoyen dont le souci est l’harmonie dans la cité et l’entente entre les humains. De même, il n’y a rien de commun entre la démocratie bourgeoise que prétend répandre l’impérialisme américain de 2.008 et la démocratie populaire que préconisait le Guide de la Révolution. La première est une mascarade qui ne peut recevoir l’assentiment des peuples. Elle n’est qu’une mise en scène grossière qui doit servir aux insatiables à faire main basse sur toutes les richesses du monde, et pour en déposséder les peuples.

 

Mais l’individu citoyen, c’est tout autre chose ! Il se veut libre mais aussi solidaire, dynamique mais responsable, égal en droits et en devoirs à tous les autres citoyens. La société avancée est celle où l’individu se voit reconnaître le droit d’être lui-même et de communiquer sa manière de penser ; dès lors, la contradiction peut vivre et contraindre le peuple à réfléchir et à choisir, pour chaque question posée, la solution la mieux adaptée. La pensée critique, libre de s’exprimer, sera également en mesure de s’investir dans les domaines scientifique et technique, dans les domaines politique, social et moral, pour le plus grand bénéfice de la communauté nationale tout entière…

 

C’est dans cette direction qu’entend se diriger Ali Swalih en 1976 ; le Comorien accompli qu’il envisage pour l’avenir n’a rien à voir avec celui  qui pérore en place publique et même avec celui dont il emploie les services dans la phase présente de la Révolution.

 

Les intellectuels techniciens qui l’entourent acceptent d’œuvrer pour leur pays, mais ne tarderaient pas à se disputer la préséance et à revendiquer des avantages particuliers, sans la surveillance des autres instances ; de même, les militaires seraient tentés par un putsch, si les Commando Mwassi n’étaient pas entièrement dévoués à Ali ; les militants du Comité National Populaire se prennent pour de hautes personnalités et sont tentés par le régionalisme tribal…Mais tous sont des produits de la vieille société.

 

L’Humain nouveau serait forgé par une éducation nouvelle ; cela requérait une refonte du secteur de l’enseignement, donc une réflexion générale sur les fins, sur les contenus et sur les méthodes (p.64). Ali y pense dès 1971 et formule (anonymement) son analyse, dans la revue de l’A.S.E.C.  Ses préférences vont au développement de la pensée critique, technique et professionnelle. Dans cette perspective, quel rôle et quelle place faut-il accorder à l’école coranique ?

LB.

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 24 /  12 sept 2008

Le Mois de Carême

 

Les musulmans observent massivement cette obligation religieuse, devenue traditionnelle et familiale, qui les relie à leur enfance. Mais tout acte accompli automatiquement, par habitude et contrainte implicite, perd progressivement de sa valeur et se vide de contenu. Il faudrait donc, semble-t-il, se demander pourquoi cette épreuve a été instaurée, dans quelles conditions et dans quel but ?

 

Les caravaniers du désert d’Arabie menaient une vie très dure et devaient pouvoir faire face à toute éventualité : une tempête de sable, un conflit inter-tribal, une fuite éperdue, pouvaient les détourner de leur parcours et les exposer à la mort, faute de vivres et surtout d’eau. Un jeûne effectif d’une ou plusieurs journées pouvait, alors, s’imposer à eux. Dès lors, il était logique et intelligent de les préparer à une telle situation, de les entraîner à résister à pareille épreuve. Ce jeûne avait ainsi une utilité pratique et un sens économique ; il améliorait l’endurance des caravaniers, transporteurs de marchandises entre l’Asie et l’Europe. C’était donc une recommandation réfléchie et intelligente, répondant à une nécessité réelle du moment.

 

Mais quels sont les enjeux actuels ? En observant scrupuleusement le carême du mois de ramadani, les Comoriens contribuent-ils à l’édification de Komoro ? Améliorent-ils leur rendement professionnel, quelle que soit leur spécialité ? Luttent-ils pour l’unification des tribus comoriennes ? C’est pourtant la double tâche qui se présente au Guide de la Nation, en 1975. Et lui, il compte surtout sur le travail et sur les travailleurs…

 

Car, l’édification d’un pays requiert d’abord la mise au travail de la nation et un effort accru pour accroître la production, pour réaliser l’auto-suffisance alimentaire, pour dégager un capital qui sera investi dans la construction d’une agro-industrie locale. Le développement économique permet seul de satisfaire les besoins essentiels de chaque citoyen. C’est bien ce qu’avait compris un autre combattant pour l’indépendance : Habib Bourguiba apparut, un jour de ramadani, à la télévision, avec un verre de jus de fruit à la main. Et il expliqua aux Tunisiens stupéfaits : ‘Le Coran a prévu qu’on pouvait surseoir au jeûne, en cas de guerre. Or, nous sommes en guerre contre le sous-développement !’

 

Autre difficulté : l’inégalité de l’épreuve, selon la classe à laquelle on appartient. Pour le pauvre et l’exploité, il a l’habitude des privations et espère des compensations dans l’au-delà. Mais il a beaucoup de mal à acheter tout ce qui est prévu pour la Fête de Rupture.                   Pour le riche, au contraire, il est facile de  transformer l’épreuve en fête nocturne, car d’une part, il en a les moyens financiers, d’autre part  il fait travailler les autres, plus qu’il ne travaille lui-même…

 

Autre difficulté : dans les sociétés islamiques (comme en Chine et en Inde), l’individu citoyen n’est pas encore apparu ; ou plutôt ces sociétés ne l’ont pas laissé apparaître ; c’est même pourquoi elles ont pris un tel retard sur le plan intellectuel, scientifique, technique (et même moral, en un sens). Les chefs politico-religieux islamistes considèrent que le carême est une obligation absolue qu’ils imposent à tous, par la force. Le citoyen n’a pas le choix, faute de liberté. Mais une action qui n’est pas libre n’a qu’une faible valeur. Que vaut véritablement le carême imposé ? Le musulman du peuple n’en est pas conscient et contribue au contraire, à faire régner l’ordre et la solidarité mécanique (opposée à la solidarité choisie) ; c’est dire que, comme la femme, il est l’agent efficace de sa propre servitude….

 

Le mois de carême aurait, au contraire, pleine valeur, s’il était une affaire personnelle et vécue dans la discrétion. Lors d’un mois de ramadani, le prince S.Housseïne S.Ali qui faisait le jeûne me servit du thé, en plein milieu de la journée ! Quelle élégance ! C’était à Dzahadjou du Mbadjini (Ngazidja)…                           

  L.B.

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 23 / 30 août 2008
La ‘Lettre’ et l’’Esprit’ 


Il y a deux manières de considérer une doctrine, une religion, et les textes qui leur servent de fondement théorique : ou bien on demeure ‘au pied de la lettre’  ou bien on cherche à en saisir l’inspiration directrice et la signification profonde.

Dans le premier cas, on se comporte en ‘lettriste’ ; dans le second, on se pose en ‘spiritiste’. Et cela est vrai pour n’importe quel texte, n’importe quelle religion, n’importe quelle doctrine politique. Donc, cela se vérifie pour le Coran et pour l’islam. Donc, cela va se poser pour la doctrine ‘Fikira Mchindji’, la Théorie Fondamentale d’Ali Swalih.

Or, aujourd’hui, nombreux sont les Comoriens qui ne tarissent pas d’éloges sur le Guide de la Révolution ! A les entendre, ce sont tous des partisans d’Ali et de ses idées… Naturellement, si celui-ci annonçait son retour aux affaires, il y aurait une fuite éperdue et une ‘levée de boucliers’ contre lui. Il faudrait donc pouvoir distinguer entre tous ces ‘swahilistes’ de la langue sans os. Il y a même des swahilistes qui se croient tels mais qui n’ont rien compris à l’inspiration, à l’esprit de la refondation de Komoro… Quelle différence, donc, entre la lettre et l’esprit de la Révolution d’Ali Swalih ? Pour que cela soit bien clair, on devra raisonner à la lumière de l’action concrète du Guide.

Mais, pour être simple, considérons par exemple la tombe d’Ali, située dans le village de Chouwani (Hambou Ng). La tentation sera forte, pour les parents et les partisans du Guide, dans les années qui viennent, d’en faire un tombeau magnifique, susceptible de rivaliser avec le mausolée de S.Mohamed Cheikh à Mroni (Ng) ou celui d’Ahmed Abdallah à Domoni (Nz)…

C’est précisément, là, un piège dans lequel ne tombera pas un ‘spiritiste’ parce qu’il aura compris l’esprit de la Révolution Socialiste et de l’action d’Ali. La tombe du Guide doit absolument rester modeste, pour bien illustrer la proximité du fondateur d’avec son peuple et sa volonté inflexible de se mettre au service de ses compatriotes, notamment des exclus et de la classe opprimée. Dans ces conditions, construire un grand tombeau pour Ali reviendrait à trahir l’esprit de sa Révolution et donc à abandonner le peuple comorien, d’une certaine façon.

Il devient maintenant possible de distinguer clairement les vrais swahilistes des faux : ceux qui agiront concrètement au service de la promotion du peuple et des petites gens seront les vrais ; tous ceux qui cherchent seulement à se servir d’Ali et de son message, pour parvenir au pouvoir, sont les faux. On en rencontre déjà beaucoup !

En 1996, le parti ‘Maécha Bora’ a éclaté, précisément sur cette question de la participation au gouvernement de Mohamed-Taki A. Qui des participants ou des refuseurs étaient les plus proches de l’esprit d’Ali ?

Tout cela pour remarquer que, finalement, le thème central n’est pas le personnage d’Ali Swalih mais le service du peuple. C’est pourquoi Ali s’est refusé à tout culte de la personnalité, à l’image de ce qu’avait fait le fondateur de la nation arabe.
 

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 22 / 23 août 2008
Les Deux Révolutions

 

Ali Swalih restera à jamais le symbole de la Révolution Socialiste. Mais ce que ses encadreurs et techniciens du B.D.P.A. (bureau du développement de la production agricole) avaient prévu, c’était autre chose ! Eux, ils connaissaient bien les problèmes agraires et proposaient des moyens de les résoudre, sans toucher aux structures sociales et politiques en place autant que possible. Ainsi, Maurice Perrier était un proche de J.Foccart, le défenseur des conceptions et intérêts des gouvernements et de la classe dirigeante français en Afrique. C’est tout dire !

 

 L’objectif politique de ces techniciens et ingénieurs français était donc, apparemment, de favoriser l’émergence d’une catégorie de paysans avancés, capables de moderniser le pays, en sorte qu’il soit viable… Cette catégorie plus compétente aurait naturellement dynamisé la bourgeoisie commerçante et contraint la catégorie féodale à se soumettre ou à se démettre. Ces trois catégories auraient constitué la nouvelle classe dirigeante, proche des milieux bourgeois français…

 

Ali Swalih est repéré, par eux, comme un élément dynamique et compétent, précisément celui qui pourrait remplir ce rôle de réformer la société comorienne en douceur (p.32). Effectivement, le Guide va s’acquitter de cette tâche mais,  ce qui n’était pas prévu, c’est qu’il irait plus loin que visé et qu’il s’occuperait de promouvoir, non seulement la bourgeoisie agricole locale, mais aussi les ‘laissés-pour-compte’ et les exclus de l’ordre féodalo-bourgeois en place.

 

Et c’est ainsi qu’Ali a, en fait, réalisé deux révolutions pour le prix d’une ! Son souci étant de construire la nation comorienne, il ne pouvait ni ne voulait en exclure personne. Or, il s’était aperçu, sur le terrain du Nioumakélé, que les intérêts de la catégorie des propriétaires fonciers entraient en conflit avec l’intérêt général du peuple et des villageois (voir page 43).

 

En dynamitant l’ordre socio-politique en place (fondé sur l’opposition des deux classes), il casse surtout les vieux pans de mur de la forteresse féodale et notamment son idéologie inégalitaire. Naturellement, il entend libérer le peuple producteur, en lui proposant la Théorie Fondamentale du Développement (Fikira Mchindji). Mais, du même coup, il libère la catégorie bourgeoise qui, jusqu’à 1975, n’avait pas osé s’affranchir de l’idéologie féodale et fixiste.

 

En 1975, la bourgeoisie commerçante comorienne ne se sent pas assez forte pour développer son idéologie propre. Donc, elle reste abritée derrière l’islam féodal, c'est-à-dire l’interprétation féodale, patriarcale et gérontocratique de l’islam. Ali Swalih va donc proposer une autre interprétation et conception de l’islam. Par là, il décomplexe la bourgeoisie locale qui se montre plus entreprenante (1989 marque un tournant historique à cet égard, avec l’émergence des ‘perroquets bleus’)

 

Ali transmet donc un double héritage ; preuve en est la cassure ou l’éclatement qui a eu lieu, en 1996 (je crois), au sein du parti ‘Maécha Bora’, quand un groupe de militants ‘swahilistes’ a voulu passer au pouvoir, tandis qu’un autre groupe s’y refusait. Dans ces circonstances, qui était fidèle à l’esprit de la Révolution socialiste et qui ne l’était pas, voilà ce qu’il faut déterminer !

 

Mais pour répondre à cette question, on doit d’abord étudier et distinguer deux notions : l’esprit et la lettre d’une théorie ou d’une doctrine.

                                                                                                             L.B.

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 21 / 18 août 2008
De la Spécificité  (Ouhoussousuya)

 

Dans une société statique dont les dirigeants souhaitent qu’elle demeure inchangée, quelles que soient les circonstances, Il est normal que tout soit fait pour encadrer étroitement les pensées et les con-former. Il faut donc cultiver chez l’enfant, l’affectivité, le conformisme, et dans la société l’apparente unanimité, de manière à s’opposer à l’émergence de l’intelligence et de l’individu citoyen.

 

En 1975, ce programme est toujours en vigueur ; l’enfant attend tout de ses parents et dépend de leur bénédiction (radi) ; ensuite, il passe entre les mains du répétiteur coranique et n’a aucun intérêt à poser des questions. Au contraire, il se tait et ingurgite. De là, il accède à l’école primaire où il apprend tout par cœur, même si le contenu des cours dit le contraire de ce qu’a affirmé l’enseignement précédent. C’est la même chose à l’école secondaire.

 

Et ensuite, au village, il lui faut encore se conformer aux normes coutumières, même quand, ayant voyagé et beaucoup observé, il a pu réfléchir par lui-même. Arrivé à un certain âge, l’adulte ne sait plus exactement quoi penser. Mais le principal est d’avoir l’air de penser ce qu’il faut penser… Donc, quand il rentre au pays, il se contente d’acquiescer et de se glisser dans la kandzou du notable oppresseur… Peu importe la confusion générale qui règne dans sa tête !

 

Ali, quant à lui, a refusé de se couler dans ce moule ; pour lui, rien ne vaut l’intelligence ou  capacité de résoudre les questions qui se posent concrètement au pays. Et pour cela, il faut comprendre le monde dans sa vérité et dans les lois de son fonctionnement. C’est l’agriculture qui ne ment jamais : c’est l’importance de la récolte qui dit au cultivateur s’il a employé la bonne méthode.

 

Il en ira de même pour la Révolution ; il faut arriver au pouvoir, mettre en œuvre une politique au service du peuple et obtenir des résultats. Un échec n’est pas grave, si on est capable d’en déterminer les causes, de corriger son action et de surmonter l’obstacle.

                     C’est dans ces conditions qu’il est amené à lutter contre les ‘perroquets verts’, ceux qui apprennent par cœur le Coran mais n’en comprennent pas le sens profond, parce qu’ils sont paralysés par la peur que font régner les fidéistes, héritiers d’Al-Ghazali. Et ensuite, il se défie presque tout autant des ‘perroquets rouges’, ceux qui ont appris par cœur les ‘versets’ de Marx et de Mao. 

 

En effet, ce qui importe, c’est de trouver les clés du développement et de l’indépendance réelle. Pour cela, il faut d’abord connaître parfaitement le pays et le peuple dont on a la charge. C’est le seul moyen d’avoir prise sur les réalités. Il faut aussi élaborer une doctrine originale (ce sera Fikira Mchindji) et un programme précis, correspondant au caractère unique de son pays. En effet, chaque pays a une culture propre et l’expérience d’un autre pays n’est pas transposable, sans de nombreuses et importantes adaptations, si l’on veut du moins atteindre l’objectif poursuivi. C’est ce qu’Ali a appelé la spécificité de chaque cas. La situation de Komoro étant spécifique (spéciale et particulière) appelle des mesures spécifiques.

 

Par exemple, Ali connaît, grâce aux travaux de l’I.R.A.T. (institut de recherche en agriculture tropicale), tous les terroirs de l’archipel et sait quels produits seront adaptés aux qualités spécifiques de chaque sol ou même parcelle…

 

Il aurait pu se contenter de travailler à l’avènement des ‘perroquets bleus’,  mais…

 

 

Djahazi : COMMUNIQUÉ n° 20 / 16 août 2008
La Refondation de l’Espace

 

Considérons le relief des îles qui constituent Komoro ; on pourra le ramener à la figure simple d’un triangle. Et là, on constatera que le pouvoir, depuis 500 ans, s’est toujours situé à la base du triangle, donc en bas, donc au bord de la mer, dans les villes portuaires, comme Mitsamihouli, Msamoudou, Foumboni, Ntsi’ngoni…

 

Cela suit le modèle swahili où le pouvoir, la culture, la civilisation sont sur les côtes et dominent paradoxalement le haut, l’arrière-pays, la forêt et la montagne. C’est le modèle telluriste, opposé au modèle uraniste de Madagascar, notamment.

 

Mais il ne suffit pas d’être une ville côtière pour incarner le pouvoir ; ainsi, la capitale historique Ntsi’ngoni, détruite en 1796, a perdu son haut statut, au bénéfice de Nzaoudzé et Mtsapéré ; aujourd’hui, nous allons en ville ‘mjini’ à Mamoudzou et pour rentrer à Sada, c’est ‘lijou’. Et pourtant, Sada aussi est au bord de la mer ! Tout cela pour dire que l’espace comorien est précisément marqué, sur le plan socio-politique, et que l’individu est immédiatement situé sur une échelle hiérarchique implicite, en fonction du lieu où son placenta (dzao, saha) a été enterré (autre indice telluriste). C’est l’idéologie mila na ntsi ou oukabaïla qui règne encore…

 

Par exemple, dans le Mbadjini, une grille de 1976 donne les indications suivantes pour le partage du zébu, en fonction du mila : 1/ Foumbouni ; 2/ Dembéni ; 3/ Mohoro ; 4/ Nkourani ya Sima ; 5/ Malé ; 6/ Ntsinimwachongo ; 7/ Nioumadzaha-Mvoumbari ; 8/ Nioumamilima ; 9/ Hodziwani.

 

Cette conception (politiquement, socialement, culturellement, idéologiquement) hiérarchisée de l’espace provient, directement, de la période féodale de l’Histoire…

 

Un champion de l’égalité, comme Ali Swalih, placé devant la tâche de construire la nation comorienne, a l’idée (probablement géniale) de redessiner la carte de Komoro, après en avoir effacé la grille féodale et bourgeoise. Et il créé alors une nouvelle conception de l’espace géographique et socio-politique :

 

la nouvelle unité administrative (mais aussi politique, économique, sociale et culturelle) s’appelle moudiriya et rassemble entre 3.000 et 6.000 habitants de 1975, considérés comme des individus citoyens, égaux en droit et en devoirs. Et ces futurs chefs-lieux surgissent dans l’espace neutralisé et vont forcément éclipser, en quelques années, les anciennes capitales qui appartiennent encore à la classe dirigeante et symbolisent l’inégalité et les statuts inférieurs.

 

Par là encore, Ali se pose comme le véritable ami et libérateur du peuple et des producteurs de richesses. Mais dans les têtes, la notion d’égalité est à peine compréhensible. Les oppresseurs n’en veulent sûrement pas. La majorité opprimée doute de ses moyens et s’interroge. Certains opprimés ne conçoivent qu’un retournement de l’ordre et de l’édification d’un monde où ils pourraient opprimer, à leur tour…

 

Il faudrait au moins 10 ans de formation des enfants pour que les individus citoyens comprennent que l’enjeu, c’est la sortie du système des deux classes et de l’oppression…

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 19 /  10 août 2008
La Révolution Improbable

 

Un intellectuel de mes amis a objecté que cette révolution socialiste, à Komoro, était totalement ‘importée’ et ne correspondait aucunement à la personnalité comorienne profonde. Et il est bien vrai que personne, en 1975, n’attendait une pareille remise en cause, dans un pays minuscule et arriéré, essentiellement dépendant et sans réserve énergétique, disposant de rares cadres et d’intellectuels à la structure mentale conservatrice ou/et opportuniste, Le retard à l’indépendance de Komoro (1975), par rapport aux autres pays africains (1960), ne peut que renforcer cette réalité et cette objection…

 

Dans ces conditions, effectivement, une révolution aussi profonde ne pouvait et n’a pu surgir qu’à la confluence de deux facteurs inattendus :

 

1/ l’arrivée sur le terrain et la présence active pendant 10 ans (1958-68) d’une équipe d’ingénieurs et de techniciens agricoles de haut niveau qui pose, sur la situation économique, un diagnostic sûr et énumère les remèdes possibles.

 2/ l’action d’un intellectuel libérateur, engagé dans le tissus agraire et capable d’assimiler l’analyse du B.D.P.A., d’élaborer une synthèse générale et un programme cohérent de développement pour le pays et de conduire une action adaptée et déterminée.

 

Cela revient à dire qu’en principe, aucune Révolution vraiment Socialiste n’aurait pu et dû procéder, en 1975,  des Comoriens eux-mêmes (y compris de la part des militants du Mo.Li.Na.Co., du Pa.So.Co. et de l’A.S.E.C.), sans l’exceptionnelle porosité de l’esprit d’Ali Swalih aux notions d’efficacité venues de France et sans son pouvoir conceptuel original et indépendant.

 

Mais, comme il était probable, le décalage entre le niveau général de compréhension du peuple en 1975 et celui qui était requis par la Révolution socialiste s’est avéré énorme et a bien servi la classe dominante et exploitante.

 

En revanche, l’objection sur le caractère ‘importé’ de la Révolution ne paraît guère recevable, dans la mesure où toutes les influences qui se sont exercées sur l’archipel  sont venues de l’extérieur :

 

1/ c’est le premier peuplement bantou qui a proposé et imposé la structure matricentrée (et le principe coutumier) de la société ; 2/ l’instauration des sultanats et la grille islamique des conceptions sont les produits de l’installation des Swahili de Kilwa ; 3/ la colonisation européenne et française est à l’origine des structures économique, politique, administrative, juridique, actuelles…

 

D’ailleurs, l’introduction d’influences à partir de l’extérieur n’est pas tout. Ce qui est aussi important, c’est ce que les récepteurs (les habitants du pays) en font. Un exemple paradoxal a été fourni par la savant hispano-arabe et musulman Ibn Rouch/Averroès dont l’héritage a été rejeté par les musulmans mais recueilli et exploité par les Européens, pour leur plus grand profit…

 

Se trouve ainsi posée la question de l’influence qu’a exercé cette courte période sur le fonctionnement de la société comorienne actuelle, 30 années plus tard.

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 18 /  23 juil 2008

Le Rôle de la Violence

 

L’Histoire comorienne a été marquée par deux grands accès de violence correspondant à la mise en place de deux ordres socio-politiques nouveaux :

 

1/ celui qui a permis à la classe féodale de se constituer propriétaire ‘légale’ de l’ensemble du domaine foncier et détentrice du pouvoir suprême, dans le cadre des sultanats institués autour de 1550 ; les anciens chefs Fani et Bédja et les clans qu’ils représentaient ont, alors, été subjugués et dépossédés.

 

2/ celui qui a vu l’avènement de la puissance coloniale française à Komoro, entre 1843 et 1891 ; la bourgeoisie industrielle qui visait surtout Madagascar n’a pas hésité à employer sa marine de guerre et à bombarder les villes fortifiées, pour réduire la résistance intermittente des sultans de l’archipel et pour offrir à une poignée d’entrepreneurs des domaines immenses, enlevés aux autochtones.

 

Dans les deux cas, il fallait à la nouvelle classe dirigeante et exploitante, une idéologie qui vienne justifier et consolider son pouvoir et proclamer sa supériorité intellectuelle et morale sur les dominés. Ce fut le religion islamique (mais quel islam ?) et l’ordre démocratique (mais quelle démocratie ?)

 

Ces deux idéologies ont poursuivi leur cheminement souterrain, avec assez de vigueur pour opprimer le peuple et le persuader de son infériorité prétendument congénitale. La violence et le système de contraintes propres à chaque régime ont ainsi continué à peser sur les gens, sans même qu’ils en aient conscience.

 

Qu’en serait-il, dans ces conditions, de la Révolution Socialiste, cette 3ème étape de l’Histoire de Komoro ? Emule de R.Dumont, Ali Swalih répugne, en principe, à verser le sang. Mais, analyste lucide des événements de l’Histoire, il sait que jamais la classe exploitante n’acceptera de bon gré de céder le pouvoir. L’affrontement étant inévitable (notamment autour de la question de la propriété de l’outil foncier), Ali décide de s’y préparer, de manière à en sortir victorieux. Et, dans la deuxième phase de la Révolution, celle de la suppression des privilèges et du rééquilibrage des droits politiques, il utilise l’arme de la crainte en laissant les petits Comités de village et les Commandos Mwassi faire régner la ‘peur’.

                                  L’ennui est qu’à cette période, les petites gens pour lesquelles la Révolution prétend travailler, sont souvent les premières victimes des vexations et de la violence des Mwassi ! Cela paraît illogique et incohérent et ça l’est effectivement. Ali sait bien que ces jeunes et ces cogneurs – souvent d’anciens Mranda – n’ont eu ni formation ni connaissances politiques. Mais pour le moment, il n’a pas d’autre avant-garde et leur utilité n’est que de casser l’ordre en place. Il les laisse improviser, sous le prétexte qu’ils vont apprendre par la pratique et ajuster leur action. Ils ne sont là que pour faire appliquer des directives (dont ils ne comprennent souvent pas le sens profond)…

 

Le fonctionnement des communes moudiriya, prévu pour août 1978, doit mettre fin à ce règne désordonné et arbitraire de la violence, quand les Comités de base et les Commandos Mwassi seront dissous, au profit d’instances régulières contrôlées par le pouvoir des travailleurs.

 

Mais le choc principal, dans l’irruption de la Révolution Socialiste à Komoro, il réside dans l’entrée brutale et inattendu du pays dans l’Histoire et dans la vie réelles. Le nouveau-né qui vient au monde pousse un cri au contact de l’air extérieur, après avoir vécu aussi longtemps protégé dans l’utérus de sa mère. Cette protection et cet aveuglement sont dispensés au peuple par une société de conciliation, dissimulation, tromperie, anesthésie, verbalisme fleuri et vide. Les dominants sont habitués à duper et mépriser le peuple et celui-ci à flatter ses maîtres et à se croire incapable de prendre en mains son destin…

 

Or, voici que le nouveau régime va demander des comptes aux méprisants et les tient pour responsables de la misère et de l’abêtissement dans lequel vit le peuple ! La violence est là.

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 17 /  21 juil 2008

Le Véritable Juge

 

Une des phrases clés prononcées par Ali Swalih est la célèbre formule 

 

‘Yé Taréhi, ndo Hakim !’ = Le véritable juge, c’est l’Histoire !’

 

que l’on peut rapprocher de l’expression employée par F.Castro :

 ‘L’Histoire m’acquittera !’

 

33 ans après son indépendance, la République Comorienne n’a toujours pas d’enseignement officiel de son Histoire, sur lequel la nation et la jeunesse pourraient s’appuyer. L’élaboration de cette synthèse n’est certes pas facile. Mais c’est aussi et surtout que la constitution de l’Histoire nationale implique un examen en profondeur du passé et des faits réels survenus dans le pays. Il faut, pour cela,  que les dirigeants du pays soient prêts à procéder à une véritable psychanalyse collective, un peu comme celle effectuée par la commission ‘Vérité et Réconciliation’ mise en place  par Mandela et Toutou, en Afrique du sud.

 

La classe dirigeante de Komoro (c'est-à-dire ses deux catégories, l’une féodale, l’autre bourgeoise et liée au régime colonial) s’est toujours intéressée à l’Histoire mais, pour l’essentiel, à l’Histoire des sultanats (chroniques nobiliaires et royales), à l’Histoire religieuse et à l’Histoire coloniale. Les grandes familles ne manquaient pas de produire leur généalogie sur laquelle elles croyaient pouvoir fonder leurs droits éternels à diriger la société. C’était toujours une Histoire statique qui permettaient aux ‘nobles’ de se dire ‘arabes’ et/ou descendants du Prophète ou de ses compagnons. Ils parvenaient d’ailleurs à abuser le peuple superstitieux et les étrangers de passage. Il était entendu, pour eux, que les autres Comoriens n’avaient aucune Histoire et aucun droit à faire valoir. Le pouvoir appartenait aux ‘Arabes’, une fois pour toutes et à jamais.

 

L’ennui est que ces ‘nobles’ ne parlaient plus l’arabe, depuis longtemps, et vivaient en dehors de l’Histoire dynamique, celle qui transforme les nations, les sociétés et les individus. Après les Grecs, les Arabes ont d’ailleurs perdu leur rôle moteur dans l’Histoire et oublié leur esprit novateur d’autrefois.

 

Ali Swalih a une autre conception de l’Histoire ; elle est un matériau précieux qui permet l’examen et la correction des erreurs, pour celui qui recherche le bonheur de son peuple. Il faut d’abord lui rendre sa place dans la fabrique de l’Histoire et traquer la vérité, si l’on veut avoir prise sur la vie quotidienne. Il faut s’intéresser à la vie réelle du peuple et réfléchir sans cesse à la manière d’améliorer sa condition.

 

C’est dans cette perspective et quand les obstacles se multiplient sur son chemin qu’il emploie l’expression connue. Il estime que, quelles que soient les impressions du moment, le temps viendra où l’on se demandera ce qu’il a voulu faire et où l’on reconnaîtra ses mérites.

 

Il fait confiance à l’Histoire et aux historiens pour lui rendre justice, en dernier ressort. Il explique d’ailleurs que le jugement de l‘Histoire préfigure l’avenir lointain et donne une idée de ce que pourrait être le jugement de ‘Dieu’, un dieu qui serait le défenseur et non l’oppresseur des peuples…

 

Les historiens ne font que commencer à travailler et chacun peut apporter sa contribution à la connaissance de cette période de la Révolution Socialiste à Komoro.

                                                                                                  Lou Bellétan

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 16 /  19 juil 2008

La Mystique du Travail

 

En réhabilitant la classe des producteurs et des travailleurs manuels, hommes et femmes des campagnes notamment, Ali n’a pas seulement réintégré dans la société et dans l’Histoire tous ceux que la classe féodale avait marginalisés et discrédités. Il n’a pas seulement fait œuvre de justice sociale ! Il a du même coup valorisé la notion de travail productif. Le travail accumulé va, en effet, constituer un capital que la communauté, au travers d’un Etat mis à son service, va pouvoir utiliser pour investir dans le développement économique, social et culturel du pays.

 

Entre 1884 et 1975, les grandes entreprises coloniales installées à Komoro ont dégagé des profits considérables mais ne les ont pas investis dans l’archipel ; elles se sont contentées de distribuer des salaires très faibles et  ni elles ni l’administration n’ont construit les infrastructures du pays. D’ailleurs, pour ces instances, les Comoriens sont plutôt paresseux et se désintéressent du développement.

                               Ce jugement rapide ne tient pas compte de deux réalités de base :

1/ le colonisé n’aurait pu être stimulé dans ses efforts que s’il avait constaté des améliorations sensibles dans ses conditions de vie ; 2/ il était soumis à d’autres obligations (sociales, religieuses, coutumières) qui échappaient à l’attention du colonisateur mais qui le requéraient souvent et même la nuit… C’est pourquoi, il se montrait parfois somnolent, dans la journée et pendant son travail officiel (Ali ne l’ignore pas qui fut assez hostile à l’activité des confréries religieuses : elles faisaient sauter ses adeptes une bonne partie de la nuit, les rendant inaptes à tout travail efficace du lendemain !)

 

Le Guide entend bien libérer le travailleur et le travail, dans la perspective du développement auto-centré du pays. Il fustige les piliers de mosquée et requiert la participation de tous, hommes et femmes, à la construction des moudiriya. Il n’est pas question, pour les soi-disant nobles de s’exempter de cet effort et d’envoyer leur prétendus subalternes les représenter au travail ! Le travail intellectuel lui-même devient suspect, s’il n’est pas mis au service de la production effective. Car les idéologues féodalo-bourgeois et les charlatans ne travaillent qu’à tromper le peuple et à le maintenir dans la misère et la sujétion. Seuls les techniciens peuvent et doivent servir le peuple…

 

Le Chef de l’Etat, lui-même, donne d’ailleurs l’exemple à suivre : non seulement, il ne rechigne pas à porter un sac de riz, avec les dockers, mais encore il travaille jour et nuit, s’accordant de courtes plages de sommeil ; il dort peu et projette un emploi du temps type que respecterait le Comorien idéal : 6 h de travail productif et une ou deux heures de formation intellectuelle et civique.

 

Désormais, le travail est mis au service de l’économie, l’économie n’a qu’un but et qu’un intérêt : la redistribution directe (sous forme de rétribution monétaire) et indirecte (sous forme de services d’intérêt public) du produit total au peuple.

 

Dès lors, le travailleur manuel, essentiellement cultivateur dans la première phase, n’est pas seulement réhabilité ; il est placé au centre du dispositif politique que va constituer la commune auto-gérée (moudiriya) car il va être le moteur du développement et du passage à l’agro-industrie projetée. Il sera l’agent et le bénéficiaire du modèle de socialisme rural qu’a conçu le Guide.

 

C’est pourquoi, dans ses discours, il s’adresse à chacun dans sa double dimension : de producteur (plan technique) et de citoyen (plan civique)  [v. p.476]

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 15 /  12 juil 2008

Les Classes Socio-Politiques :

 

Dans un pays donné, il n’y a que deux classes sociales : 1/ l’une, minoritaire, détient le pouvoir et les divers leviers de l’enrichissement durable ; elle vit dans l’aisance et fixe les valeurs et l’idéologie dominantes. 2/ l’autre, majoritaire, n’a que sa force de travail à offrir et ne fait que survivre dans des conditions difficiles. Mais dans la vie concrète, la séparation de ces deux classes est masquée, en sorte qu’on ne voit pas clairement la limite entre les deux.

 

Pour y voir clair, il faut considérer et distinguer l’appartenance objective et l’appartenance subjective de chaque catégorie. Par exemple, Ali place dans la classe dominante et exploitante les catégories alliées de la Bourgeoisie : a/ les grands-coutumiards ; b/ les charlatans ; c/ les nobles de naissance ; d/ les fonctionnaires à double revenu ; e/ les commerçants à double profit (p.136). Ce sont là des catégories qui ne sont pas toutes et objectivement des membres de la classe exploitante ; il y a même des nobles et des bureauticiens pauvres ! Mais leur structure mentale font qu’ils soutiennent l’ordre établi, refusent de travailler pour le peuple et vivent sur son dos. Ils appartiennent donc subjectivement (par choix et manière de penser) à la classe bourgeoise qui tire ses profits du travail sous-payé des salariés sans terre et du commerce de l’import-export … C’est naturellement l’idéologie Milanantsi / Oukabaïla et l’islam féodal qui assurent le lien entre ces catégories et la bourgeoisie des villes. Les chefs religieux et notamment les charifs entrent dans cette catégorie des nobles qui «se sont donnés la peine de naître parmi les «wazalé ndro’…

 

De même, Ali recense 3 catégories qui sont les alliés du Travailleur Manuel et de la classe dominée et exploitée ; et ce sont, d’après lui, les jeunes, les femmes et les techniciens. Mais ces 3 groupes, rejetés à la périphérie de la société politique comorienne, ne seront conscients de leur appartenance de classe que s’ils bénéficient de l’apport décisif de la théorie fondamentale du socialisme (Fikira Mchindji). En effet, sans elle, les jeunes ne feront qu’aspirer au rôle de notable qu’on leur propose pour un avenir encore lointain, les femmes resteront impuissantes et résignées, les techniciens continueront à se sentir inutiles, dans une société arriérée et misérable qui ne les reconnaît guère...

 

Car le rôle de l’idéologie est important ; le peuple est, en effet, dressé depuis l’enfance à obéir et à supporter l’ordre prétendument voulu et établi par ‘Dieu’ : cela commence dans la famille, puis à l’école coranique, puis dans le village, puis dans l’espace régional, enfin dans l’espace national ; il est toujours une force d’appoint pour des causes qui ne lui profitent guère ; la directive est claire :

 

«Obéissez à Dieu, / au Prophète et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. »        

                                                                                                                     [Coran S.4 v.59]

 

Il faut donc qu’un intellectuel libérateur lui rappelle une vérité simple :

 

«Dieu ne modifie rien en un peuple, avant que celui-ci ne change ce qui est en lui.»

 [Coran S.13 v.11]

 

C’est en cela que l’islam (comme les autres religions) est le théâtre d’une lutte interne qui échappait et échappe encore largement à la classe exploitée… Pour Ali, tant qu’il y a deux classes opposées, il y a deux nations ; Une telle société est simplement la négation de la Nation Comorienne.                        

                         K.N.

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 14  /  11 juil 2008

La Langue et l’Os

 

Peut-être parce qu’il est polyglotte (= qui peut parler plusieurs langues) et a des bases solides, Ali Swalih s’avère très tôt un orateur de talent, notamment dans les langues comoriennes, quand, à la tête de la S.O.D.E.C. (1964-67), il s’adresse aux cultivateurs de l’archipel. Comme chef du principal parti d’opposition (Umma) au pouvoir ‘vert’, il prononce en public des discours remarqués, de 1972 à 1975. A cette occasion, il avance parfois des idées, audacieuses pour certains. Mais, au pays où ‘la langue n’a pas d’os’, personne n’y fait très attention. Il est entendu, pour tout le monde, que le verbe n’engage aucunement l’action ; en général, aux Comores, le verbe et le vœu remplacent l’action et en tiennent lieu. C’est d’ailleurs pourquoi on se satisfait facilement de bonnes paroles et on reporte sur ‘Dieu’ la responsabilité de sa propre passivité ; c’est que ‘Dieu’ n’a pas voulu…

 

Pour le monde traditionnel, le verbe sert plutôt à cacher l’action répréhensible. Tout ce qui ne doit pas exister, commence par ne pas exister dans la parole. Le verbe permet ainsi de nier le monde et d’éviter de s’attaquer aux maux de la société féodalo-bourgeoise. Mieux vaut faire croire au peuple qu’il vit dans le seul et le meilleur monde possible et qu’il est assuré d’atteindre le bonheur, après sa mort toutefois…

 

Mais là encore, Ali rompt avec les usages. Il ne parle pas pour briller mais pense ce qu’il dit et dit ce qu’il pense. En fait, il s’exprime assez peu sur ses intentions. C’est uniquement à son accession au pouvoir, le 2 janvier 1976, que l’on commence à comprendre comment il fonctionne. Car, pour lui, au contraire de tous les politiciens ordinaires, il n’est pas question de séparer le verbe et l’action. Dans sa conception, la théorie et la pratique sont engrenés et donc, étroitement interdépendants. La théorie n’a de valeur, à ses yeux, que si elle enclenche l’action concrète. En retour direct, la pratique expérimentale doit être, aussitôt après, examinée et critiquée ; dans ces conditions, elle permettra d’affiner et d’ajuster la théorie première. Ainsi, théorie et pratique se relaient sans cesse chez lui.

 

Ali recommande, par eemple, de laisser s’écouler le moins de temps possible entre l’annonce et l’action. Lui-même n’annonce aucune décision qu’il ne soit capable et en mesure de faire advenir dans les jours qui suivent. C’est ainsi qu’il procède pour les grandes étapes de sa gouvernance : la Révolution des structures étatiques (oufwakouzi wa madaraka wa Mkolo), la Révolution Politique de l’égalité des droits et des devoirs (oufwakouzi wa oussawa wa siyassa), la Révolution économique et sociale (oufwakouzi wa oussawa wa maécha)… Rien n’est caché au peuple et aux ennemis du peuple… C’est ainsi que l’on gagne du crédit et de la considération.

 

C’est aussi pourquoi, quand le moment est venu pour lui de s’effacer, Ali demeure lucide et probablement optimiste, si l’on se réfère à sa phrase :

 

                   « L’échec d’aujourd’hui prépare les succès de demain. »

 

Avec lui, la langue a pris de l’os et  l’Etat  Comorien de l’autorité…

 

L.B.

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 13  /  9 juillet 2008

Fête Nationale et Indépendance

 

Au cours d’un bref séjour à Paris (du 1er au 7 juillet), j’ai eu l’occasion de parler du Père de la Révolution Socialiste, le 5 juillet, dans le gymnase d’Aubervilliers (devant un petit nombre de personnes) et les 5 et 7 juillet, au micro de deux radios associatives,  celle des Mwali (animateur Kamal Ben Saïd) et Douniya Web (animateurs Djamal Msa-Ali et Aboubacari). Je n’ai malheureusement pas pu bénéficier du concours d’un organisateur et trouver une grande salle pour le thème.

 

Parmi les nombreux sujets abordés à Aubervilliers, l’un des plus intéressants a porté sur l’indépendance et les militants qui l’ont arrachée pour leur pays. L’un des intervenants a fait l’éloge (mérité) de ceux qui ont combattu, les armes à la main, pour l’obtenir et a mentionné le F.L.N. d’Algérie, le Frélimo de Samora Matchel, le MoLiNaCo… En comparaison, l’attitude d’Ali paraît bien pâle et énigmatique. Voici un militant qui cache son jeu pendant 7 ans et qui, en 1973, semble même à la traîne des politiciens professionnels qui confient au Président Ahmed Abdallah la tâche de se rendre à Paris pour y négocier l’accession des Comores à l’indépendance…

 

Mais, quand on creuse un peu, tout se retourne. Le F.L.N. a finalement été le théâtre d’affrontements internes sans fin et a largement trahi le peuple algérien, laissé dans le dénuement. L’héroïque Samora Matchel et ses hommes ont été entraînés dans une guerre cruelle qui a duré des années et a laissé un pays exsangue. Le MoLiNaCo n’a jamais pris une importance digne de son rôle précurseur…

 

En fait, si Ali  ne se hâte pas de réclamer l’indépendance, c’est qu’il considère deux questions centrales : 1/ qu’est-ce que l’indépendance véritable ? Car celle que Pompidou offre à Ahmed Abdallah est une fiction ; Komoro doit rester sous tutelle française et bénéficier d’une perfusion financière permanente.  Pour Ali qui sait ce qu’un mot veut dire, être indépendant signifie SUBVENIR A SES BESOINS PAR SES PROPRES MOYENS. Et de plus, pour Ali, il ne s’agit pas de changer de maître !

 

C’est pour cette raison qu’il élabore une Théorie puissante, un Programme global et détaillé, qu’il cultive une Volonté de fer et qu’il renforce ses Capacités (en suivant divers stages de formation en agriculture, économie, finances, diététique…). Il se prépare à la fonction d’un Chef d’Etat qui veut et doit apporter à son peuple une réelle amélioration de ses conditions de vie.

 

2/ Comment parvenir à la fonction suprême, alors que les forces conservatrices et bourgeoise emploient tous les moyens (et notamment les élections truquées) pour s’y maintenir ? C’est ainsi que l’homme politique Ali Swalih est généralement considéré comme un caméléon ; il se fond effectivement dans le paysage et nul ne sait où il se situe exactement. Les super-révolutionnaires sur le papier de l’ASEC 1975 sont les premiers à s’égarer et à rater le train de la Révolution, simplement par orgueil et aveuglement. Ils vont ainsi puissamment seconder les forces d’opposition au Guide et favoriser l’arrivée au pouvoir de la ploutocratie armée dont ils seront victimes en 1985.

 

En 1975, les Comoriens sont, dans leur grande majorité, dépendantistes parce que l’idéologie Milanantsi ou Oukabaïla (prolongée par l’idéologie coloniale) les a formés dans cette attitude, depuis longtemps. Mais les politiciens des villes leur ont montré l’indépendance comme un point d’arrivée, Ils comptent surtout s’approprier les terres des sociétés coloniales et s’enrichir rapidement, aux dépens des villageois. Ali, lui, sait que l’indépendance n’est qu’un point de départ et que le combat pour la construction et le développement de Komoro sera ardu…

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 12  /   juin 2008

De la Conscience Nationale

 

Ali a d’abord construit la conscience nationale en lui-même ; à l’internat du lycée Gallieni, il avait pour camarades des Maorè, des Anjouannais, des Mwali et des Ngazidja. Et, pendant les vacances, il ne manquait pas d’aller leur rendre visite dans leur île. Ensuite, comme Directeur de la Sodec (1964-67), il a parcouru chaque île, connu ses reliefs, sa végétation, ses terroirs et ses habitants cultivateurs, étudié leurs techniques et leurs traditions culturelles. A partir de 1967, il veille à fonder son action politique sur l’équilibre et la justice sociale ; c’est pour cela qu’il se rapproche des Mwali et des Maorè que le Président S.Mohamed Cheikh a, semble-t-il, un peu négligés ; il compte même Younoussa Bamana parmi ses amis intimes et le défend lorsque celui-ci est arrêté en 1973.

 

Mais, en 1975, la nation est encore une idée neuve pour les Comoriens, habitués à militer pour leur famille, leur clan, leur quartier, leur village ; le mot nation vient du latin natus = né ; la nation est donc l’ensemble des humains appartenant à une même zone géographique où ils sont nés, et ayant en commun une même expérience, souvent une même langue, une même culture et un même niveau technique et idéologique . Car l’être humain est à la fois une nature et une culture ; sa nature même comprend une aptitude à ‘cultiver’ tout ce qui l’entoure, par le verbe et par l’action sur le milieu.

 

En ce sens, la nation comorienne existe potentiellement et statiquement mais elle n’a pas été cultivée et renforcée par une action dynamique, cohérente et globale. Car, de même qu’un individu doit souvent renouveler sa carte d’identité, une nation doit travailler sur son identité, en développer les points forts et en réduire et contrôler les points faibles. L’identité nationale est une notion dynamique et l’on ne peut se contenter de l’attitude qui consister à rester indéfiniment ce que l’on a été, notamment quand on a développé des traits négatifs… Ceci est valable pour toutes les nations…

 

C’est à la construction d’une identité nationale dynamique et adaptée aux temps présents que va s’atteler le Guide de la Nation. Il le fait d’abord en considérant qu’une nation ne peut pas être composée de deux classes antagonistes car, alors, comme l’avait prédit Aristote, il y aura une cassure dans la nation. Le développement du pays devra donc concerner l’ensemble des habitants et non seulement une partie de la population. Ensuite, chaque jeune bachelier, garçon ou fille, est affecté dans une île dont il n’est pas originaire et qu’il apprend ainsi à servir et découvrir.  La toute nouvelle Armée Nationale est mise en demeure de produire ses subsistances pour ne pas vivre aux dépens du peuple. Enfin, les langues du peuple, maintenant écrites, deviennent celles de l’administration, en sorte que les beaux parleurs en arabe et en français ne peuvent plus tromper les populations.

 

Mais la nation ne sera constituée qu’au terme d’une formation des enfants et des adultes ; un travail sur les langues du peuple est mené pendant la campagne d’alphabétisation ; la création artistique et littéraire (musique, théâtre) est encouragée ; la réflexion sur l’Histoire est à la base de la pensée d’Ali Swalih qui  n’a, cependant, pas le temps d’établir un Comité National chargé de composer et rédiger l’Histoire de Komoro…

 

Mais le Guide ne développe pas un nationalisme borné et fermé. Son nationalisme est logiquement compatible avec un internationalisme de principe…

 

                                                                                       Nari’oundré Komoro na Mkomoro

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 11  /  23 juin 2008

De la Bourgeoisie Nationale

 

A partir de 1.500 JC, les seigneurs swahili qui sont venus s’installer dans l’archipel découpent le territoire des îles en sultanats et s’approprient le domaine foncier. Les indigènes (sauf ceux qui se sont alliés avec les seigneurs féodaux) se trouvent subordonnés ou marginalisés. Les nouveaux maîtres remplacent les bédja et contrôlent des domaines plus vastes que les anciens chefs de communauté.

 

Bientôt, ils occupent, dans l’espace géographique et dans l’espace socio-politique, une place qui leur garantit un enrichissement rapide ; en effet, ils constituent l’intermédiaire obligatoire sur les deux axes d’échange de produits : de l’intérieur productif vers l’extérieur qui demande des produits locaux ; en sens inverse, de la mer et des ports où arrivent des produits rares vers l’intérieur où les paysans les demandent. Les droits de péage sont prélevés par les seigneurs des villes côtières qui fixent les prix d’entrée et de sortie. Ils jouent donc le rôle d’importateur et d’exportateur.

 

Dans ces conditions, les grands féodaux propriétaires du foncier sont prédestinés à se transformer en une bourgeoisie commerçante. Cela se confirme rapidement au 18ème siècle, lorsque les colons français et créoles se lancent dans la production industrielle du café. A ce moment là, les féodaux comoriens se spécialisent dans le commerce des êtres humains, des prisonniers bantous que les chrétiens et les musulmans ne considèrent pas comme des humains (sous prétexte qu’ils n’ont pas de livre de référence) et dont ils confisquent à leur profit la force de travail.

 

La fourniture de produits sur le marché mondial se poursuivra avec le sucre, la vanille et le girofle, à l’instigation des Sociétés coloniales et surtout de la S.C.B. qui unifie l’archipel et brassant les populations, notamment à Mw et à May.

 

Ali a bien remarqué l’existence de cette bourgeoisie nationale mais il estime qu’elle n’est pas en mesure d’accumuler un capital utile et de l’investir dans le démarrage d’une agro-industrie qui contribuerait au développement du pays. Ce n’est pas une bourgeoisie industrielle et dynamique mais une couche parasitaire et uniquement commerçante. Sans doute, pousse-t-elle à l’indépendance mais c’est de manière partielle et intéressée. Elle lorgne surtout sur les grands domaines de la SCB dont elle veut s’emparer pour y faire produire les produits d’exportation… Elle compte donc refermer «la parenthèse coloniale» et reprendre le haut du pavé, «avec l’aide de Dieu»…

                   Faire croire que cette bourgeoisie nationale, essentiellement occupée à s’enrichir aux dépens du peuple, est capable et désireuse de construire un pays indépendant,   est une nouvelle supercherie (ouhadaïa).

 

C’est pourquoi Ali va décevoir cette catégorie sociale qui comptait beaucoup sur l’indépendance nominale du pays : non seulement, il ne précipite pas le démantèlement  des grands domaines coloniaux, mais encore il annonce la nationalisation de tout le domaine foncier de l’archipel (et immédiatement des 3 îles qu’il administre).

                                                  Mais pourquoi cela ? Quel est son projet ?

***

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 10  /  22 juin 2008

Aux Femmes Comoriennes

 

un des scandales provoqués par Ali Swalih a été le ‘mélange des genres’ : entre 1976 et 1978, garçons et filles, femmes et hommes, ont été mis en demeure de construire ensemble les nouvelles communes auto-gérées moudiriya. Cette intégration des citoyens dans la cité était pour les conservateurs une innovation blâmable.

 

Les questions se posent donc ainsi : la séparation statutaire des espaces, des travaux, des esprits,  est-elle légitime (comme l’affirment les conservateurs) ou non (comme le prétend  Ali) ? Considérons l’Histoire : au début, il y a eu une séparation fonctionnelle qui s’est instaurée naturellement : les femmes, ralenties par le soin à donner aux enfants, restaient dans un espace plus fixe ; les hommes, requis par les soins de la chasse, devaient se déplacer ensemble et s’éloigner des campements.

 

Beaucoup plus tard, lorsque les sociétés se sont organisées, sur la base de l’agriculture et des cités, le patriarcat s’est établi (-- 6.000 J.C.) et, avec elle, la société de classes et d’oppression. Dans cette structure patriarcale (où le patriarche a pouvoir de vie et de mort sur tous les membres de son clan), la femme est devenue une mineure. Un statut spécial et discriminatoire (c'est-à-dire un code fixant de manière arbitraire les droits diminués et les devoirs augmentés d’une catégorie de citoyens) a été édicté pour elle et contre elle.

 

On peut comparer ce type de société avec le modèle qui a existé en Afrique du sud où un statut différent et inférieur était réservé aux habitants noirs…

On peut aussi penser au statut de dhimmi dans l’espace islamique et au statut (non officiel et illégal) de Français d’origine maghrebine actuellement…

 

Quand arrivent les réformateurs Lao-Tzou, Bouddha, Jésus, Mahomet, Marx, les patriarcaux et les hiérarchistes sont menacés mais ne tardent pas à reprendre la main et à détourner l’esprit du message de ces théoriciens-praticiens.

 

Il est vrai qu’à Komoro (dont la structure sociologique d’origine bantou est matri-centrée), la femme occupe une place enviable et une situation protégée. Néanmoins, et alors même qu’elle exerce une influence réelle, elle n’a cependant pas le droit de prendre la parole sur la place publique de la cité (mdji).

 

Ali qui a pour tâche et mission de construire un pays moderne ne connaît et ne veut connaître qu’un seul statut, celui de l’individu citoyen libre, solidaire,  dynamique, égal en droits et en devoirs, responsable de ses actes. Il n’y a plus, dans ces conditions de statuts particuliers : noble, descendant de Mahomet, descendant de prisonniers (waroumwa), musulman/non musulman, humain masculin/féminin, homosexuel, enfant adultérin (mwana haramou)…

 

Ali Swalih, à l’instar de H.Bourguiba, s’avère ainsi être le libérateur des femmes, comme des travailleurs de la campagne, des villes et de la mer, comme des jeunes et des adolescents, mais il leur assigne aussi des devoirs envers la Nation.

 

Narioundré Komoro

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 9  /  20  juin 2008

 Aux Chefs Politico-Religieux

 

De nombreux Comoriens ont cru et croient encore que la religion peut constituer le ciment de la nation. L’islam paraît, en effet, pouvoir unifier les populations de l’archipel. Si tel était le cas, cependant, ce serait précisément à la manière du ciment qui, en se refroidissant, enserre et emprisonne les pieds de celui qui a eu l’imprudence de rester sur place. Mouhammad Abdallah, certes, a employé l’islam à rassembler les populations de la péninsule arabique et a réussi à fédérer les tribus et les cités, au point d’être considéré comme le père de la nation arabe. Mais la doctrine islamique est apparue en Arabie et est ‘parfaitement’ adaptée aux populations de cette région, précédemment divisées et au service des Empires byzantin chrétien à l’ouest, persan zoroastrien à l’est.

 

A Komoro, l’islam a été importé et, bien que les Comoriens en aient fait une chose à eux, l’ait adapté autant qu’adopté, c’est une doctrine qui les tourne vers le monde arabe et les détourne de la construction de leur fonds propre (lire F.Fanon, à ce sujet).

 

Mais surtout, ils n’ont pas aperçu que la religion régnant chez eux (comme c’est le cas ailleurs dans le  monde) n’est pas n’importe laquelle. Ce n’est pas l’islam humaniste (cher à Ali Swalih), c’est l’islam féodal, celui dont la classe dominante s’est emparée pour le faire servir à sa domination. Car il structure le champ politique de manière systématiquement inégalitaire et hiérarchiste ; il multiplie les statuts particuliers pour ne pas reconnaître la pleine citoyenneté aux membre du corps socio-politique. Ali rejette cet islam là et dénonce l’imposture (= ouhadaïa) consistant à faire croire que ces chefs politico-religieux pourront construire la nation comorienne dont ils continuent à exclure la majorité (les femmes, les descendants de prisonniers waroumwa, les wana haramou, les techniciens, les jeunes, les enfants, les homosexuels etc…) pour empêcher l’émergence de l’individu citoyen, libre, solidaire, dynamique, égal, responsable dont le pays a besoin…

 

Ali avait une autre raison pour récuser les théologiens (qui prétendent parler de ‘Dieu’ alors qu’ils ne savent pas grand’chose de l’humain, matière pourtant plus simple, en principe). Et c’est précisément leur très bas niveau de culture. Car il avait été frappé par l’immense retard intellectuel, scientifique, technique et même moral, accumulé par les élites de l’espace islamisé. Il lui suffisait, pour cela, de recenser les 100 ou 200 dernières inventions ou découvertes effectuées par l’humanité, au cours des 500 dernières années… Aucune ou presque n’a été le fait d’un musulman. Comment expliquer que les musulmans, à la tête du progrès des sciences et des techniques autour des années 1.250 J.C., soient devenus les derniers de la classe, depuis lors.

 

La tragédie s’est jouée vers cette époque, lorsque les partisans du grand intellectuel (malheureusement oppresseur) Al-Ghazali (1.050-1.111) ont repris la condamnation du maître envers Ibn Arabi et Ibn Sina :

 

«Socrate, Platon, Aristote, nous devons tous les considérer comme des incroyants, ainsi que les philosophes soit-disant musulmans – tels Ibn Farabi et Ibn Sina - qui ont adopté leur système. » 

 

Dès lors, le fidéisme (=suprématie absolue de la foi aveugle) pouvait l’emporter dans les masses et bannir le libre esprit philosophique et critique de tous les champs d’activité, à commencer par le champ politique ; les dictatures et les ‘poignards volants’ allaient désormais présider à la vie en société, et cela au grand profit des autorités et potentats de tous poils (de barbe, notamment). Ali - qui était l’intelligence même - ne pouvait s’accommoder d’un islam féodal. Il aurait certes favorisé l’émergence d’un islam humaniste ‘en affinité’ avec le socialisme auto-gestionnaire et rural qu’il était en train d’établir…

                                                                                           Narioundré Komoro na Mkomoro

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 8  /  9 juin 2008

Aux  Partisans du  'Mariage Fastueux'  de Ngazidja

 

Après la disparition d’Ali Swalih, le système d’organisation communautaire propre à Ngazidja (a’anda na mila) a repris toute son importance. Féodalisé à partir de 1550, il avait franchi l’étape coloniale et pris un caractère bourgeois que permettait l’introduction de la monnaie. S.Mohamed Cheikh l’avait supprimé, mais seulement sur le papier, par un décret  demeuré sans effet.        

 

Ce système, si fort et structuré, poursuit une belle carrière à Ngazidja et  même en France où, cependant, il ne fait que préparer les festivités qui auront lieu dans l’île, pendant la saison sèche.

 

La question sera donc double ou même triple, au cours de nos débats :

 

1/ Pourquoi les éléments les plus conservateurs de la société comorienne tiennent-ils tant à faire fonctionner ce système ? Quel avantage y trouvent-ils ? Comment le système a’anda s’est-il articulé avec le pouvoir de ploutocratie armée qui a prévalu de 1978 à 1989 ? Quels sont ses effets et méfaits dans les domaines politique, économique, social et culturel. Sur le plan artistique, la période des sultanats a accouché de réussites incontestables, avec l’architecture, l’art décoratif, l’éloquence poétique et lyrique, la littérature orale et même écrite… Malheureusement, l’ordre féodal puis l’ordre colonial n’ont pas su protéger ces trésors culturels.  C’est l’occasion de rendre hommage à Fatima Mohamed-Chahalane et aux membres de son collectif pour leur combat actuel de réhabilitation des richesses monumentales comoriennes.

 

2/ Pourquoi les villageois du peuple sont-ils si attachés à ce système ? Quels avantages y trouvent-ils ? Et comment sont-ils aussi victimes inconscientes de ce système rétrospectif ?

 

3/ Pourquoi le fondateur de Komoro a-t-il voulu mettre fin à ce système ? Il avait vu que la construction du pays indépendant se heurtait à deux obstacles majeurs : l’occupation de Maorè et la domination politique d’une classe encore largement féodale dans ses conceptions. Il a dénoncé la supercherie (ouhadaïa) qui consistait pour les notables à faire croire qu’ils seraient qualifiés pour construire la Nation comorienne et conduire la bataille du développement économique, social et culturel…

 

Il faudra aborder et traiter ces trois questions pour pouvoir comprendre l’ensemble du dossier. Nous devrons donc dresser un tableau de trois gradations du système (a’anda, a’anda na mila, mila na ntsi), avec son volet positif et son volet négatif. Nous le ferons ensemble. Et  nous en profiterons pour présenter la parabole de ‘La Chemise Déchirée’…

 

Narioundré Komoro

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 7 / 3 juin 2008

Aux Lecteurs du livre ‘L’Imposture’ (‘Mila na Ntsi Ugangui’)

 

Certaines personnes disent qu’elles vont acheter le livre pour leurs enfants ou leurs petits-enfants. Cela signifie assez clairement qu’ils n’ont pas, quant à eux, l’intention de le lire. Ils estiment seulement qu’en offrant cet ouvrage, ils transmettront de l’intelligence à leurs descendants. Ils n’ont pas tort mais il faut aussi considérer que l’on transmet d’abord l’exemple d’une vie et d’une pratique quotidienne.

 

Or, précisément, le livre est conçu pour apporter un changement dans l’être et le comportement de son lecteur. Pour cela, il faut non seulement lire un livre important mais encore en assimiler la substance riche, comme on le fait avec des aliments. Le livre ainsi nourrit la pensée. Ali Swalih était un grand lecteur. Il ‘dévorait’ les livres et, chaque fois, il en retirait un profit. Pour cela, il pratiquait une lecture attentive et critique, celle qui permet d’analyser le texte et d’en distinguer les concepts les plus riches, les plus nutritifs (= nourrissants).

 

C’est ainsi qu’il a lu un grand nombre de livres dont ‘le Coran’, le ‘Manifeste du Parti Communiste’, ‘La République’, ‘Que Faire’, ‘l’Etat et la Révolution’, ‘A propos de la Contradiction’, ‘les Damnés de la Terre’, ‘l’Afrique Noire Est Mal Partie’… Ces ouvrages lui ont permis d’élaborer sa théorie politique appelée ‘Fikira Mchindji’…

 

Mais revenons au livre ‘L’Imposture’ (= ouhadaïa) ; il est assez épais pour impressionner et faire peur aux lecteurx. C’est pourquoi je leur donnerai un Conseil de Lecture :

 

/1/ si vous êtes un travailleur manuel et connaissez mieux le comorien que le français, vous pouvez commencer par les textes comoriens (les pages rouges 115 à 280). Elles sont faciles à lire, claires et contiennent l’essentiel de la pensée du Guide de la Révolution Socialiste.

/2/ Si vous voulez avoir une idée de la personnalité d’Ali Swalih, c’est tout aussi facile parce que les articles sont très courts (p.499 à 644). Par exemple, vous avez entendu dire qu’Ali avait été un dictateur. Vous cherchez à la lettre D et vous trouvez ‘Le Dictateur’ (p.540).

/3/ Si vous voulez connaître l’enfance d’Ali, son adolescence, ses talents sportifs, et pourquoi il s’est engagé dans la carrière agricole, commencez par le début et voyez les pages 4 à 24.

/4/ Si vous avez connu Ali Swalih et participé à la Révolution, vous pouvez commencer directement à page 645. Vous aurez tout le temps de lire le reste.

/5/ Si vous vous intéressez à la situation politique qui a précédé l’indépendance et aux conditions de la proclamation unilatérale de l’indépendance, vous pouvez aller directement aux pages 24 à 70.

/6/ Si c’est la Révolution Socialiste qui vous intéresse, alors il faut lire les pages (83 à 113) consacrées à la gouvernance d’Ali Swalih.

/7/ Vous trouverez aux pages 283 à 312 les obstacles rencontrés par le Chef de l’Etat Comorien entre 1976 et 1978.

/8/ Si vous êtes un spécialiste versé dans la science politique, peut-être serez vous intéressé par les pages 425 à 500.

/9/ Enfin, les pages bleues (311 à 423) recensent la date des événements, survenus entre 1974 et 1978 et contiennent l’essentiel des discours du Mwongozi.

                      Voilà de quoi satisfaire tous les publics, semble-t-il.           N.K.

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 6   /   1 juin 2008

Aux Amis d’Ali Swalih

 

Hier, samedi 31 mai, je me suis rendu à la salle proche de la rue Vernier à Nice, où une section de l’Association des Amis d’Ali Swalih commémorait la disparition du Guide, assassiné le 29 mai 1978. Tout a été organisé avec soin, par les militants, selon les normes du tahlil.

 

Cependant, j’ai observé quelques points qui pourront être améliorés, dans l’avenir. 1/ Pour commémorer (= célébrer ensemble) le souvenir du Guide du Peuple, il faudrait d’abord montrer que sa pensée est vivante et agissante et donc l’étudier. Ce serait la meilleure manière de lui rendre hommage et justice. 2/ A cette réunion, il n’y avait aucune femme ! Il est vrai que la coutume et la religion l’exigent. Mais Ali a-t-il lutté pour maintenir la coutume féodale et l’islam dans sa version féodale ? A-t-on oublié que garçons et filles, hommes et femmes ont été appelés en 1976, pour construire ensemble les moudiriya ?  3/ On a arboré le drapeau national comorien. Fort bien ! Mais, le drapeau national de 1976 était très différent et portait une symbolique (des signes à comprendre) précise et forte (voir la couverture du livre).  4/ la salle de Nice comporte une scène très éloignée du public, en sorte que les responsables dominent les citoyens. Mais rappelons-nous qu’Ali se mettait au niveau du peuple et travaillait avec lui (voir p.114)

 

Tout cela pour expliquer que, même quand on est un partisan d’Ali Swalih, on a beaucoup à apprendre. Nous devons rester modeste et étudier sa théorie et surtout sa pratique. Souvenons-nous que le Guide a voulu construire Komoro mais aussi MKomoro. Et là, il faudrait se demander, avant chaque action :

 

         «Est-ce que je contribue à construire Komoro quand 

1/ j’envoie de l’argent à mes parents dans mon village ?

2/ j’accomplis la cérémonie houtriya dahoni de ma nièce à Ngazidja ?

3/ j’observe le mois de jeûne pendant ramadani ?

4/ je demande à ma fiancée de quitter l’école

5/ j’achète de l’or et fais fabriquer le collier  hara ouna, par un bijoutier ?

6/ j’accomplis fidèlement les cinq prières de la journée ?

7/ je lis le livre d’un auteur comorien ?

8/ j’accomplis mon pèlerinage à La Mecque ?

9/ je chasse de Ngazidja (ou de Ndzouani) les gens que je suspecte de séparatisme ?

10/ je me rends à Mwali ou à Maorè en période de congé ?

11/ je participe financièrement à la construction d’un dispensaire dans mon village ?

 

Et à chaque question, je réfléchirais pour savoir comment répondre : Oui / Non / Peut-être.  Et là, j’aurais des surprises car souvent on déconstruit ce qu’on croit construire.                                          

                                                                                     Narioundré Komoro

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 5   /   27 mai 2008

Aux Intellectuels Libérateurs

 

Les peuples ne seraient pas exploités si, dans chaque pays, la classe dirigeante minoritaire ne trompait la classe dominée et ne la maintenait dans l’ignorance, l’immobilité et l’impuissance. A Komoro en 1975, la classe dominante comportait, à côté de la grande Société coloniale (S.C.B.-S.A.G.C.),  un éventail de personnalités : grands et moyens propriétaires fonciers, maîtres de l’import-export, chefs coutumiers, chefs religieux, astrologues et magiciens divers, politiciens professionnels…

 

Comment situer les intellectuels, sur cet éventail ? Et d’abord, qu’est-ce qu’un intellectuel ? Une personne qui, de par sa profession ou grâce à la liberté dont il jouit, emploie la plus grande partie de son temps à lire, écrire ou compter. Les artistes font partie de cette catégorie, à partit du moment où ils réfléchissent sur leur art et peuvent en vivre. / Un intellectuel peut ne pas être intelligent, même dans son domaine d’expression. Un paysan peut faire preuve d’intelligence dans sa technique agricole. L’intelligence peut apparaître dans les mille domaines de l’activité humaine. Je peux me montrer intelligent et habile dans la rédaction d’une lettre et assez stupide et maladroit dans la réparation d’une chaussure…  Ce sont les résultats obtenus qui démontrent le degré d’intelligence d’un peuple.

 

Mais la minorité dirigeante n’a aucun intérêt à ce que le peuple comprenne les causes profondes de l’oppression qu’il subit. Occupé à survivre dans des conditions difficiles, les populations ne pouvaient consacrer du temps à la réflexion et donc ne pouvaient prendre conscience de leur situation. Seuls les intellectuels auraient pu les aider dans cette prise de conscience, avant laquelle il n’y a pas de lutte pour sa libération. 

 

Or à Komoro en 1975, les intellectuels étaient peu nombreux (peut-être 10 % de la population) et d’un niveau assez quelconque. Nous savons d’ailleurs que dans chaque pays, les intellectuels se répartissent en trois groupes : 1/ les oppresseurs (environ 15 %) qui mettent leur talent au service de la classe dirigeante, inspirent et justifient leur pouvoir ; 2/ les opportunistes (environ 80 %) qui poursuivent une carrière personnelle et aspirent à intégrer la classe dominante  ceux-ci n’ont pas d’opinion arrêtée, dans la mesure où ils doivent faire preuve de souplesse et de servilité ; 3/ les libérateurs (environ 5 %) qui, eux, souffrent de voir la misère du peuple et veulent lui venir en aide. Il va de soi que ces derniers sont détestés du pouvoir et des intellectuels oppresseurs ; les opportunistes les évitent pour ne pas être entraînés dans la répression.

 

Ali Swalih est évidemment un libérateur mais cela n’apparaît pas toujours nettement, avant 1976. A cela bien des raisons, dont la principale est qu’il faut fréquenter les corrompus si on veut n’être pas écarté à jamais des allées du pouvoir

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 4 /  27 mai 2008

Aux TRADUCTEURS  : la transmission des concepts

 

Le Guide de la Révolution Socialiste a placé au centre de l’Etat Comorien les langues comoriennes, devenues les langues nationales, officielles et opératoires. C’est dire que les documents administratifs ont commencé à être rédigés en langues du peuple. Ce choix suffisait à indiquer que la nouvelle société serait populaire et que les utilisateurs de l’arabe et du français cesseraient d’occuper abusivement le haut du pavé.

 

C’est pourquoi nous appelons au dévouement de traducteurs. Ma pratique des langues comoriennes ne me permet pas de transmettre directement au peuple l’héritage dont on a essayé de le priver. Or, ce sont les langues comoriennes que les travailleurs, les femmes et les jeunes  connaissent le mieux… Mais, pour accomplir cette tâche de traduction dans les deux sens comorien-français et français-comorien, il faut se rendre compte des difficultés que l’on va rencontrer.

 

La première erreur serait, pour les traducteurs, de croire qu’ils connaissent et utilisent parfaitement la langue française, si difficile. Les Français du peuple, eux-mêmes, ne connaissent pas le sens exact des mots couramment employés et la classe dirigeante joue là-dessus pour les tromper. Ainsi, à lire la presse écrite et à entendre la presse parlée, on croirait que nous vivons en ‘démocratie’…

 

Donc, allons voir le mot démocratie dans un bon dictionnaire ; il vient des mots grecs demos = peuple et kratein = commander ; cela donne donc  ‘gouvernement par le peuple et pour le peuple’. Or, par le vote, le grand nombre des citoyens ne fait que remettre tous les pouvoirs à un homme qui mène ensuite la politique qui convient aux principaux dirigeants de l’économie française et mondiale. Certes, nous disposons de la liberté d’expression (mais non pas la liberté d’accès aux média importants) et d’autres libertés chèrement acquises ; mais en vérité, nous vivons en ploutocratie (ploutos = les riches).

 

En résumé, parler correctement une langue, c’est pouvoir à chaque instant fournir une définition rigoureuse du mot qu’on vient d’employer. Et ensuite, on doit garder le même sens à ce mot (à moins de préciser qu’il a aussi une autre signification, ce qui est permis).  Ainsi, Ali Swalih a employé les vocables ‘démocratie populaire’ et ‘démocratie bourgeoise’ : que voulait-il dire ?

 

La deuxième erreur serait de croire, pour les Comoriens, qu’ils connaissent et parlent parfaitement la ou les langues comoriennes. Disposent-ils d’un dictionnaire qui leur donne une définition claire et stable de chaque mot et qui enrichisse le trésor culturel linguistique du peuple ? C’est d’ailleurs là un chantier auquel les linguistes des quatre îles auraient dû s’attaquer depuis longtemps. Cela aurait aussi permis d’enrichir le comorien de tous les mots qu’Ali Swalih a employés, popularisés, parfois même créés (par exemple hou-lolana).

 

La tâche des traducteurs est donc difficile mais elle est d’intérêt national. Il leur faudra aussi comprendre la ‘Théorie Fondamentale’ du Guide de la Révolution, comme l’instrument qui doit servir à construire Komoro et MKomoro. Ils devront comprendre la doctrine mais aussi  connaître chacune des pièces constituant l’ensemble (car, comme dans un moteur, tout y est articulé et solidaire). Il me faudrait leur offrir ‘L’Imposture’ (Milanantsi-Ugangui) mais, pour l’instant, je n’en ai pas les moyens…

 

A certains moments de l’exercice, les traducteurs seront amenés à ajouter un terme ou deux et cela spontanément, en fonction de leur compréhension du sujet. Cependant, il se peut que le mot ajouté ne corresponde plus à la pensée et à l’intention d’Ali. Dans ce cas là, je leur proposerai de revenir vers moi pour que nous vérifiions ensemble si une erreur a été commise. A ce moment là, il nous sera facile de la corriger et d’éviter de la reproduire.

 

Courage donc aux traducteurs ! La traduction est un moment essentiel  parce que d’elle dépend l’avenir du peuple et de Komoro.       

                                            Narioundré Komoro Öwamoja

 

 

 

Djahazi :  COMMUNIQUÉ n° 3   /   24 mai 2008

Aux ORGANISATEURS et ANIMATEURS

 

Je reprends ici le courrier d’octobre 2.007  adressé aux étudiants d’Arc-en-Ciel St Denis. Je recherche les organisateurs qui pourront trouver une salle et héberger notre rencontre-débat, à Paris/région, à Lyon et à Marseille. Cela implique l’annonce du jour, de l’heure et du lieu, la préparation de l’espace, l’organisation des échanges, l’intervention du public, la présence de matériels utiles…  Conformément à la pratique d’Ali Swalih, nous commencerons la séance à l’heure indiquée. Je demanderai, personnellement, que soit observée une minute de silence à la mémoire des Comoriens disparus dans le lagon de Mayotte, dans un espace où ils sont pourchassés en tant qu’immigrants clandestins chez eux.

 

La séance sera ouverte à toutes les langues et je serais reconnaissant aux linguistes de traduire déjà ces communiqués sur la Toile/web, en chi-ndzouani et en chi-ngazidja, pour qu’ils soient compris par le grand nombre. Pendant le débat, les traducteurs se relaieront et pourront porter à ma connaissance le contenu des interventions en langues comoriennes.

 

Pour l’espace de la salle, je propose la disposition

 

Tableau   //    ovale des Animateurs     //     Public

 

Je ferai partie des Animateurs mais emploierai le tableau quand nécessaire. Les Animateurs (par exemple, 4 partisans d’Ali, 4 opposants et 4 ‘jeunes’ (moins de 40 ans) auront préparé ou prépareront des QUESTIONS  ou OPINIONS  sur le papier. Dans l’idéal d’Ali Swalih, il faudrait respecter les proportions naturelles : autant d’HF que d’HM et     des Maorè, des Ndzouani, des Mwali et des Ngazidja en fonction de la démographie. 

 

En début de séance, les Animateurs pourront aller à la chasse aux opinions et questions formulées (en français ou en comorien)  par le public sur des morceaux de papier pliés qui seront placés dans une urne KARIKWELI . Ils seront ouverts, dépouillés et transcrits sur cahier par les Animateurs.

 

Pour des raisons pratiques, le débat aura lieu entre les Animateurs de l’ovale. Mais le public et notamment les AUTEURS, CHERCHEURS,  ACTEURS  de l’Histoire (je pense à des personnalités qui furent proches d’Ali comme Salim Himidi, Mikidache Abdourahim, Sultan Chouzour ) pourront intervenir à tout moment.

 

Le thème central portera sur l’INDĖPENDANCE et la RĖVOLUTION à KOMORO.

 

La parole sera libre et expérimentale. Il ne faudra pas craindre de se tromper parce que c’est un processus naturel dans la démarche de la recherche. Ce qui est essentiellement et à quoi il ne faut jamais se dérober c’est le QUESTIONNEMENT  parce c’est lui qui oblige l’intelligence à travailler. Donc, point de timidité chez les Animateurs, je les en prie.

 

J’attends l’offre des organisateurs de rencontre-débats / Merci à eux de me contacter.

 

Narioundré Komoro Öwamoja

 

 

 

 

Djahazi >   COMMUNIQUÉ n° 2 /  20 MAI 2008

Avis de Parution

 

Nous avons reçu  léo jeudi 22 mai  les exemplaires du livre IFB (L'Imposture), consacré à la vie d'Ali Swalih et à la période 1974-1978, correspondant à l'accession de Komoro à l'indépendance et à la Révolution socialiste qui y a été menée. L'ouvrage a pris plusieurs années de recherche et a été achevé de rédaction le 28 février 2.006. Des difficultés ont surgi quand il a été question de faire imprimer les livres. Finalement, il paraît tout de même, pour le 30ème anniversaire de la disparition du Mwongozi. // Il a assez belle allure (15 cm x 23 cm, 700 p, 1 kg), je crois.
 

Nous devrons payer aux imprimeurs, dans les mois qui viennent, la somme considérable de 10.672E et à l'infographiste qui a réalisé la mise en page  la somme de 1.055E / C'est pourquoi nous ne pouvons offrir ce livre aux nombreux informateurs qui nous ont aidés. Mais, pour que le grand nombre des travailleurs puisse acheter et lire ce document, nous avons veillé à en réduire le prix à 25 ou 27E (pour 700 pages et frais d'envoi compris).


 La lecture en est facilitée par le système des pages rouges (pour le texte comorien) et des pages bleues (pour les dates, événements et discours d'Ali).
 
Pour diminuer le travail de main d'oeuvre et les frais postaux, nous demandons aux acheteurs de ce livre de SE REGROUPER par 3, autour d'un destinataire de confiance qui m'enverra son adresse et son n° de téléphone fixe et un CHEQUE GLOBAL de 75E, rédigé au bénéfice de

 

                   MARIE CASIMIR  B.P.08  06531 Peymeinade cedex /

 

 Le destinataire recevra son colissimo de 3 livres dans les deux jours (en France métropolitaine seulement).   Pour une commande d’un seul livre, ajouter 2E pour les frais postaux et rédiger un chèque de 27E

 

adresse du site des éditions Djahazi :    sur Google,  tapez  «communiqués djahazi»

 

       ou        http://djahazi.comores-online.com

 

ou courriel :  lou.belletan@hotmail.fr  

 

 

 

 

Djahazi >  COMMUNIQUÉ  n°1 /  17 mai 2008

Avis aux Comoriens de la Région parisienne

 

// Je vais recevoir le livre consacré à la Révolution Comorienne (1975-78) d' Ali Swalih et intitulé 'L'Imposture féodalo-bourgeoise' (traduction du terme 'Milanantsi-Ugangui'). Cet ouvrage comporte 6 grandes parties : 1/ la vie d'Ali Swalih jusqu'en 1975 / 2/ son exercice du pouvoir jusqu'à sa mort (1975-78) /  3/ Les 4 livrets écrits en comorien Madouhoul, Raassoul Mali, Mlimadji, Milanantsi-Ugangui /

4/ la chronologies des événements survenus de 1974 à 1978  y compris les discours d’orientation du Guide /   5/ une réflexion sur sa Théorie Politique Fikiri Mchindji  /6 / Ses Conceptions et sa Personnalité.

 

 L'ouvrage compte environ 700 pages et sera vendu au prix de 25E (frais d’expédition en France inclus)
 
Le Guide de la Révolution entendait libérer les exclus de l'Histoire Comorienne, c'est à dire 1/ les travailleurs manuels 2/ les femmes 3/ les jeunes, enfants et adolescents. C'est pourquoi je viendrai présenter la pensée d'Ali à ces trois catégories de la classe dominée, si elles m'appellent, lors de mon passage dans la région parisienne, à Lyon et Marseille // Je répondrai également à l'invitation des étudiants et des radios locales.
 
Cependant, il est essentiel que mes explications et réponses soient comprises par les intéressés. Pour cette raison, j'aurai besoin de traducteurs sérieux. Je fais appel à tous ceux, étudiants et animateurs, qui voudront m'aider et assurer ce travail difficile de la traduction.
 
Les réunions et rencontres respecteront la liberté d'expression ; je demanderai la présence rapprochée autour de moi de 9 à 15 animateurs avec qui se fera le débat : par exemple 3 partisans et sympathisants d'Ali ; 3 adversaires ou victimes de la Révolution ; 3 participants de moins de 40 ans n'ayant pas connu la période 1975-78. //             

                                                                                                                      Narioundré Komoro

 

 

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